Non cette droite là n'est plus républicaine !

Publié le par stéphane.grim

 Texte envoyé sur Rur89 le 17.07.2008, revu le 19.07 et envoyé à Marianne le même jour

Non cette droite là n'est plus républicaine !

 

Bang bang Bayrou, l'homme aux cent coups arrive sur son fier destrier mécanique et nous dit « ralliez vous à mon panache blanc et sauvons la République ! » Fondu ou bien mûri ? Fondé ou parano ? Solitaire ou seul visible ?

  Vers la stature du rassembleur :

Au yeux de certains le récent discours de F. Bayrou semble montrer un basculement vers l'image du rassembleur au dessus des partis comme il le dit, sorte de dernier rempart de la République. Intéressant oui mais ça me semble plus progressif qu'il n'y paraît. D'abord parce que l'idée républicaine est minée de l'intérieur depuis de nombreuses années. Ensuite ces ponts envoyés vers les socialistes, les gaullistes et tout ce qui compte d'opposants (alters et écologistes en particulier) à cette droite au pouvoir ne sont nouveau ni dans les actes ni dans les têtes. Ca relève beaucoup plus je crois d'une stratégie pensée d'enveloppement vers la gauche sans dévisser et d'un fond idéologique qui produit forcément ce déplacement. De nombeux indices ont montré cette évolution.

  Pendant la campagne, Bayrou a recours à de multiples reprises à une défense de la séparation des pouvoirs et de la laïcité, ce qui lui vaut les foudres au sein du PS qui rappelle sans arrêt les manifestations en 1994 où on l'avait accusé de remettre en cause l'équilibre public/privé dans l'éducation. M. Probst, ancien conseiller de Chirac, Juppé ou Tibéri, exprime frontalement ce que d'autres gaullistes pensent tout bas, montre son mépris profond pour Sarkozy et sa « clique » et dit qu'il votera pour Bayrou « aux deux tours » en 2007. Avril de cette même année un éditorial de J.F. Kahn, qui a soutenu publiquement et de manière individuelle Bayrou, parle ouvertement d'un nouveau CNR. Juin 2007, Madame Lepage soutient ouvertement M. Juppé à Bordeaux pour son travail local et espère ne pas le voir perdre, ce qui impliquerait sa démission et le départ de la seule personne au gouvernement qui ait à ses yeux un vrai poids politique et soit un peu sensible à l'environnement. Lors de l'émission « le rendez vous des politiques » en 2007, Bayrou explique qu'il est plus proche des alters mondialistes qu'on ne le croit, citant Lanza Del Vasto dans ses références ou ses combats pacifistes où il rencontre sa femme. Municipales de mars 2008, Juppé refuse de taper sur Bayrou et inversement, ce dernier soutenant même comme Lepage la campagne du premier à Bordeaux. Ces exemples ne sont que les plus visibles.

De même l'électorat de Bayrou provient de socialistes socio démocrates ou libéraux, d'anciens écologistes mais aussi de personnes se positionnant en général plus à gauche que le PS, souvent alters, une mouvance qui refuse souvent la violence du grand soir mais souhaite pourtant un changement radical.

Croire que ce changement serait réel avec le positionnement européen et économique de Bayrou, avec le personnel politique qu'il veut réunir, là c'est un autre sujet et c'est à ça que l'ancien candidat à la présidentielle répond progressivement (en apparence en tout cas) par une critique croissante des instances européennes et en se rapprochant en particulier des républicains, des gaullistes et finalement au delà sans le dire de la gauche plus radicale. Ce rappel à l'histoire de France, à l'image de rassembleur se réfère ouvertement à De Gaulle, au dessus des partis et des courants comme il dit lui même dans sa récente interview au figaro le 10.07 . Il parle aux cadres avec un niveau d'études assez élevé mais de plus de plus aussi à l'électorat populaire et aux classes moyennes en pleine perdition, c'est à dire au delà même des 75% de la population au dessous des 1500 euros par mois. Mais Il ne rêgle rien de la contradiction totale entre son programme économique qui fait de lui le meilleur élève de l'Europe actuelle et de son discours qui prétend défendre le modèle républicain détesté par ces mêmes instances européennes et les dirigeants voisins. Un positionnement Schyzophrène comme le dit bien Zemmour.

