Vendredi 16 janvier 2009
 Texte publié dans le bulletin socialiste local


Aux perdants levons nos verres !


Cette présidence vit de la division, pourtant il existe une majorité de perdants dont l'intérêt serait de retourner sa colère contre ce pouvoir plutôt que son voisin. Qui sont-ils?


I Salariés et indépendants : 91% de salariés et les indépendants atomisées! Amusant de voir ce gouvernement vanter les entrepreneurs mais servir les grands groupes. Fini artisans, commercants, petits agriculteurs... On préferera libéraliser la vente des médicaments, créer ou étendre des grandes surfaces (or 1 emploi de grande surface créé c'est 4 à 5 de perdus). Pas sûr qu'un monde de salariés = démocratie! Gagnants les installés et supergagnante l'élite socio-économique et médiatique grâce à ses biens, son réseau et son éducation reproduisant un groupe toujours plus fermé. Une politique qui écrase les producteurs mais aime la rente, surtout la grande!


II Classes populaires et moyennes : quand on parle aux employés et ouvriers c'est avec un casque pour faire prolo et leur dire de travailler plus, plus d'années et le dimanche. Et la crise n'arrangera rien (salaires, effectifs et conditions de travail). Seules les banques sont sauvées sans contrôle. C'est aussi l'essentiel de la classe moyenne qui s'écroule. Pour comprendre il suffit d'écouter Carlos Gown, patron de Renault, parler des voitures, haut et bas de gamme, entre les deux, fini. Pareil pour tous les produits et pour la société. Seul un petit groupe se détache vers le haut.


III Métiers out : au coeur de ce petit groupe (pas les petits employés) : banque, finance, assurance, pub, communication, services aux entreprises. Ses valeurs : vitesse, concurrence, rentabilité. Sa philosophie : «la société n'existe pas», «seuls les plus forts survivent», «atteignez vos objectifs, sinon vous n'existez pas et c'est votre faute!». Les autres professions sont méprisées, laminées par la globalisation, étranglées par la concentration économique.


IV Exclus, pauvres et précaires : quelques chiffres officiels froids : 8 millions de pauvres dont 10% ont plus de 65 ans et combien de sdf... 3,4 million de travailleurs pauvres dont 30% d'indépendants. 3,2 millions de chômeurs tous critères confondus. 1,3 millions de temps partiels subis, majoritairement des femmes. Des écarts de salaires de 40 % entre les 50 ans et les 30 ans. Des revenus annuels des grands patrons français allant de 3 siècles à plus d'un millénaire de smic brut! C'est pour ça qu'il faut encore plus «réformer» et mieux «expliquer», bien sûr!


V Monde rural et grandes périphéries urbaines : d'un côté ceux qui ont les salaires pour vivre au centre, avoir accès aux services culturels et de santé. De l'autre ceux qui doivent s'endetter pour s'installer de plus en plus loin, à qui on fait miroiter la propriété privé tout en comprimant leur salaire. Progressivement les centres urbains sont vidés des revenus modestes et désormais les espaces ruraux sont majoritairement habités par des ouvriers.


Des gouvernements ont freiné sans changer de cap, d'autres n'ont rien fait ou soutenu ces tendances. «Lui» ose tout, jusqu'à parler de réguler le capitalisme pendant qu'il privatise, dérégule et détruit par la logique comptable y compris la santé, qu'aucune vraie réforme bancaire, financière ou des échanges internationationaux n'est proposée, que les 300 milliards destinés aux banques sont placées sous la tutelle de l'ex patron du FMI responsable de plusieurs crises dont la faillite en Argentine! En résumé : aux gagnants les gamelles, aux perdants les poubelles, santé !

Par stéphane.grim - Publié dans : politique
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Dimanche 16 novembre 2008
 Réaction au Congrès du PS et à l'article de Marianne : "PS: la nuit des petits canifs" et Rue89 : "Faute de majorité et de projet, le PS cherche reine (ou roi)" le 16.11.2008
Dont acte, ce n'est pas Peillon /face à Hamon, situation qui aurait très probalement déjà donné une mauvaise fin, mais le pire scénario qui soit.

Pierre après pierre


Nous voilà dans le syphon... l'irrationnel tourne à plein. Pas de regroupement sur les marges alors que le centre s'est écroulé. Plus de motion A. Rien de surprenant. Elle était La motion, celle que les médias désignaient sur le trône par avance ; leur erreur n'a rien d'un hasard, elle est le fruit de ce qui détruit le PS de l'intérieur et de l'extérieur. Elle a des racines communes à ce qui produit cette sorte de folie pour le nouveau président américain.


I Les fruits étranges de l'irrationnel :


a) Le « je », l'affectif... :

Ce qui sort, pour l'instant, de ce congrès, me paraît plus être le symptôme de la désintégration politique du PS que cette question un peu simpliste des égos. Bien sûr la question du leader est importante mais pas comme on le croit je pense.

Qu'est ce qui différencie si fort la motion E des autres ? Elle pousse dans le vocabulaire mais aussi la démarche à une transformation profonde de la politique comme ce fut le cas dans la première partie du XX siècle. La volonté de faire un parti de masse tout en poussant à la personnification la plus forte possible, que ce soit par le vocabulaire (le « je » est toujours omniprésent dans les discours de Royal) ou ce qui ressort de la ligne... l'image et rien qu'elle. Elle rejoint fortement la cas Obama j'y reviendrai. Comme si la personne pouvait, par sa simple existence et sa prise du pouvoir, transformer notre monde. Je ne crois absolument pas que cette fonction taumaturgique soit utilisée par erreur, elle est pensée comme une stratégie de conquête du pouvoir. Et elle est identique en cela à la stratégie de Sarkozy. Pas de colonne vertébrale politique, pas de grille d'analyse exposée, mais un continuel déplacement qui s'appuie sur ce qu'attendent les personnes. On est donc à l'opposé de l'idée d'éducation populaire. Non qu'une soit disant élite puisse savoir pour les autres mais simplement qu'écouter ce n'est pas être forcément d'accord.

