Sac de noeuds ou prendre son sac

Publié le par stéphane.grim

 Texte envoyé sur le blog de J.L. Mélenchon jeudi 07.02.2008 suite à son article "Résister"

La première partie, destructurée et plus anecdotique, réunit des commentaires de commentaires, la suivante est une approche plus générale



I Réactions à divers commentaires :


Post 6 clavaux dominique :
je partage ce point concernant l'organisation c'est à dire la mise en réseaux ; la multiplication des réflexions par des individus ou des groupe à l'exemple de gauche avenir ou PRS nous construit. On peut y voir des micro résistances comme le dit Onfray... ok, mais le risque d'atomisation et donc de perte d'énergie est immense. Je penche donc aussi pour un travail de mise en lien multiples, de rencontres avec tout ce qui compte d'oppositions républicaines ou en tout cas démocratiques.

Post 10 Jennifer :
avoir une politique le plus à gauche possible, pourquoi pas si on se met d'accord sur ce que recouvre ce terme ; un exemple de ce que cache comme divisions "essentielles" ce mot de gauche : l'opposition entre les tenants du progrès technique, du savoir toujours plus bénéfique et ceux qui s'opposent à ce positivisme, s'alarment de l'écart croissant entre la capacité technique et la sagesse individuelle ou collective. Opposition frontale qu'on peut appliquer au productivisme, au principe de précaution, au rapport Région/ Etat etc etc. De même la vision qui associe le MODEM à un parti de bourgeois ne me semble pas juste non plus ; d'abord différents adhérents ou simples électeurs de ce parti se trouvaient récemment idéologiquement à l'extrême gauche ou dans les mouvement écologistes, ne pas voir ce rapprochement là, cette coupe transversale à travers l'ensemble de l'opposition me parait dangereuse ; les commentaires de Bayrou sur Lanza Del Vasto ne sont pas non plus le fruit du hasard ni celui d'une pure stratégie. Une partie du PS se trouve plus proche de l'UMP FN qu'une partie du MODEM. Ce glissement n'a d'ailleurs rien d'étonnant car historiquement c'est la seconde fois qu'il a lieu (cf R. Rémont). Il faudrait pour bien l'analyser, voir je crois, qu'une partie de la "gauche" est devenue conservatrice, ce qui n'est pas forcément négatif ; Régis Debray parlait ce matin sur France Culture (jeudi 7 février) de conservatisme de progrès, c'est une manière de le voir. J'en reviens là à la question du rapport de l'homme à son environnement et au progrès. Pour autant je partage tout à fait l'analyse que fait JL dans son dernier livre sur ce qu'il qualifie de "parti démocrate" et ses orientations... pas d'angélisme avec le MODEM... mais pas non plus d'excès, les question de fond qui nous en séparent sont nettement la question socio économique et la question européenne. Idem avec son composant CAP21.

Post 19 Claire stream :
je ne suis pas dans la tuyauterie de leurs cerveaux ni dans les hautes sphères du parti mais à le voir d'où on est il y a des nuances. Une partie du PS souhaite sans doute se séparer de cette aile gauche, une autre ne veut pas de vert dedans, une autre de républicains vu comme trop liés à "l'ordre" bref... mais la stratégie de Royal par exemple n'est pas vraiment sur cette ligne, là je ne rejoinds pas JL. Elle a eu un seul mérite : mieux intégrer des problématiques du MRC et des Verts, donc ouvrir enfin un peu le PS sur ses ailes. Mais ses positions économiques et sociales, son sexisme dangereux, évidemment là ce fut cata... Pour autant elle était dans une logique, à l'orale bien sûr, d'arc en ciel, c'est à dire un peu à la Prodi, du centre à la gauche radicale, en passant par les écologistes. Cette stratégie ne visait comme tu le dis, peut être pas à la séparation de son aile gauche mais à son effacement sans aucun doute derrière une démarche clairement "démocrate" comme la décrit JL.

Post 49 Emilie :
Bien vu. Quitter le PS dans sa dérive c'est soit travailler avec des groupes dont certains éléments sont antirépublicains ou anti démocrates, ou mysantropes, un extrêmisme parfaitement dangereux et c'est sinon se retrouver pris entre deux feux à créer un parti intermédiaire qui est séduisant mais divise encore plus au détriment sans doute de l'efficacité... aie aie aie

Post 33 Alain :
je rejoins assez largement ce texte. La totale explosion du champ politique est ancienne à mes yeux comme à beaucoup d'autres je pense. Montrer le rapprochement avec Dupont Aignant et l'éloignement avec Moscovici me parait non seulement juste mais salutaire.



II Quel chemin ?