 

La croisée des chemins :

Se limiter à ça ce serait trop court. Cette croisée des chemins entre de nombreux courants de pensée se constate aussi en dehors du sillon de Bayrou. L'émission de Taddei le soir sur France 3 a montré récemment un N.D. Aignant en accord pendant toute la soirée avec Susan Georges (membre du comité économique d'ATTAC). Ce même Dupont Aignant s'est d'ailleurs retrouvé dans un meeting commun avec Chevènement et Lienemann, ce qui montre bien les fortes convergences que beaucoup refusent de voir. Qui se souvient de l'émission présentée par Yves Calvi où le public avait désigné comme français le plus illustre de l'histoire nationale : Charles De Gaulle ? Qui se souvient que la campagne a aussi été une opposition souterraine entre Guaino et le staff de Chevènement donc entre deux discours aux résonnances républicaines ? Qui a lu R. Rémond sait qu'il montrait dans son étude sur les droites que le courant auquel se réfère Bayrou partiellement est le seul (à l'exclusion sans doute de la pensée écologiste justement) qui ait basculé déjà une fois vers la gauche jusqu'à être une force politique essentielle au milieu du XX siècle ; le MRP, puisqu'il s'agit de lui, retournera cependant sur le tapis roulant qui fait glisser les partis de la gauche vers la droite dans l'histoire avant de disparaître. Le catholicisme social avait assimilé la République et ne pouvait accepter les dérives factieuses, violentes et racistes de l'entre deux guerres. J'ai dit que Bayrou s'y réfère partiellement car si dans certains discours on voit bien cette trace, en revanche il rappelle à tout va ses liens intellectuels avec Barre, Giscard et autres qui ne sont pas vraiment sur une ligne aussi sociale que celle des mouvances catholiques du CNR. En ce sens Liêm Hoang-Ngoc est un peu trop expéditif avec cette ambivalence chez Bayrou (rf Sarkonomics 2008 Grasset, excellent livre par ailleurs).
De même le positionnement de la droite actuelle et la mondialisation rouleau compresseur, poussent tout un électorat de droite traditionnelle, conservateur et parfois très contestataire (on disait autrefois poujadiste) dans le camps des perdants, de ceux qui sont écrasés. Paysans, artisans, commerçants, patrons divers petits ou moyens. Même les notables plus installés comme les pharmaciens ou notaires, ou encore l'armée de tradition très conservatrice sont dans le collimateur de cette droite et de cet ensemble socio politique gagnant dont Sarkozy est le porte parole derrière son discours ouvrièriste de façade.

  La situation ressemble d'ailleurs plus à ce dont parlait E. Todd, l'extrêmisation d'un parti de masse (l'UMP) comme une mise en conformité avec ce dont parlait J.F. Kahn sur l'extrêmisme de notre monde et que par voie de conséquence la pensée plus conservatrice (et donc rétive à ça) qu'illustre Bayrou se trouve logiquement recentrée puis gauchisée ; d'où aussi le dépassement vers la droite de divers socialistes et une évolution de la LCR plus conciliante avec ce que fut le défunt programme commun. Le monde va vite, le tapis se déroule rapidement vers la droite et finalement la réaction même devient salutaire, c'est un peu le sens de ce que disait Régis Debray il y a peu.

Je ne suis pas dans les méandres du cerveau de Bang bang Bayrou mais il me donne l'impression d'avoir senti cela depuis longtemps sans doute par ses attaches et son fond idéologique. Il se retrouve du coup en général plus à gauche que la partie la plus visible des dirigeants du PS. Il aspire l'aile droite du PS mais en plus il le contourne depuis un long moment, non seulement par ses ailes écologistes et républicaines mais même par la mouvance alter.

  Tout cela devient d'autant plus dangereux que le PS se rapproche progressivement d'une situation au moins équivalente à ce qui s'est passé aux congrès de Tours de 1920 ou de 1933 à la Mutualité, générateurs de scissions. Il n'est pas impossible du tout que nous assistions tôt ou tard à une implosion (entre autres aux élections européennes) inversée sur plusieurs points par rapport à ces deux dates. C'est à dire que la ligne gauche soit minoritaire mais campe sur ses valeurs de justice sociale et d'émancipation de la personne humaine, prône un retour de l'Etat stratège et un retour réel vers les classes populaires et moyennes réunies, dépasse même tout cela par un rééquilibrage vers l'idée de conservation, de république et de patrie ainsi que d'écologisme au sens large.