Cette absence de grille charpentée publiquement ne veut pas dire qu'elle est absente. Et c'est bien là le problème, car en vérité ce que dit la motion E est à peu de nuance près ce que dit la motion A et une partie de ceux de la motion D (pas tous j'y reviendrai aussi).

Ce que reprochent les autres à Royal, ce ne sont pas ses positions économiques et sociales, c'est ce qui oppose en fait en Europe les sociaux libéraux et libéraux à une tendance de plus en plus autocratique. Cette critique de l'autocratie que L. Fabius a fait à la tribune est parfaitement juste concernant Sarkozy, elle s'applique à d'autres à l'étranger comme Berlusconi mais aussi finalement à ce que construit Royal. L'idée de starification, de parti de supporters, de masse, le saut par dessus la représentativité est au coeur de ce qui effraie ces opposants socialistes à Royal. Comme s'ils voyaient bien que la tendance générale penche vers ça mais qu'ils y plongent malgré eux et qu'au moins on pourrait éviter de se salir en prônant aussi ouvertement une telle vision du combat politique. Mme Lebranchu l'a bien résumé en citant comme un des principaux clivages au congrés, ces deux visions du parti, un parti de supporters et un parti qui s'appuie sur ses représentants.

Bien sûr la femme elle même, certaines positions sexistes qu'elle tient constamment, ses références christiques énervent mais l'essentiel est dans le recours à la personnification, à la manipulation affective continuelle et à l'autocratie en germe.

Et on peut dire qu'il y a de quoi s'inquiéter quand on entend qu'il faudra « se ranger derrière » (Royal).


b)... et le caporal :

En effet, la question de discipline de parti est centrale mais ce qui a entrainé cette indiscipline c'est justement que le clivage est radical et non léger.

Or ce clivage il passe au sein de la motion D très largement. L'idée de rassembler pouvait paraître à certains constructive je n'en doute pas et stratégiquement valable, mais il n'empêche que nous avons un PS fragmenté :

  • Une partie qui suit Royal et s'engage dans une processus de dérive autocratique et globalement en accord avec l'UMP sur les choix économiques

  • Une partie qui freine des 4 fers sur cette dérive autocratique mais est sur les mêmes choix de gouvernement que Royal ainsi que les choix du PS Européen.

  • Une partie qui constitue le marais ne sachant plus à quel saint se vouer, cherchant l'unité car elle est plutôt persuadée que seul le PS à gauche peut arriver au pouvoir, quel qu'en soit les sacrifices programmatiques.

  • Une partie qui espère (et désespère bien souvent) faire rebasculer le PS vers la gauche et croit aussi que seul le PS peut, à gauche, arriver au pouvoir.

L'imbroglio est total car comment être d'accord sur des questions qui sont et seront incontournables dans un avenir proche. Quel regard par exemple peut on avoir sur l'action de Pascal Lamy au Secrétariat Général de l'OMC ? On a là un ancien très proche de Delors qui soutient ardemment depuis 1985 une vision du Monde cataclysmique. On peut comprendre la logique qui a soutenu la pensée de Rocard ou Delors : sacrifier quelques générations pour qu'enfin on bâtisse un monde meilleur, un monde moins guerrier en imbriquant les économies, un monde moins totalitaire en réduisant le périmètre de l'Etat. On peut comprendre mais pas accepter. D'autant plus que le résultat est quoi ? Ce que nous avons sous les yeux est le résultat de leurs choix. S'imbriquer dans les négociations de ce qui est devenu depuis l'AGCS était un choix. On nous dira « ha! mais monsieur! si on ne l'avait pas fait ça aurait été la catastrophe! ». Belle réplique mais on y est dans la catastrophe et nous avons une fenêtre très courte pour éviter une conjonction des crises financières, économiques, sociales, politiques, environnementales et donc internationales.
Le résultat de ce qui arrive à grand pas à coup de morts de masse est le produit exact de ce que portent le capitalisme, le libre échange général, la dérégulation intégrale : ce "néolibéralisme*"  c'est la négation de toute forme de libertés économiques ou politiques et la glorification des pulsions de mort. C'est inscrit dans ce système de pensée. Ce qui est le débouché naturel de cette pensée c'est OBLIGATOIREMENT la glorification de la démesure, le matérialisme sans limite, la chosification de tout sans limite, la possession sans limite, la concentration sans limite. C'est la mort. Ne pas comprendre ça c'est ne pas comprendre ce qui sous tend cette pensée.
Or nous avons en France une élite politique, médiatique, économique qui a été éduquée dans cette pensée. Sarkozy n'est que le porteur d'eau de cette idée du monde. Et nos socios mous ne sont que des pauvres diables qui ont cru faire le bien, y croient encore alors qu'ils creusent leur propre tombe.
Besson, le fameux traître, n'en est pas un de traître, il a simplement suivi comme Jouillet la pente naturelle de leur pensée. Aucune traîtrise là dedans. On pourrait tout aussi bien avoir d'autres membres du PS. Ce qui les retient c'est qu'ils croient sincèrement être très éloignés de l'UMP comme ils se sentent éloignés de Royal, avec en plus chez Sarkozy cette vulgarité effrenée que constitue son amour du faste et de l'auto célébration.
Mais leur proximité idéologique est flagrante avec une partie importante de l'UMP. Il est facile pour Besson de rappeler la sortie sidérante de Hollande devant les Gracques récemment «  je suis pour une politique de l'offre » ; ben oui, comme l'UMP et comme ce fut le cas amplement depuis le milieu des années 80.
Royal n'a pas simplement le mérite de dire clairement les choses elle est aussi plus engagée dans cette dérive autocratique et ploutocratique qu'on voit monter. Pour les choix économiques et sociaux les différences sont ridicules.


II Noir... de fumée :


a) Ca change tout !

La manière dont est vécue la victoire d'Obama me paraît d'ailleurs prolonger tout ça. Il fallait voir les réactions de Kaspi ou Todd pour descendre un instant de cet espèce de délire qui a secoué le pays. D'abord tout a tourné autour d'une seule et même question : il est noir !

