Sarkozy et Delanoë : les libertés au panier !

Publié le par stéphane.grim

Texte envoyé à rue89 

Sarkozy et Delanoë : les libertés au panier !

 

La sortie du livre de Bertrand Delanoë produit de nombreuses réactions dont l'essentiel tournent autour du libéralisme revendiqué.

Le résultat a été une réaction de rejet pour beaucoup hors et dans le PS, qu'il s'agisse de minauderies pour cacher un accord évident comme S. Royal ou une opposition plus construite et profonde comme B. Hamon ou L. Fabius. Mais derrière ce tournis médiatique se cache un problème essentiel et une réalité totalement différente de ce qui nous est montré. Prenons deux acteurs politiques :

- Nous avons un N. Sarkozy qui nous est montré par certains néolibéral à tout crin ou bonapartiste au petit pied.

- Un B. Delanoë présenté comme un homme de gauche raisonnable ou un bobo libéral politiquement mais aussi économiquement.

En vérité nous n'avons là que deux faces d'un même visage : appelons ça antilibéralisme ou tout bêtement une politique de réduction des libertés.

 

I Des « réformes » HQL (haute qualité libérale) :

Quelques exemples récents parmis beaucoup d'autres : les OGM et la réforme de la loi Galland.

Dans les deux cas nous constatons la mise en avant d'un principe de liberté revendiquée, comme le disait la grande prêtresse Parisot « de l'air » et pour résultat réel la main mise de quelques uns sur ce qui reste de vraiment libre.

Toute la politique suivie aussi bien par la plus grande partie de la droite qu'un partie de la gauche prétend libéraliser mais connait un scénario à peu près identique : un passage plus ou moins rapide par une période de chaos avec multiplication des offres et au final la concentration et la fin de la concurrence. Ainsi les OGM mettront les semences, c'est à dire l'alimentation sous la coupe de Monsanto ou au mieux d'un autre groupe ou organisme possédant les brevets. Situation identique pour la réforme de la loi Galland. Le choix va se réduire encore, les enseignes vont dévorer les infimes pourcentages encore existant de petits commerces, écraser encore plus les producteurs puis se dévorer entre elles avant d'établir un nouveau Yalta de la distribution.

Delanoë n'a certes pas soutenu ces réformes mais le positionnement global reste sur la même ligne économique que Royal, Valls ou Moscovici : une adaptation à la globalisation par l'hyperqualification et l'espérance dans des instances internationales, à part ça on ne peut rien faire car il y a trop de blocage... capitulation du politique face à l'économique.

Le libéralisme économique, l'hyper valorisation de la concurrence prônée par Sarkozy ou Delanoë & Co a pour conséquence directe la mort des libertés économiques. Etonnant ? Pas du tout, comme tout système extrêmiste il agit comme un parasite et finit par tuer son hôte.

 

II De la modération jusque dans la démocratie :

Commencons donc par appeler les choses par leur nom, nous avons affaire à des extrêmistes ou au mieux des dogmatiques, qu'ils soient partisans d'une adaptation rapide au type de capitalisme actuel ou d'y entrer à vitesse modérée... le résultat est le même.

Or le problème que posent ces extrêmistes est qu'ils embarquent avec eux toute forme démocratique, c'est à dire qu'ils détruisent en parallèle la liberté politique. Rien de surprenant ; en détruisant méthodiquement tout consensus social, en affaiblissant le système éducatif et en paupérisant la plus grande partie de la population, classes moyennes et populaires, ils construisent la violence, ce qui crée de la part de l'essentiel de ces mêmes populations une demande d'ordre et de repli. Un exemple parmis d'autre, le traité dit « simplifié » (sic) n'a pu passer qu'en contournant la population comme d'ailleurs dans la plupart des pays européens ; s'asseoir ainsi sur l'idée démocratique en dit long sur le rapport de plusieurs partisans du oui avec la liberté politique et avec la population. Un autre encore lorsque la réthorique de gauche se limite à victimiser les « banlieues » sans voir qu'elle passe sous silence total l'immense partie des classes populaires qui vivent au delà des banlieux et subissent l'absence d'intégration territoriale (transports, culture, services publics en général...), les délocalisations, concentrations et dégradations de leurs conditions de vie dans l'invisiblité et la frustration croissante d'être niée.

 

La solution pour avancer, qu'elle soient cyniquement voulue ou inconsciemment crée c'est d'aller progressivement vers une combinaison moins étrange qu'il n'y paraît : on libéralise tout en faisant monter la surveillance, l'autoritarisme et le repli identitaire. Pris dans cette logique les plus internationalistes, libéraux ou républicains seront progressivement au pied du mur et certains auront le réflexe salvateur de descendre du train. Mieux vaudra leur ouvrir les bras que les chasser à coup de fusil dans les fesses.

Cette synthèse n'a rien de nouvelle, elle avait été pensée au sein du Club de l'Horloge où siègiait B. Megret : le national libéralisme. On ne peut être surpris quand on constate qu'effectivement le FN a été absorbé par l'UMP, c'est à dire que ses idées ont été digérées et sont progressivement resservies nationalement par soucis électoral mais aussi par la pente naturelle de l'UMP depuis un certain temps. Nul besoin d'être passé par le même club pour arriver à ce résultat, il suffit de vivre en vase clos, d'être immergé dans un groupe social qui aura par la force des choses la même pente naturelle.