 

La nouvelle droite et la République :

Ce contexte explosif et aux accents révolutionnaires trouve son écho dans une question de monsieur Apathie à l'invité (J.F. Kahn le 21.02.2008) sur Canal + : « elle est républicaine ou non la droite ? ». L'appel à la vigilance républicaine d'il y a quelques mois montrait des inquiètudes réelles ; lors de ces récentes interventions comme sur BFM TV, Bayrou va plus loin en désignant des hommes qui sortent du consensus républicain et par là il prétend prendre le flambeau de la République . Il en a bien le droit et je ne lui conteste pas du tout le fait d'être républicain, lui, mais ce serait bien triste et pas forcément bon signe (vu son programme) pour l'avenir de le laisser seul porter cet étendard !
La République, idée en constante évolution se caractérise plutôt par les point suivants : liberté, égalité, fraternité (d'autres parleraient de solidarité), laïcité, unicité et une certaine idée du sens moral et du rapport à l'argent. Faut il donc désormais dire que les hommes de cette droite au pouvoir ne sont plus des républicains et quelle conclusion en tirer si c'est le cas ?

  Liberté :

- Pouvoir enfermer une personne non pour ses actes mais pour la possibilité que cet individu les fasse est déjà une trangression très grave mais quand en plus le Président, garant de la Constitution essaie de contourner le Conseil constitutionnel pour obtenir que la loi soit rétroactive, là on sort totalement des bases républicaines. Pour mémoire il n'existe qu'un seul cas historique d'un tel acte que le film « section spéciale » de Costa-Gavras raconte fort bien : Vichy. Et pourtant le premier exemple a été voté (loi sur la rétention de sureté) et le deuxième a eut lieu même si ce fut en vain (heureusement).

- Permettre que le travail ne passe plus par le loi mais le contrat et soit donc de gré à gré, c'est à dire de patron à employé, que les heures de travail puissent aller jusqu'à 60 ou 65h pour les employés qui l'acceptent (sic) et pire (grâce à un accord européen récent d'opt out) de pousser jusqu'à 78h (les règles actuelles permettent dans les faits d’enchaîner 78 heures de travail par semaine), ceci tout à fait légalement ; qu'en parallèle on conteste le droit de grève sous prétexte de ne pas géner les autres travailleurs ; tout cela consiste à attaquer de front l'idée de droit et donc de liberté au sein du monde du travail ; c'est en effet la loi si elle est juste et donc légitime qui émancipe l'homme, la refuser c'est vouloir la jungle et la loi du plus fort comme mode d'organisation ; l'employé retourne à des conditions antérieures même à la révolution industrielle en France. Il ne s'agit pas de dire que personne ne travaille 60 h actuellement (c'est le cas de beaucoup de gens, par exemple pour les chefs de rayons en grande surfaces), mais prendre une situation de soumission extrême comme référence pour l'organisation sociale c'est sortir de l'idée républicaine.

- Pousser à la concentration la plus forte possible dans la distribution (la grande distribution représente 95% de l'alimentaire et 5 centrales d'achat font la loi par exemple) sous prétexte de concurrence économique, soutenir la rente contre le travail (par exemple au travers du paquet fiscal voté en 2007) à l'inverse même de ce que défendent les vrais libéraux ou afficher quasi ouvertement sa volonté de contrôler les outils médiatiques de masse (notamment télévision et institut de sondages) par la désignation directe ou la main mise au travers d'amitiés industrielles, c'est là encore une sortie nette de la séparation des pouvoirs, et donc de l'idée républicaine. Montesquieu ne parlait pas des médias mais il faudrait être un sacré benêt pour ne pas prendre en compte ce qu'on appelle souvent le 4ème pouvoir : les médias.

- Pousser à contrôler les citoyens au travers d'outils type caméras comme l'ami de Sarkozy (Balkany) l'a si bien fait dans sa ville d'Antony ou par des drones (projet ELSA présenté au salon Milipol dont les expérimentations ont eu lieu en Seine Saint Denis) pour contrôler divers lieux et en particulier les fameuses « cités », tout ça va dans le sens d'une hypersurveillance ; il ne s'agit pas de permettre de trouver des solutions aux tensions mais de donner l'impression qu'on a l'oeil partout et qu'on contrôle la situation. C'est parfaitement idiot d'ailleurs en terme de résultat puisque le traitement de l'information est souvent ingérable et que de plus le problème se déplace géographiquement, la seule solution consiste à aller vers un contrôle technologique effréné du territoire y compris dans la sphère privé.