Ca, c'était de l'analyse ! ensuite on a eu droit à des larmes là bas et ici, des tranches de réactions répétées dans la "communauté noire" aux Etats Unis et en France on mettait les micros sous le nez de personnes si possible choisies pour leur couleur de peau ou leur appartenance à une « minorité » et on avait forcément le comparatif les « USA ont produit ça et nous c'est quand ? » ce qui traduisait avant tout le parti pris idéologique de ces acteurs médiatiques plutôt à gauche mais par n'importe laquelle, celle qui parle sociétal, racisme, communauté en s'asseyant allègrement sur la question économique et sociale. On avait eu la même ânerie concernant S. Royal, une femme ! Comme si le fait d'être femme, noir, nain ou roux produisait par la génétique une politique différente !

On avait là en fait une absence totale d'analyse politique et économique aussi bien de ce qui se passait là bas qu'ici. D'abord l'arrivé d'un noir au pouvoir est certes une évolution importante et symboliquement c'est très fort pour tous ceux qui se sentent disciminés, mais enfin, ce n'est pas la fin du racisme ; sa femme est noire et les mariages mixtes ne représentent pas plus de 2% aux USA, on a une classe aisée noire ; en clair on peut être noir et aisé dans une société qui reste cloisonnée. De plus il a bénéficié du soutien des pouvoirs financiers, il a clairement revendiqué être avant tout américain et ce n'est pas une parole en l'air. Nous avons devant nous un pays dangereux car fragile, qui a construit sa croissance sur l'endettement en vivant sur le dos des autres pays pour soutenir sa dette, un pays dont le dollar est le pilier. Peut on vraiment croire qu'ils vont laisser filer sans réagir leur mode de vie, leur conception même du monde parce-qu'on le leur demande ? Parce-qu'ils viennent d'élire un président noir ? C'est ignorer déjà qu'historiquement les Etats Unis sont le fer de lance du protectionniste, notamment au XIXème siècle. C'est ignorer leur immense patriotisme et une connaissance du monde particulièrement réduite, c'est un pays monde en lui même.

Comme le soulignait récemment Todd, il s'agit plus là d'un pouvoir de nuisance immense, ses interventions guerrières ou ses continuelles humiliations envers la Russie au travers de l'OTAN, ce depuis Clinton, le montrent bien.

Si on rajoute à cela la fragilité extrême de la Chine où la croissance se fait en partie sur du vide, des entreprises qui ne tournent que partiellement, des constructions en parties vides, une interpénétration très forte avec les Etats Unis mais aussi L'Union Européenne. Une Allemagne dépendante de son commerce extérieure à près de 20% avec une population qui a accepté de perdre une part énorme de son pouvoir d'achat en quelques années de SPD et de coalition. Sans compter la ribambelle de pays dont l'Arabie Saoudite ou l'Egypte dont les pouvoirs vacillent. Nous avons là un ferment de tensions inimaginables.


b) Le monde des Bambis :

Le libre échange absolu prôné par le FMI, l'OMC et l'Union Européenne, articulé par des acteurs en chair et en os comme notre cher socialiste Pascal Lamy a déjà détruit certains pays comme l'Argentine, poussé indirectement à la famine des populations entières, transformé nos sociétés en véritables poudrières sociales... Ce libre échange intégrale voulu n'aura que deux portes de sorties :

  • Un débouché totalitaire technocratique et économique

  • mais plus probablement, par la réaction qu'il suscite, il porte en lui le retour de totalitarismes politiques et la destruction de masse, humains et biotopes.

Et on pourra encore une fois mentir et nous dire que le protectionnisme et l'Etat ,c'est la guerre! non! c'est simplement qu'il faut réagir plus tôt, comprendre avant l'heure qu'il faut ces retours de protection et d'Etat, un protectionnisme altruiste comme le souligne B. Cassen, c'est à dire non prédateur à l'extérieur, car sinon on les a mais associés à du déterminisme, de l'identitarisme haineux. Sarkozy est engagé comme Berlusconi dans cette tendance. Ne pas le voir me paraît suicidaire.

Que l'Europe soit le bon niveau, oui, que des instances internationales soient essentielles, oui encore. Mais quand on sort du monde des Bambis, on voit que nous sommes assez isolés au sein l'UE, et que réformer un organisme comme l'OMC relève d'une vision angélique. Seul un véritable bras de fer avec ces institutions peut avoir une infime, vraiment infime chance d'éviter ce qui nous menace. On peut envisager, pourquoi pas, une sortie réelle de l'OMC, puisqu'il existe déjà des zones hors AGCS virtuelles (Des villes comme Paris), mais pour cela il faut que cela s'appuie sur une action collégiale impliquant plusieurs pays; On peut aussi avoir en parallèle un protectionnisme, mais qui réponde aux angoisses des autres pays pour éviter l'affrontement, c'est à dire leur permettre de s'organiser, y compris en termes d'aide structurelle, financière, technique ; ainsi la brevetisation planétaire (atroce en ce qui concerne le vivant) est une logique qu'on peut remettre en cause si l'on raisonne en terme de zones, ce qui implique inévitablement un affrontement avec des multinationales et même des puissances économiques -en apparence- plus « proches » comme les oligopoles de l'eau, de la chimie ou de l'énergie.

Chez nous un des principaux danger, rapidement, me paraît être l'extrêmisme d'un parti de masse. Et ce clivage passe au PS dès maintenant. Il ne s'agit pas de dire que Ségolène ou d'autres socialistes sont des barbares mais qu'ils sont en train de soutenir des logiques qui poussent les populations à la barbarie. Les propos tenus par Philippe Val, BHL et consorts véhiculent cette peur de la population, parlant de cons pour ceux qui ont votés non, voyant du racisme, de l'antisémitisme, du nazisme, des barbares partout ; ils stimulent le rejet d'une gauche que beaucoup perçoivent comme coupée du monde, enfermée dans sa bulle, vivant bien et faisant la morale à tous, ne parlant que des libertés et du racisme abominable.

En clair ils construisent pierre après pierre le monde qui les effrait... Pauvres fous !