Pour en revenir à des choses que j'ai plusieurs fois avancées (elles valent ce qu'elles valent, ça...), je ne vois pas le champ politique divisé entre droite et gauche, c'est à dire binaire ou en deux dimensions. Je trouve ça non seulement radicalement faux mais profondément déroutant compte tenu de l'évolution des questions de fonds.
Pour faire comprendre : de manière caricaturale, un écologiste s'oppose au productivisme et au matérialisme de la gauche et de la droite, un républicain pur sucre (ou poivre ou ce que vous voulez) se place lui aussi ailleurs, et essayer de mettre une écologiste genre Voynet à la table d'un républicain comme Chevènement, le résultat est détonant.
Ce quadrille assez simple connait de multiples nuances ; exemple : CAP21 dont le programme en terme écologique est excellent à mon sens mais en terme économique et sociale très discutable ; ainsi, tabler sur des fonds de pensions équitable ou éthiques pour les retraites hum hum !!! A l'autre bout des écologistes plus radicaux mais dans une optique internationaliste et radicale sur le plan des sans papiers par exemple et entre les deux une tendance qui maintient un lien important avec le PS. On peut décliner ces nuances ailleurs.


Je persiste à penser qu'il y a deux ensembles que nous devons rejeter d'un commun accord :
- Un ensemble UMP FN, (je ne parle pas des gens mais du fond d'idées) qui allie une volonté plus ou moins forte de jouer à fond la mondialisation sans chercher à en modérer vraiment le chaos, un matérialisme et un consumérisme à toute épreuve, un positivisme aveugle et un reniement de la notion de république et même de toute forme collective protectrice quelle qu'elle soit ("la Société ? je ne connais pas, je ne connais que des individus !"), une volonté de mise sous contrôle des individus croissante dans leur vie sociale pendant qu'on libéralise l'économie à l'excès avec à terme la mort du libéralisme c'est à dire le monopole privé. Cet ensemble là nous entraine non pas vers une mondialisation sans frontière mais un nationalisme effrené, un temps libéral économiquement mais liberticide sur tous les plans dans son prolongement, ainsi que biologisant... Atroce et porteur de guerre !
- De l'autre un ensemble de groupuscules violents, antidémocratique/anti républicains ou mysantropes, voire les deux.
Ce qui nous reste au milieu se résume grossièrement à quatres groupes :
- un ensemble écologiste
- un ensemble libéral réel, démocrate chrétien, catholiques sociaux, socio démocrates
- un ensemble républicain, gaullistes de gauche et de droite
- un ensemble de gauche plus ou moins radicale


Je vois actuellement deux grandes solutions :

Soit celle qui consiste à organiser une sorte de néo CNR, dans ce cas le PS est au milieu ; mais sa décomposition idéologique, ce tropisme assez exclusif vers la droite ou le modem risque de tout paralyser, de bloquer tout possibilité de transition ou de provoquer (en cas de victoire) un désenchantement cette fois mortel. Pour exemple on peut lire la synthèse d'Harlem Désir pour le forum sur la mondialisation, la réponse c'est l'hyperqualification et l'action dans des instances internationales, un leurre pour ne pas dire une totale imbécilité.
Variante : créer un parti intermédiaire oui mais là le risque c'est l'isolement, or les périls montent et ils montent très vite en interne comme sur le plan international.


L'autre solution c'est effectivement de partir plus à gauche en refusant ce néo CNR. Ramener vers la gauche l'électorat ouvrier et salarié. Peu probable avec le PS actuel qui vise le même électorat que Bayrou. Pourtant ce serait salutaire pour éviter la dérive probable vers la fermeture à l'autre, à l'Europe... Mais le risque de cette tendance c'est de ne se centrer que sur la crise socio économique, on perd de vue la crise républicaine et surtout la crise écologique autant que les questions du matérialisme, du consumérisme, du rapport au progrès qui sont également centrales. Le problème c'est que les crises croissent en parallèles et se mêlent, se nourissent, en oublier une c'est aller à l'échec.


Honnêtement je ne veux ni de Royal, ni de Strauss Kahn, ni de Moscovici ou un autre de ces fatalistes européistes et mondialisant au levier de commande. Ils sont en train de nous conduire directement dans ce qu'ils prétendent fuir.
Mais je ne suis pas fichu de savoir ce qui est préférable vu les tiraillements entre toutes les oppositions, les volontés de bouffer l'autre berk berk !!! Il me parait plus juste d'attendre le congrès du PS et d'en tirer les conséquences à la fin si le PS évolue définitivement comme le MRP d'après guerre.
Restera ensuite à fédérer. Même si la démarche est plus complexe, mon choix va clairement pour un néo CNR (qu'il soit autour du PS ou d'un nouveau parti) en restant le plus possible au centre des quatres groupes, pour aboutir à une synthèse c'est à dire à des choix combinant refus et accords, complémentaires et acceptables pour chacun des quatres groupes. Ca demande évidemment des révisions déchirantes pour beaucoup mais puisqu'on citait Zemmour dans un des posts, on ne peut que constater que Fabius (invité de Ruquier samedi soir) était finalement bien plus proche d'éric Zemmour que de Nollot, l'homme soit disant de gauche. De même la recomposition dont parle Lienemann autour de l'opposition rentier / producteur devrait par exemple nous pousser à nous rapprocher des commerçants et nous opposer aux grands distributeurs qui destructurent totalement le territoire. La Confédération Paysanne ou Via Campesina nous montrent bien que tout bouge.

 

 

 

 

 

 

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