Ces 4 exemples parmis d'autres montrent bien que ce gouvernement tourne résolument le dos à la République, quelqu'en soit les nuances : pas de séparation des pouvoirs, absence de l'idée de droit, absence de choix économiques, hypersurveillance.

 

Egalité :

- Où est l'égalité quand l'inégalité bat des records en France, où la concentration de richesses écoeure une immense partie de la population : des travailleurs pauvres en augmentation (rapport 2007-2008 de l'ONPES : 1,47 millions en 2003 et 1,74 millions en 2005), des recours aux restos du coeur en augmentation, des travailleurs à la précarité imposée en augmentation, des retraités pauvres en augmentation (la grande majorité des pensions de retraites sont inférieures au SMIC ; le taux de pauvreté chez les plus de 65 ans est passé de 14% en 2004 à 16 % récemment)... où est l'égalité quand le salaire des grands patrons pour l'année 2007 va de 3 siècles à plus d'un millénaire de smic brut, quand des patrons incompétents (et bien souvent corrompus) coulent leurs entreprises mais partent avec des avantages financiers pharaoniques. Quand on cherche à suppprimer le plus possible les droits de succession ce qui accélère fatalement la concentration du capital et n'aide que la rente! (Blum rappelait d'ailleurs que pour changer la société en profondeur il existait deux moyens majeurs dont l'un était de toucher aux droits de succession). Quand 479 contribuables récupèrent 117 millions d'euros soit plus de la moitié de l'enveloppe budgétaire du bouclier fiscal et qu'en face on trouve les 8715 foyers très modestes touchant 6 millions d'euros au total,; faites la division! Quand ce gouvernement se gargarise du développement de heures supplémentaires, alors que cela n'aide que ceux qui ont déjà un travail (si ça ne détruit pas leur santé...) au détriment de ceux qui voudraient sortir du temps partiel ou simplement avoir un emploi. Ce n'est pas la valeur travail et l'égalité qui sont valorisées, c'est la rente et l'inégalité qui deviennent la norme. Le tout étant de savoir « communiquer ».

- Où est l'égalité quand les moins riches n'ont pas d'autres choix que d'aller s'installer aux delà des centres villes, au delà même des banlieues accentuant encore leur difficulté à trouver du travail et le coût de leur déplacement. On peut parler d'une société de propriétaires, ça oui, mais quand on aura fait miroiter aux uns le mode de vie aisé des autres et que les prêts ne pourront être remboursés, qui payera et qui plongera ?

- Où est l'égalité quand l'éducation est un lieu de reproduction sociale plus puissant qu'il y a quelques décennies comme le montre la provenance des « élites » (élite n'étant pas un synonyme obligatoire de tête d'oeuf déconnectée) et que pour faire bonne mesure on détruit la carte scolaire, ce qui met tant de petites mairies au bord du gouffre et accentue à outrance un école à plusieurs vitesses ; rien n'est plus facile que de « trier » sa population scolaire quand il n'existe plus de contrainte géographique. Les pauvres avec les pauvres !

- Quand le niveau des retraites diminuent, qu'on pousse les plus âgés à reprendre le travail, qu'on veut limiter le remboursement des lunettes ou des traitements pour les longues maladies (cancer ou sida notamment), il s'agit explicitement de soutenir ce que défend le très humain Denis Kessler depuis des années : que le gâteau social qui est énorme puisse passer dans l'escarcelle du privé au travers de mutuelles complémentaires, et qui pourra se les payer sinon les riches! Les autres n'auront qu'à se dégrader ou mourir et « dans le silence s'il vous plait , un peu de décence! Vous n'aviez qu'à être un winner! »

- Introduire le contrôle par l'ADN est en ce sens une des actions les plus perverses car elle a déculpabilisé l'idée d'utiliser la génétique pour séparer des individus. Or on sait que la déterminisme anime profondément cette droite et notamment N. Sarkozy ; on se souvient de son échange avec M. Onfray où la pédophilie ou le suicide tendaient à être (à ses yeux) un problème génétique. Ce déterminisme attaque de front non seulement l'idée d'égalité des hommes puisqu'ils seraient par essence sains ou malsains mais encore la liberté, c'est à dire la capacité de l'homme à s'émanciper, à évoluer. Que devient l'utilité de l'éducation, du travail social dans cette idéologie!