* Modifié le 19.11.08

Par stéphane.grim - Publié dans : politique
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Dimanche 9 novembre 2008

Une année en pente raide

I Carrefour :

Dans un contexte de crise on peut constater différents chemins :

- Maintenir le système et tenir malgré les bourrasques, ce qui fut le choix de la 3ème Force au tournant des années 50.
Maintenir le système et disparaître progressivement comme ce fut le cas de la SFIO.
On voit d'ailleurs que souvent (mais pas toujours) résister aux bourrasques n'aboutit qu'à se maintenir à flots un peu plus longtemps avant de couler. C'est bien ce que la désastreuse séquence "Guy Mollet" durant plus de deux décennies a montré. Le vers était dans le fruit dès 1946.

- Autre voie, les centres mous et conservateurs s'écroulent comme dans les années 30 et ce sont les marges qui attirent.

II Au coeur de la centrifugeuse :
Résultats des élections du 6 au PS, le centre fait comme le soufflé, il est tout plat et ce sont les forces centrifuges qui mènent le bal. Bien sûr il faut avoir de l'estomac pour dire comme certains que quelqu'un s'est largement détaché, en l'occurence la motion Royale.
Il me semble qu'on a plutôt devant nous une contradiction majeure pour ceux qui sont pris en sandwich :
Choisir de se rallier à une personne dont ils ne veulent pas sans que cela soit lié à des raisons idéologiques bien souvent ou choisir de se rallier à un courant dont beaucoup ne veulent pas car ce serait s'asseoir sur leur gestion depuis 30 ans et se mettre eux même en accusation.
Catastrophe évidemment ! Dilemne cornélien s'il en est !

III Le Guépard ou les pieds dans le tapis :
Que vont ils choisir ? Bien malin celui qui saura le dire. On peut émettre une idée qui vaut ce qu'elle vaut, c'est à dire pas grand chose quand l'irrationnel atteint un tel niveau : l'idéal serait d'essayer de tout changer pour ne rien changer comme Sarkozy. Pas sûr que cela fonctionne...
En clair on peut avoir la tentation de soutenir l'une ou l'autre ligne (parfois par conviction aussi il ne faut pas tout voir en noir tout de même) et ce sous la houlette de personnes moins médiatiques actuellement et qui ne créent pas de levers de boucliers massives, en espérant garder assez la main pour que cela ne soit que de façade.

Ce qui vient à l'esprit c'est un possible duel Peillon Hamon et la victoire de la première ligne avec ce qui pourrait probablement suivre...

IV Parler aux barbares ?
Nous avons tous vu le décrochage total du PS en terme de base électorale, l'incapacité à comprendre que s'appuyer sur une couche très intégrée économiquement, une couche avec un bon niveau d'études, des communautés, tout cela très urbain, cela donne les résultats qu'on a vu à 3 présidentielles (Sarkozy a très bien compris ce ressort là hélas : un discours d'intervention et ouvriériste pour dissimuler une politique volontairement inégalitaire et mue par des pulsions de mort très fortes).
Soutenir une politique qui met à genoux les classes populaires et désormais la plus grosse partie des classes moyennes en chute libre, puis les fuir et même répugner à leur parler comme si elles sentaient la fameuse France moisie, c'est ouvrir la porte aux pires démons.
Mais c'est normal, lorsqu'on ne vit pas au milieu de cette population là, on y voit des barbares.
Comme dirait l'autre, on est toujours le barbare de quelqu'un, c'est à dire celui qui n'est pas de notre monde.

Quoiqu'il en soit, sans qu'on y prenne garde, le territoire du PS se rétrécit, aussi bien en terme électoral qu'en terme de composante. Décrochage républicain début 90 avec Chevènement, décrochages (je vais dire pour faire à la hache même si c'est plus fin que ça) droitiers individuels au début du mandat de Sarko, maintenant décrochage de gauche avec Dolez, Mélenchon. Que restera t'il à la longue...

On se doute bien que selon la remise en cause ou non du dogme "libéralisation générale, politique monétaire et pacte de stabilité, économie prédatrice et mortifère en interne et en externe", c'est à dire renverser la table européenne, on aura des tensions très fortes. On peut surmonter cela comme les socialistes avaient surmonté la Première Guerre Mondiale malgré des désaccords terribles. Mais il faut pour cela que le contexte général bouge et fasse donc déplacer la totalité de l'échiquier. C'est possible mais pas sûr.
Ainsi les socialistes avaient ils surmonter ce conflit sans scission et s'étaient séparés sur une conséquence de la Guerre, l'Union Soviétique et le ralliement ou non à la IIIème Internationale.
En clair les mouvements rapides comme ceux de Royal ne signifient pas que les choses sont tranchées ni que le clivage abyssale qui coupe le PS comme il coupe la société française, est comblé ou le sera prochainement.

Mystère, mystère, nous plongeons vers une année en pente raide et nul ne sait si le PS a des freins pour lui même et pour les autres.

Par stéphane.grim - Publié dans : politique
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Dimanche 26 octobre 2008

  Réflexions suite à une réunion locale du PS et à un article de Marianne du 31 10 2008 : "Bienvenue au Delanoé Magic Circus"

La main (invisible) passe

D'accord la communication peut expliquer certaines choses mais c'est un peu dommage de se centrer essentiellement sur ça. Ce serait peut être plus constructif de jeter un oeil derrière le rideau du cabaret...

I Motions et tourbillon :


a) Qui est fiable ?

Entre la colère, le rejet, l'indifférence ou l'incompréhension, les motions du PS sont souvent soumises à une critique plus ou moins féroce... quand elles sont lues ! Pourtant les clivages profonds qui traversent notre société trouvent au sein du PS une sorte d'exemplarité.

Actuellement nous assistons à un virage idéologique à grande vitesse de beaucoup de gens.


Vient alors une première question à l'esprit : est-ce que les derniers à virer de bord sont les moins fiables car les moins armés mentalement pour agir ?

Je ne crois pas à une règle absolue en la matière mais au minimum on peut être très méfiant envers des personnes qui ont soutenu une direction peu ou prou « libérale » et au moins être réticent à leur donner le pouvoir pour l'instant. Pour quelle raison ?

  • Soit que leur pensée ne s'appuie sur aucune vision solide et ne s'articule que sur les mouvements de masse ; leur vision du monde restant dissimulée ou chaotique sans que personne ne puisse facilement la cerner. Ils ressemblent sur ce point à Sarkozy.