 

III Divisons, divisons, il en restera toujours plus de rien :

Pour aboutir à un tel résultat l'outil utilisé est souvent le même, on divise pour écraser. Ainsi la Nation, c'est à dire la collectivité nationale est progressivement divisée par la décentralisation ou la communautarisation. La Charte des langues régionales ou les lois mémorielles comme celle votée en mai 2001 à l'inititative de Madame Taubira donnent une forte dynamique à des logiques d'oppositions communautaires (juifs contre noirs, bretons contre parisiens etc). Déstructurer les rares remparts au mécanisme de rouleau compresseur de la mondialisation a une conséquence claire : affaiblir la capacité de résistance et de contre proposition. Beaucoup de nos élites le font de bonne foi, croyant agir pour le bien de tous ; cela s'explique largement par « le plus jamais ça » ; l'Etat comme le protectionnisme ne pouvant aboutir dans leur tête qu'à la guerre et à quelque chose d'équivalent au nazisme. Interprétation traumatique, méconnaissance historique et économique, le XXème siècle est passé par là, en particulier les deux guerres mondiales...

En attendant nous subissons une politique à la Bernard Blier : « j'éparpille façon puzzle ».

Ce processus de division systématique est utilisé à tous les niveaux : volonté de séparer l'école maternelle du primaire ou d'introduire des contrats de droit privés dans l'enseignement, d'opposer travailleurs « qui se lèvent tôt » et chômeurs «glandeurs » ou fonctionnaires « fainéants » et « valeureux » travailleurs du privé etc.

On développe voire on crée des antagonismes pour faire passer des changements. Et même on amplifie le désarroi en donnant aux plus pauvres tout en tapant sur l'essentiel des classes moyennes et populaires. Ce qui permet de passer pour un Etat qui se préoccupe de social tout en créant les conditions du racisme social. Un bijou de cynisme.

Libérer les forces, voilà la devise, dommage que derrière se cache un autre but : libérer pour opposer et affaiblir.

Il s'agit de combattre cette logique de morcèlement qu'elle soit territoriale ou sociale ; il s'agit de recréer des logiques de liens, avec les les ouvriers, employés, fonctionnaires (catégories dont l'éloignement avec la gauche risque de s'aggraver encore) mais aussi au delà avec des groupes parfois adversaires dans le passé comme les artisans, petits commerçants et en particulier les paysans, milieu en mutation et logiquement traversé depuis un moment par des tensions fortes ; c'est à dire une frange de l'électorat jusque là de droite conservatrice et globalement celui gaulliste en se dégageant d'un groupe de gauche destructeurs de libertés économiques et politiques. Une association de producteurs, d'exclus et de défenseurs (de toute classes sociales) d'un fonctionnement socialisant et durable.

 

IV Plus de Lumières pour voir plus noir :

Il ne faut pas se voiler la face, le capitalisme financier produit de l'hyper concentration et de l'externalisation, c'est à dire une multitude de petites boites prises à la gorge au service d'une petite minorité d'entreprises. Il entraine le retrait des libertés en acceptant la torture comme à Guantanamo ou l'hypersurveillance dont parle J. Attali dans « une brève histoire du futur », procédés utilisés soit disant pour préserver les libertés mais qui n'existent que pour répondre au désorde sociétal et international crée par ce même capitalisme superprédateur.

L 'émancipation de l'individu, le prolongement des lumières a crée son propre poison, un amas d'individus à l'opposé d'une société, un amas dominé par quelqu'uns. Thatcher disait qu'elle ne connaissait pas la société mais des individus, elle ne faisait que mettre sur la table la vision que beaucoup de nos dirigeants ont du monde désormais.

Pour parler au  peuple, pour avoir ses voix dans un système où le vote non censitaire reste la rêgle de fonctionnement, c'est très pratique de voir les catégories perdantes s'abstenir, c'est à dire les classes populaires et moyennes. Mais régulièrement les citoyens s'invitent et renversent la table comme en 2005, le risque est donc grand qu'à terme se pose ce dont parlait E. Todd, la question d'un vote censitaire.

La peur de l'Etat et du protectionnisme naissent d'un souvenir traumatique de certains et d'une interprétation pour le moins farfelue de l'histoire économique. Mais le résultat de ce libéralisme forcené est exactement le contraire de ce que beaucoup attendent : l'Europe est quasi morte dans l'esprit d'une majorité de la population, la xénophobie  sous toutes ses formes et le replis identitaire montent en flèche, les libertés économiques et politiques se réduisent comme peau de chagrin. Beau résultat !!

Quand un système a été trop loin il crée les conditions de sa propre mort, les Lumières prônaient la libertés de l'individu, elles sont en train de produire son aboutissement : la négation de l'individu. Le « je » qui tue le « je », le « je » qui domine le « nous », rien de surprenant à entendre une Royal parler sans arrêt à la première personne...

 

Face à ces étrangleurs des libertés, à ces soviétiques du monopole privé, au discours débilitant et aussi robotique que celui du frêre Popov de la grande époque, il nous faut de la tractation, du rassemblement, de la cohésion.

Prônons un juste équilibre toujours en mouvement entre collectif et individuel, entre égalité et liberté ; défendons cela à égale mesure contre ses ennemis qu'ils viennent de Sarkozy & Co, des Delanoë/Royal/Moscovici/Valls ou d'une petite frange de la gauche et de l'écologie extrême qui est nourrie par l'intolérance, la négation de l'individu ou de l'humain.

La solidarité est la clef, qu'elle soit avec la vie qui nous entoure, ni au dessus ni en dessous, qu'elle soit entre humains sans la naïveté de croire ou de faire croire comme F. Bayrou que le rapport de forces avec les gagnants actuels n'existe pas.

 

http://clavaboudchuc.over-blog.com

 

 

 

 

Publié dans politique

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