 

L'égalité n'est pas le soucis de ce gouvernement, au contraire, il souhaite ardemment promouvoir l'inégalité car l'idéologie est la suivante : qui ne réussit pas est un looser, son problème c'est lui et lui seul! La société n'existe pas et il n'y a donc aucune raison de maintenir collectivement à flot des gens qui de toute façon n'ont aucune raison de monter car ils sont des perdants par nature! Il y a là un rejet profond encore une fois de ce que défend l'idée républicaine.

 

Fraternité :

- L'idée de collectivité n'existe pas pour cette droite là ; la tendance est clairement au darwinisme social et même au déterminisme. Aller vers une idée de solidarité est totalement stupide pour ces gens, il s'agit pour eux d'une assistance contre productive et même dangereuse. C'est ce qui explique les choix en matière de retraite, de santé, de fiscalité ou de manière plus générale l'orientation sociétale et économique.

Quand on s'entoure et qu'on glorifie les expatriés fiscaux on montre clairement la voie : « non à la solidarité, je ne resterai dans l'arbre que si je garde mes noisettes! »

Il y a bien là un mélange de légitimisme, d'orléanisme et de bonapartisme : le sentiment d'être intrinséquement différents de la populace ; issus d'une société sans contrainte ni assistance pour faire émerger ceux que leur essence rend gagnants (même si la cuillère d'argent ça aide à mieux grandir ; beaucoup s'enthousiasment d'ailleurs pour ces winners venus des « minorités visibles » mais qui pensent en fait le monde pareil, tels ces français, immigrés du travail, qui encensent le modèle anglosaxon sur les plateaux télé) ; plébiscité au pouvoir pour éclairer le peuple ignare et dangereux.

 

Laïcité :

- L'espérance par la religion et non par le changement social comme l'explique N. Sarkozy dans ses textes et ses interventions, son soutien à l'encadrement des zones urbaines sous tensions par les religieux (ou les crs dont ce n'est pas le travail non plus), ses voyages et ses tirades qui mettent par exemple sur le même plan l'Arabie Saoudite et la République Française ou lorsqu'il s'honore d'être Chânoine d'honneur et met en scène son voyage au Vatican, tout ça montre une volonté d'instrumentaliser la religion pour contenir le social et en particulier les seuls endroits où une cohésion peut se faire car l'habitat est concentré et proche des centres, ces fameuses banlieues (pas de problème avec les masses populaires au delà des banlieues, ils sont dispersés et au pire ça donnera des petites jacqueries sans conséquences).

 

Unicité :

- Lorsqu'un Président fait un discours offensif à la tête de son parti, qu'il stigmatise systématiquement des parties de la population pour obtenir le soutien d'une autre, qu'il soutient ouvertement un sytème où l'individu et la revendication communautaire sont supérieures à la citoyenneté alors il sort totalement là encore de l'idée républicaine.

 

Une certaine spiritualité :

- Parler aux professeurs en leur disant que ce qu'ils attendent c'est le pouvoir d'achat, l'argent, le fric et rien d'autre, même pas ce qu'on en fait. C'est non seulement un affront à ce que beaucoup vivent, mais c'est un affront à l'idée d'éducation et aux valeurs qui font qu'on excerce ce travail. Les enseignants comme les journalistes ne sont jamais neutres dans leur transmission du savoir. Ils portent un système de valeurs qu'ils le veuillent ou non. La IIIème République l'avait très bien compris. Ne mettre en avant que cet aspect financier c'est résumer l'acte éducatif à un seul critère, le fric. L'argent est présent fortement dans le travail mais si on ne résume le travail qu'à ça alors on réduit les gens à des coquilles vides pour qui cette immense partie de la vie ne sert à rien sinon à faire du fric et donc on nie la valeur profonde d'épanouissement, le plaisir du travail bien fait... dans des conditions humaines. Cette conception plus spirituelle me parait être  simplement dans la ligne de ce que défendait le duo Blum Mayer en 1946.
La République c'est aussi la volonté d'émancipation et d'élévation conjointe et liée de l'individu et de la collectivité.