  • Soit que leur pensée est tellement fermée que seul un choc personnel majeur pourrait les faire changer. On voit ainsi des personnes qui, frôlant la mort, changent leur vision de la vie et d'autres qui reprennent immuablement leurs erreurs comme si rien n'avait existé. Pas de règle là non plus (le cas de Jean Marc Sylvestre est exemplaire de cette incapacité à se réformer alors qu'il a dû sa survie, suite à un accident, à un service public dont il continue à soutenir l'asphixie).

Alors pour choisir entre les motions il faut donc s'appuyer sur leur passé, les motions elles mêmes, les positions récentes des uns et des autres, leur capacité de compréhension et de réaction réelle alors que beaucoup ont si vite changé. Compliqué oui.


b) Quels clivages ?

La deuxième question suit logiquement, y a t il de réelles différences et si oui sur quels points essentiels ?

Il me semble que cinq sujets sont révélateurs : le libre échange, la place de la puissance publique notamment l'Etat, les libertés économiques et politiques, les inégalités et le modèle des classes supérieures, enfin les relations internationales. Cet ordre n'est pas un hasard on le reverra.


1 Le libre échange :

Cette question est centrale car elle subordonne toutes les autres actions possibles. Pourquoi ? Parce que le dumping mondial ne connait aucune limite (destruction de l'environnement et des sociétés), que les consommateurs français et européens privilégient les produits étrangers par faiblesse de pouvoir d'achat ou ignorance et qu'aucune action écologique d'ampleur ne pourra se faire pour les mêmes raisons.

Sur la première question les motions A et E sont tout simplement hors sujet, se contentant de proposer des réformes à la marge, soutenant la politique de l'offre, associant le protectionnisme à la guerre ; de Royal à Delanoé en passant par Ayrault, Désir, Hollande, Guérini, Colomb, Rebsamen (la liste est longue)... ils n'ont pas su comprendre par aveuglement, cynisme ou fatalisme que tout leur échapperait et que le résultat serait l'exact contraire de ce qu'ils disaient défendre. Le refus catégorique de poser des contraintes aux échanges restent d'aillleurs ancré dans leurs propos. Cela explique par exemple en partie leur volonté de soutien au plan de sauvetage mais aussi leur soutien en début d'année au Mini Traité qui empêche toute politique de relance.

La peur du mot protectionnisme est lié à un enfermement mental et une méconnaissance historique. Imbriquer les économies a paru à beaucoup le moyen de museler les instincts belliqueux : erreur intellectuelle totale.

Non seulement les périodes de protectionnisme comme celle qui débute vers 1880 et surtout à partir de 1892 sont des périodes de croissance, contrairement à la courte séquence libérale qui précède (Si la Grande Bretagne est donnée en exemple c'est tout simplement qu'elle avait fait sa Révolution Industrielle avant les autres et qu'elle a donc profité de cet avantage jusqu'à la fin du 19ème siècle). Mais en plus c'est l'excès de libéralisme qui produit ses propres poisons, soit en détruisant toute liberté économique et politique par un soviétisme privé, un groupe d'oligopoles qui étrangle tout ou aboutit à ce qu'une grande puissance légalise la torture..., soit en créant le retour de balancier qui pousse les peuples à demander le grand enfermement. Ce libre échange intégral n'est rien de plus que la négation absolue des libertés économiques et politiques.

Il fallait être bien naïf pour ne pas voir que vouloir prendre la tête de ce libéralisme extrême comme Sarkozy ou se résoudre à suivre la tendance c'était aller à la catastrophe.

Bien sûr, parler enfin ouvertement de protectionnisme alors que tout s'effondre c'est prendre le risque de braquer les autres pays et d'augmenter les tensions, en particulier pour trois géants très fragiles, les USA, la Chine et l'Allemagne. Il fallait agir avant d'être en crise, désormais la marge de manoeuvre a diminué.

Si je me limitais à ça on aurait bien raison de trouver ce passage facile car sans preuve et uniquement focalisé sur les motions A et E. Donc démonstration :

Le simple mot « libre échange » n'apparait pas une fois dans les motions E, A, B et F (faites la recherche vous même), il apparaît 2 fois dans la D et 14 fois dans la C !

- A : propose ceci : « Les gouvernements de la zone euro n'ont pas assumé les responsabilités que le traité leur conférait : fixation, sur proposition de la Commission, des objectifs de croissance par le Conseil des chefs d'Etat et de Gouvernement ; harmonisation fiscale et politique de change de l'euro par rapport au dollar, par l'Eurogroupe ; investissements dans les grands réseaux transeuropéens ; harmonisation des politiques sociales et financement de la solidarité entre les pays les plus riches et les moins développés. »

Autres idées notamment : « création d'un pôle de régulation mondiale des marchés financiers, d'une Organisation mondiale de l'Environnement, d'un Conseil de sécurité économique, écologique et social mondial ».

Bref... aucune action sur le problème de fond qu'est le libre échange généralisé et des plans sur la comète compte tenu de l'ampleur et de la montée rapide des tensions. Que ces idées soit à creuser oui, mais elles ne peuvent avoir de possible impact que dans un avenir éloigné et très improbable si les peuples n'acceptent pas d'attendre... donc naïf totalement et dangereux.

- E : le coeur des propositions s'articule autour des propositions suivantes « interdire aux fonds spéculatifs d’engager plus d’argent que ne le permettent leurs réserves (cette interdiction existant déjà pour les banques) ; confier le contrôle des institutions financières européennes à la Banque centrale européenne ; lutter contre les paradis fiscaux et le blanchiment d’argent sale par une politique plus répressive ».

Pour le reste les grands titres suffisent à éclairer la logique : « aller vers une économie de pointe » ou « faire le pari de l’enseignement supérieur et de la recherche ». Mais de régulation des échanges globalement niet. Résultat plouf dans l'eau évident.

