Jaurès ET Clémenceau plutôt que Valls...

Publié le par stéphane.grim

Texte envoyé sur Gauchevenir suite à une présentation du dernier ouvrage de Manuel Valls

L'intérêt qu'on peut avoir à rappeler le débat Clémenceau Jaurès vient aussi largement de la vision qu'ils ont respectivement de l'homme. Je vais simplement citer l'ouvrage de M. Winock "Clémenceau" :"il y a un optimisme qu'on peut qualifier d'anthropologique chez Jaurès", "L'idéalisme de Clémenceau, car il faut bien parler d'idéalisme chez cet homme qui croit aux valeurs républicaines, à l'héritage lumineux de la Révolution, et d'une certaine façon à la mission de la France, cet idéalisme est mêlé de septicisme sur la nature humaine". "Jaurès dénonce l'ennemi du genre humain dans le Capitalisme ; Clémenceau le voit dans l'homme lui même".Tout est concentré là.

 

Sa critique du libéralisme (déjà) est virulente, pour autant il refuse le collectivisme tel qu'il est pensé à l'époque. Il voit le progrès comme lent et discontinu, souligne la capacité de l'homme à se détruire et montre sa lucidité sur la future Première Guerre mondiale contrairement à Jaurès. C'est une vision qui le rapproche de ce que l'écologie porte bien souvent, l'homme n'est pas au dessus de son environnement et compter sur la clairvoyance qu'il aurait de sa fin prochaine s'il continue sur cette voie est une illusion.

 

En ce qui concerne ce point je comprends la critique sur Jaurès dont la vision serait trop chimérique. Pour autant Manuel Valls ferait bien de reprendre aussi à son compte l'imense espoir que Clémenceau a porté tout au long de sa vie de travailler avec les socialistes, dans le soucis d'agir au présent pour la justice sociale et non pour adapter la population au type de capitalisme ; pour Clémenceau "la suppression de la patrie ne supprimerait point l'égoïsme humain" donc il est erroné de voir dans l'Etat et la Nation un inévitable promotteur de chaos.

 

Enfin la critique des libéraux faite par Clémenceau est plus que ferme :"tout leur art consiste à faire courir des culs-de-jatte ficelés dans un sac contre le vainqueur du dernier Grand Prix de Paris" ou encore "Qu'est-ce que votre laissez-faire, votre loi de l'offre et de la demande, sinon l'expression pure et simple de la force?". Manuel Valls serait bien plus utile et cohérent s'il reprenait à son compte cette colère comme le dit si bien Benoit Hamon et demandait, tout petit exemple, à nouveau comme Clémenceau autrefois un impôt (réellement) progressif sur le revenu ; quand on est passé de 13 à 5 tranches depuis 15 ans on prend les classes populaires et moyennes pour des crétins. Il pourrait militer pour un choc fiscal et mieux encore pour des nouvelle socialisations ou renationalisations. Au lieu de cela il n'a d'autre soucis que de coller à un cap libéral en modérant juste la vitesse. Illusoire et autodestructeur...

(rajout postérieur au texte envoyé sur Gaucheavenir)
Dernier élément qu'on aurait peut être tort de mettre sous le tapis, le souvenir de la Commune reste sans doute vivace chez Clémenceau. Maire de Montmartre, en désaccord profond avec les Versaillais, soutien constant de Louise Michel, il faillit payer de sa vie sa volonté de conciliation entre Versaillais et Communards. Le souvenir de la colère aveugle de la foule de Paris n'est sans doute pas étranger à ce choix de l'ordre. Il aura le souci constant de comprendre les colères du peuple tout en cherchant à éviter le risque de violence urbaine. La méfiance envers les débordements pulsionnels de la foule en rage est à l'origine de cette image de briseur de grève.
Ni l'élite d'où qu'elle provienne, ni le peuple dans sa globalité ne sont une source immuable de vérité, privilégier l'un des deux est une ânerie dangereuse, c'est l'écoute et la tension continuelle entre ces deux autorités qui permet la paix sociale. On peut critiquer les actions de Clémenceau mais elle n'ont pas pour fondement un reniement de la cause sociale.

Jaurès ou Clémenceau, mieux vaut les deux qu'un seul, leurs oppositions aboutissent dans le temps et par des choix de chaque bord à une belle complémentarité. Une cathédrale ne tient pas que sur un seul pilier.

Publié dans politique

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