 

 La conclusion est assez simple, ces gens ne font plus partie de la communauté républicaine et ils sont les acteurs zélés d'une destruction systématique de ce que plusieurs générations ont patiemment bâtis avant eux. Ces enfants nourris et élevés par la République ont décidé sans aucun remord de la tuer.
Il y a quelques mois nous avions sans doute raison de rester dans l'attente et la vigilance, désormais la réponse est nette et ferme : si nous pouvons sans excès déjà douter de leur attachement à l'idée démocratique, un point est certain, cette droite là n'est plus républicaine, elle est sortie du consensus.
N'étant plus légitime à nous gouverner sous cette appellation il me paraît toutefois sain de ne pas contester sa légalité ; cependant il est temps d'assumer clairement cette accusation et de le dire publiquement.

Laisser Bayrou le faire seul c'est une erreur catastrophique pour le PS et peut être même le coup de grâce. Mais pour ça il va falloir que certains socialistes soient écartés des leviers de commande du PS car je ne crois pas sauf choc qu'ils soient capables de saisir à quel point ils se sont eux même éloignés du projet républicain. Oui Bayrou a parfaitement le droit de tenir ce discours, il est même souvent plus républicain et plus à gauche que bien des ténors socialistes (c'est pour dire), mais se regrouper autour de lui ce serait soutenir le héraut de l'Europe de Barroso.

Bien sûr le PS peut être fier de compter des défenseurs de l'idée républicaine et il me semble plus à même de fédérer largement un néo CNR, oui mais à condition de choisir le point pivot vers la gauche du parti ou dans une coalition qui s'appuie largement sur elle... à condition. Si tel n'est pas le cas, Bayrou aura encore augmenté ses chances d'avoir raison du PS et de ses leaders « enbullés » sans épaisseur ni vision.
Or sans prise en compte du chaos social, aucune action sur la priorité écologique et le concept destructeur de croissance, la question républicaine, économique et sociale, européenne et internationale, la question spirituelle ne portera de fruits ; la dégradation s'accélèrera même. L'éducation et les médias sont 2 points majeurs pour la bataille idéologique mais c'est inutile sans remettre en cause enfin  2 éléments :  la primauté du libre échange et l'assèchement de la redistribution. C'est pourquoi Bayrou, comme une large partie des instances du PS trop fatalistes ou perdues (dans tous les sens) ne sont pas à mes yeux une solution viable.

La France c'est une histoire et un espace vécu, transcendé dans la République, idée en mouvement et non monolithique mais à laquelle la droite sarkoziste n'appartient plus, ses transgressions majeures le montrent. Elle ne veut ni du droit par la loi commune, ni de la liberté économique qui menacerait ses acquis, ne tolère la liberté politique que par la démocratie molle noyée sous l'afflux d'information et de propagande, une éducation populaire minimale, une peur entretenue et un rebond confessionnel qui détourne de la cité des hommes, elle nie la solidarité sauf l'idée de réseau « utile » dans la sphère dominante et exhibe sa fascination pour le matérialisme le plus grossier, l'idée de puissance et l'argent, son trophée excrémentiel.

Mais en fin de compte pourquoi défendre tant la République me direz vous ?
Bien sûr pour maintenir un projet de cohésion et constructif pour notre collectivité. Et pour ça il nous faut retisser des liens forts vers le passé, Jaurès, Clémenceau, Blum ou Mendès France mais aussi De Gaulle et bien d'autres qui chacun à leur manière ont donné des réponses sur l'importance de l'unité et de l'idée républicaine ; mais aussi de nouveaux liens avec les porteurs d'un enrichissement républicain par la pensée écologiste et la réflexion sur l'accroissance.
De tout cela émerge une tension et une complémentarité constantes et constructives entre le local et le lointain, la nation et l'international, l'individu et le collectif,  la matière et la spiritualité, l'action et la morale,  l'homme et son environnement, la profondeur de la vie et la nécessaire légèreté, la méfiance en l'homme et la volonté malgré tout de croire qu'il peut faire le bien.
Mais la raison est bien plus grave : parce que les crises majeures et croisées qui arrivent à grande vitesse ont toutes les chances ne pas laisser grand chose debout, entre autre « l'humain ».
Pour affronter ces tempêtes il nous faudra des hommes d'une autre profondeur et une idée qui nous relie.

Publié dans politique

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