- B : pour obtenir une nouvelle régulation mondiale et européenne voici les propositions : « une politique beaucoup plus ambitieuse et active d’aide au développement, Un plan ambitieux de lutte contre la faim dans le monde, la création d'une organisation mondiale de l'environnement, la traduction en actes de la responsabilité environnementale et sociale des entreprises transnationales, prévoir des mécanismes d’évaluation et des mesures de sanction si nécessaire pour les marchés financiers, la conclusion d’un traité social européen, une harmonisation fiscale beaucoup plus grande, une réorientation beaucoup plus forte de la politique agricole, une nouvelle politique de l'immigration au niveau européen, un vaste plan de relocalisation d'un certain nombre d'activités, un programme européen de reconquête environnementale, une initiative européenne pour encadrer, limiter voire supprimer la spéculation purement financière sur les matières premières agricoles, la révision des textes européens pour un rééquilibrage de la propriété intellectuelle ». En clair beaucoup de propositions mais qui toutes tombent sur l'écueil premier du libre échange généralisé, encore une fois, choux blanc.

F : on trouve ici enfin l'idée « protections aux frontières pour les agricultures du sud », l'idée aussi de « relocaliser l'économie  et notamment l'agriculture » excellente mais qui bute là aussi sur le comportement du plus grand nombre par la surconsommation et l'attente de liquidités de tous pour soulager cette soif de possession, or pour y répondre le libre échange total réduit à néant toute idée de transformation.

D : on a là une bonne prise de conscience mais qui montre un compromis et la peur de dire trop ouvertement la « chose »... pour l'instant : « Les tarifs extérieurs doivent être justement calibrés afin de permettre à nos industries sous pression de se moderniser sans pour autant menacer la croissance des pays en développement. Chine, Russie, Brésil, Etats-Unis protègent leurs savoirs faire et leurs secteurs clés, l.Europe doit le faire également sans pour autant tomber dans le protectionnisme mais en recherchant une politique du « juste échange ». Bref là on évite de heurter mais on a bien saisi le noeud du problème.

C : ici le premier thème est totalement axé sur ce problème : « 1.Sortir du libre échange généralisé». Donc pas de doute.

Cette mise à plat peut être faite pour les 4 points suivants mais pour éviter de charger la barque je serai plus court.


2 La place de l'Etat :

La deuxième question de fond, aboutit au même constat pour les motions. Pour les mêmes raisons, refus de l'Etat, européisme béta, enfermement social, on a refusé de comprendre que le phénomène de globalisation et de destruction généralisée ne connaissait plus qu'un seul frein: l'Etat, et que tout a consisté à le restreindre. Non que l'Etat soit La solution a tout coup, l'Union Soviétique a ainsi été désastreuse écologiquement comme dans le cas de la mer d'Aral. Simplement tout Etat ou tout privé, les résultats sont les mêmes ; il faut éviter les deux, et, selon les périodes, déplacer les périmètres de l'un et de l'autre, c'est à dire aboutir à un équilibre qui produit du fonctionnement durable.

Si la régionalisation de l'économie est une bonne direction et l'Europe un outil essentiel pour agir, on ne peut que constater notre isolement au sein de cette Europe là. Là encore j'y reviendrai.

En tout cas la volonté de réintroduire avec force l'Etat dans l'économie ne fait pas l'unanimité au PS. La nécessité d'un pôle transport cohérent, d'un pôle énergétique, d'un pôle bancaire notamment, mais aussi un véritable travail de fond de type anti trust, que ce soit par la contrainte de la loi ou des entraves drastiques à certains oligopoles comme dans la distribution, ou encore le rapatriement de l'eau dans la sphère publique, tout cela semble flagrant. Bien sûr, certains de ces points ne sont pas soutenus par les motions mais celles qui en sont les plus éloignées sont là encore les motions A et E.

En fait il sagit bien d'une intervention forte mais aussi d'une planification ce qui était le fond de la politique de Mendès France, n'en déplaise à certains...

A : les propositions concernant un retour de l'Etat dans l'économique sont principalement centrées sur la construction de logements ou un service public de la petite enfance.

E : ne prenons que l'aspect banquaire... « réglementer les abus banquaires »... bien mais court.

Pour résumer... bravo pour l'anticipation quand on voit par exemple la crise financière et économique.


3 Les libertés :

Ce retour de l'Etat, de la réglementation en général, du soucis du collectif implique une attention très grande à la question des libertés. Comme le soutenait Mendès France, pour équilibrer un Etat très présent il est essentiel de soutenir fermement les libertés et l'émancipation de l'individu. Sur ce point on trouvera moins de clivage... en apparence.

Les médias sont un bel exemple de ce ramollissement démocratique. L'information (notamment la qualité de l'analyse, la prise de position assumée et la diversité d'approches) s'est réduit dramatiquement. La République se crée en faisant des républicains disait-on, oui, mais pas seulement par l'école, aussi par les médias. Il ne s'agit pas de les tenir dans sa main mais de contribuer à leur diversité ; les liens actuels entre politique, économique et médias sont à l'opposé de ce que prônait à juste titre le CNR. Il est ainsi temps de revenir à cette stricte séparation. Il s'agit aussi de réglementer drastiquement partout les domaines de la publicité et de la communication, professions dont le but est bien plus l'aliénation que l'information.

Permettre à des corps intermédiaires de vivre et prospérer comme les syndicats (au lieu de vouloir les instrumentaliser et les asphyxier), ou des structures de contrôles indépendantes (comme pour l'industrie nucléaire) sont des aspects souvent vitaux pour notre sécurité.

Mais pas de liberté sans égalité, on le sait bien. Donc pour aller vers cela il faut s'attaquer au libre échange généralisé, ramener l'Etat dans le jeu, notamment en cassant les oligopoles privés, la montée des inégalités, la consanguinité et l'enfermement mental d'un classe supérieure. C'est pour cette raison que les deux questions précédentes sont incontournables pour régénérer les libertés. Les motions qui ne répondent pas à ça empruntent un chemin où elles croisent le MODEM. : leurs choix économiques réduisent à néant leur défense des libertés.

Un seul exemple mais frappant :

A : les libertés se limitent à l'égalité homme femmes, au droit de mariage et d'avoir des enfants aux hétérosexuels et homosexuels et faire avancer le droit à mourir dans la dignité.


4 les inégalités et le modèle de la classe supérieure :

Protéger, réintroduire l'Etat et libérer ne servirait pas à grand chose sans s'attaquer à un double problème : les inégalités et le modèle qui met en péril à court terme notre survie.

Réduire les inégalités c'est bien sûr permettre à l'immense majorité de remettre au coeur des discussions la question des salaires pour qu'on arrête de tricher en proposant comme solution géniale l'endettement et le « travailler plus » ou plus longtemps ( pour ceux qui peuvent). C'est aussi avoir une fiscalité juste et très progressive à nouveau, une fiscalité où les impôts directs sont la source essentielle (notable exception : réorienter les achats par rapport à l'environnement) et se prélèvent sur le revenu mais aussi le capital.

Cependant si on s'arrête là on ne s'attaque pas à la question de fond : ce désir morbide de liquidité dont parle B. Marris et qui est le moteur du comportement prédateur de beaucoup. Ce dernier crée des tensions sociales, internationales et met désormais en péril la survie de l'ensemble du vivant et donc notre survie. Pour casser cette logique auto destructrice il faut s'attaquer aux classes supérieures en s'appuyant sur leur division actuelle. Raboter les revenus et la capitalisation de ces classes supérieures est essentielle en terme de fonctionnement durable, y compris accepter d'aller vers une fourchette (basse Et haute), d'abord parceque cette démarche s'ancre dans l'idée d'égalité et ensuite parcequ'elle permet de liquider un modèle qui est dominé par des pulsions de mort (surconsommation, court termisme, matérialisme effréné...). Passer par une véritable transformation fiscale.  Discréditer ce modèle par tous les vecteurs de transmission. Tant que ce modèle et en place, c'est tout ce qui vit sur la planète qui est en jeu. C'est ce modèle dont s'inspirent les populations, populations qui par leur masse détruisent la planète ; réduire ce modèle c'est aider à maîtriser les pulsions de mort qui sont en nous. C'est aussi le moyen d'aller vers une égalité sans empêcher ceux qui veulent « un peu plus » de le faire, mais ceci sans remettre en cause l'équilibre général. Pas d'égalitarisme dangereux mais une dose de libéralisme hyper cadrée.

Là encore cette double question est peu comprise par les motions A et E qui n'ont pas tiré les conséquences du Non de 2005, de l'élection de Sarkozy, des crises internatinales récentes successives (Mexique, Asie du Sud est, Russie, Argentine...). La question plus difficile du modèle des classes supérieures n'est abordée directement par aucune motion mais seul un protectionnisme raisonné, couplé à un retour de l'Etat et des libertés économiques et politiques peuvent sortir la tête de l'eau des populations et donc proposer un Deal honnête qui soit une remise en cause radicale du modèle de développement. On en revient donc aux questions précédentes. Les motions E et tout particulièrement A sont hors course.



5 Les relations internationales :

Face à de tels choix et à la situation actuelle, la question internationale est essentielle. Un repli purement national est très dangereux. Il est nécessaire de trouver des points d'appui au sein de l'Europe et en particulier dans une négociation/bras de fer avec l'Allemagne. Sa fragilité due à ses fortes exportations (20%) ne peut que remettre en cause rapidement la politique actuelle de ce pays. Le risque d'explosion rapide de l'Euro et de replis nationaux voire infra nationaux est cependant fort, sans compter la destabilisation profonde des Etats Unis et par conséquence de la Chine ; cela doit conduire à mener des négociations très fermes pour construire un marché protecteur mais aussi sortir à tout prix de la prédation hors de cette zone protégée. En clair une négociation interne mais aussi externe pour soutenir une transition viable pour les autres ensembles internationaux.

Il est illusoire de penser ramener sur cette ligne la majorité des pays de l'UE et il y a sans doute peu à attendre du PSE. L'occidentalisme de certains ou l'Européisme baba d'autres ne sont pas une réponse. Et là encore globalement les deux motions cités précédemment s'illustrent dans une « irréal politique ».

Bien sûr refuser ces motions ce n'est pas rejeter les personnes, mais ce courant qui nous a amené au désastre depuis le milieu des années 80 ne doit plus diriger ce parti.



II Changement de main ou tour de passe passe :


Le grand problème qui se pose au Parti Socialiste français comme à ses voisins c'est l'évolution rapide des droites. La tendance à proposer l'interventionnisme étatique est patente. En France, la gauche voit progressivement ses idées reprises et moulinées pour devenir des slogans dont le contenu a des visées totalement différentes. Dernière en date le fond souverain tant soutenu par M.N. Lienemann. On a vu ainsi Sarkozy proposer un RSA présent dans le projet présidentiel socialiste, une critique tonitruante des paradis fiscaux à la manière d'ATTAC etc. Bref du grand comique si derrière ces coups de mentons la gauche ne risquait pas le KO.

En effet on semble assister actuellement à une passation de pouvoirs. Ces dernière décennies, nous avions en Europe deux pouvoirs anti démocratiques, les pouvoirs économiques et la technocratie. C'est oublier qu'il en existe un troisième tout à fait possible, déjà présent notamment en Russie et en Chine, une dictature, molle ou non, d'un homme ou d'un groupe. Or ce à quoi nous assistons actuellement c'est l'accélération de cette passation de pouvoirs. Nous passons d'un régime autoritaire mou dirigé par les marchés et la technocratie à celle du politique national. Ce phénomène est très visible en Italie et Sarkozy est dans ce sillon. Ces propositions mélangent un étatisme fort, sécuritaire à la limite du déterminisme et un libéralisme national extrême, comme si nous assistions à transfert de pouvoir d'une ploutocratie à une autre sans mise à mort ni disparition des oligarchies perdantes. En clair, à nous l'enfermement et la ceinture et à eux la perpétuation d'un mode de vie transnational et excessif, une séparation nette entre deux groupes. Il faut tout changer pour que rien ne change... rien n'est moins vrai avec Sarkozy.


D'ailleurs ce qui montre cette dérive c'est justement cette sission au sein de la classe supérieure, celle qui permet à des socialistes très pâles ou des démocrates de se sentir dans l'opposition. Seul hic, pour défendre ces libertés il faudrait changer de pied sur le plan économique et du modèle de développement, ils en sont assez loin. Et plus encore certains socialistes que des verts ou des membres du MODEM, pourquoi ? Tout simplement parce que ces derniers ont une critique beaucoup plus profonde tournant autour du manque de spiritualité, d'un mode de vie dérisoire et dangereux, vide de sens et mortifère.



C'est pourquoi, plus que jamais, la gauche du PS est au centre d'un ensemble qu'elle ne doit pas dominer mais animer, coordonner. Elle est en capacité d'en être le pivot car elle se trouve à la croisée des chemins : ceux de ces partenaires et ceux de nos avenirs possibles.



III De la main à l'esprit :


Mais pour ça il lui faudra aller plus loin dans sa réflexion, aller plus haut :

  •  

  • Accepter totalement l'absence de rationnalité. L'économie n'a rien de rationnelle, elle n'est que suppositions, théories, ; c'est une science humaine. L'humain lui même n'agit bien souvent pas selon son intérêt. C'est pourquoi elle doit comprendre la dangerosité de croire que l'homme trouvera une solution pour éviter le naufrage environnemental. Que ce soit dans nos vie où tout un chacun peut voir la même personne reproduire les mêmes erreurs tragiquement, aller à sa perte sans être capable de se raisonner ; que ce soit dans l'économie où le système boursier est fondé sur une logique de la déraison qui ne peut que produire des crises et finalement comme le dit Frédéric Lordon être un outil économique assez piteux ; que ce soit sur le plan de notre propre survie, tout montre que croire dans la raison de l'homme est un grand danger.

  • Deuxième axiome d'importance : l'idée que le Monde n'a pas de limites, que donc nous pouvons consommer sans bornes, nous aggripper à la croyance que la croissance est l'alpha et l'omega de nos vies, c'est infantile comme l'enfant qui n'a pas conscience de son corps et de ce qui l'entoure ou si tristement humain comme nous tous qui ne voulons pas croire que nous sommes mortels. Le Monde est fini, il a ses limites et nous risquons bien dans une fenêtre très courte de temps de voir des effets de seuils terribles, c'est à dire des basculements que rien, strictement rien ne pourra arrêter.

  • Troisièmement : cette idée très occidentale que l'histoire est linéaire et qu'elle va dans le sens du progrès, même si cela passe par des soubressauts. Si tel était le cas on pourrait donc dire que nous vivons mieux, que nos vies sont mieux protégées des aléas de l'existence. Est ce le cas ? Pas du tout, car jamais nos existences n'ont été si proches de connaître le gouffre. Les multiples crises dans lesquelles nous sommes désormais entrés sont d'une telle ampleur que c'est la survie de la plupart des espèces vivantes qui est en jeu donc la notre aussi. Le développement d'un humain « hors sol » est une cause majeure de cette cécité totale. Il faut pourtant être bouché pour ne pas voir que la biodiversité s'écroule, comme les quantités de terres fertiles, comme la disponibilité de l'eau, que les molécules chimiques ont pénétré dans notre environnement et nos corps avec une telle ampleur que personne ne maîtrise la situation, que le dérèglement climatique s'accroît à une vitesse telle que peu d'organismes sont capables de s'adapter (sauf les virus !), que le risque de pandémie est si fort que seule la date reste dans le flou (nous sommes ainsi déjà en phase 3 pour la grippe aviaire), que les déséquilibres démographiques et les émigrations climatiques notamment vont pousser au bas mot plus de 250 millions de personnes hors de leur sol. Non, non seulement l'histoire n'est pas linéaire mais nous vivons une situation de crise majeure qui fait de cette période une régression comme l'histoire humaine n'en a sans doute pas connu.

  • Enfin l'idée saugrenue que la liberté et l'autonomie doivent être les plus grandes possibles tient d'un grand manque de réalisme. La liberté n'existe vraiment un peu qu'au sein d'une relative contrainte et l'autonomie n'existe un peu qu'au sein d'un tissu uni. Sorti de cela c'est la jungle.



Un espoir : que notre recul historique nous aide à la réforme pour la manière et notre conscience du monde nous pousse à la révolution pour le contenu.










Par stéphane.grim - Publié dans : politique
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Vendredi 3 octobre 2008
Courte réaction à l'article paru dans Marianne2 : "S'humilier en vidéo pour trouver du boulot" 02.10.2008

Mouai... est ce que c'est la bonne manière de le voir ?

Ce qu'on voit là est sans surprise et triste, oui. Mais que signifie cette idée d'illustrer son article par ces vidéos sinon cautionner le podium et donc les jugements de valeurs qui sont derrière !
C'est piétiner ces gens une fois de plus. Dangereux et déplorable...

De plus il y a une critique du procédé mais la critique du palmarès est absente.
Pourtant nos deux soit disant perdants me paraissent plus humains et intéressants que la reine du podium. On a avec elle un concentré de formatage et de misère humaine profonde.
Les musiques, les cadrages, les mouvements de caméra, les poses, le comportement et ce que cette demoiselle met en avant ne sont pas remis en cause alors que c'est vulgaire, sans intérêt, et surtout d'un vide spirituel poussé. A comparer, nos deux soit disant cabots dégagent beaucoup plus de vie et de profondeur.
L'inversion totale des codes est si forte qu'elle (devrait) sauter aux yeux ; décidément ce monde de la communication est comme cette jeune erzatz : un condensé de la misère humaine.

Seul a échapper à ce tir aux pipes, la première vidéo détourne les codes pour miser à plein sur l'absente de visage, ce qui le dépersonnalise et met avant sa technicité ; intelligent.
Reste que même si des créations expriment une personne, la maîtrise technique ne peut ni la résumer ni cerner son apport à un collectif, quelqu'il soit.
Hélas comme la technique sans pensée est l'alpha et l'omega, que le collectif est détruit par une valorisation du singulier, que ce singulier se noie par cette quête formatée dans une masse informe... on en revient au point de départ.
Misère, misère !
Alors même si cette jeune fille ne se résume pas au vide sidéral qu'elle nous a montré, je n'aime pas que, sans broncher, on laisse passer pour une réussite ce qui est la "deep loose" ! :-)
Par stéphane.grim - Publié dans : politique
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