Sortir du syphon

Publié le par stéphane.grim

 Réaction à un article sur Marianne2 "PS: le spleen de Pierre Moscovici"  05.09.2008

 

 

Si Moscovici a le spleen, le monde est en convulsion et cette gauche nous entraine de bonne foi pile dans la direction qu'elle prétend fuir.

 

I Des crises en veux tu ?

a) Un Monde saigné :

Les crises dans lesquelles nous entrons couvrent des champs multiples et s'interpénètrent. La crise écologique semble la plus grave à première vue puisqu'elle remet en cause l'idée même de survie.Il y a bien sûr celle que tout le monde connait, la crise climatique, mais c'est bien court de se limiter à ça. Il faut y ajouter la dégradation des sols par la salinisation et l'érosion, la crise de l'eau, la crise de la biodiversité, la crise dûe à la pollution chimique (sol, air, eaux et organismes vivants). L'ensemble de ces crises combinées génère des crises d'une autre nature dont là aussi les conséquences sont déjà visibles : crise sanitaire rendue potentiellement plus destructrice encore par les choix économiques et l'ampleur du transport au niveau mondial, crise démographique aussi puisque les déplacements de populations de plusieurs centaines de millions de personnes vont se cumuler avec des déséquilibres démographiques énormes (déséquilibres de la pyramide des âges ou entre les sexes), crise économique démultipliée par la crise déjà actuelle du modèle économique et financier, elle même (nourrissant et) amplifiée par la crise alimentaire et énergétique (les conséquences des pics d'Hubbert étant un des éléments explicatifs), le tout encore accentué par la puissance d'une corruption et même d'une économie de type mafieux s'alimentant de la dérégulation provoquée et des désintégrations engendrées. Sans même plonger dans les travaux de multiples organisations ou acteurs, on peut se contenter d'aller consulter des organismes officiels pour se faire une idée de la gravité extrême de la situation (ONU, FAO, Union Européenne par exemple).
Si ce n'était que cela, on se tirerait déjà les cheveux et ils n'en resterait plus beaucoup... hélas on est loin du compte.
A cela s'ajoute une crise démocratique majeure liée à la crise du modèle économique mais pas seulement ; il s'agit d'un ensemble de crises : crise de la représentativité au sens large, crise institutionnelle, crise morale ou disons spirituelle, crise de la transmission et crise identitaire. Ces crises internes aux différents Etats touchent entre autres nos pays industrialisés et de plein fouet l'Europe.
L'ensemble produit en intensité croissante des plaies internationales ; Afghanistan, Géorgie, Iran et Irak en sont les plus à vif uniquement.

b) Gouverner c'est choisir :

Toutes ces convulsions me paressent atteindre des niveaux suffisament élevées pour être, chacune d'entre elles, un catalyseur d'autodestruction puissant. Si le pétrole apparaît comme le plus probable, on ne peut pas en exclure d'autres. Et c'est là que se situe des choix fondamentaux dans les politiques à choisir, donc les propositions.
Si la crise première est une crise spirituelle au sens d'une crise du rapport au monde, à la vie, on pourrait voir comme priorité la lutte à tout prix contre la crise environnementale. Or la vitesse de désintégration des sociétés et notamment celles qui ont une capacité de nuisance internationale forte comme les Etats Unis ou les pays d'Europe rend cet arbitrage rediscutable. L'arrivée au pouvoir aux Etats Unis, en Italie ou en France de dirigeants « particuliers » montre bien que le choix des populations peut se porter vers des directions opposées à leur propre intérêt et pourrait même s'asseoir sur la question environnementale. Ne pas tenir compte de certaines de leurs motivations c'est à coup sûr donner le bâton pour se faire battre. En l'occurence, dans la course de vitesse dans laquelle nous sommes engagés, il faut avoir, je crois, plusieurs priorités conjointes, aussi difficile que cela soit et malgré l'obligation de choisir pour gouverner...

 

 

II Nouvelle donne :

a) Social et écologique mano a mano :

En clair il est essentiel de répondre aux attentes sociales, donc de remettre de l'égalité et de la solidarité et en contrepartie de pousser vers une réorientation totale soumise à l'urgence environnementale. L'un ne peut absolument pas être disjoint de l'autre. Sinon nous aurons comme le disait si justement Hubert Védrine dans son échange avec Serge Latouche, des réactions incontrôlables. Il faut les deux en même temps dans un contrat honnête avec les perdants du système actuel, c'est à dire l'immense majorité ; le but est que la sensation (discutable bien sûr) de perdre soit compensée par ce qui est gagné.

b) La République sans serres :

Pour répondre à cette double priorité il faut s'appuyer sur un sentiment collectif, c'est à dire d'appartenance. Eviter les communautarismes et nationalismes montants c'est comprendre qu'il faut trois actions là aussi conjointes :

- Une volonté de réduction des inégalités très ferme (avec des perdants évidents dans l'ensemble des couches qui sont supérieures, totalement ou partiellement rentières, qui cumulent les pouvoirs, les facilités et dont l'argent cumulé n'est réinvesti que dans la finance). Les questions de salaires et de fiscalité y seront majeures sans doute.

- S'appuyer sur la Nation et l'Etat stratège pour engager un rapport de force réel au sein de l'Europe (car l'Union Européenne seule est en capacité de peser dans la réorganisation mondiale actuelle où les occidentaux ne dirigent plus et sont tentés de se cripser). L'Allemagne est sans doute le partenaire avec lequel ce bras de fer et cette main tendue en même temps doivent se faire d'abord. Le poids de nos deux pays est en capacité d'entrainer une réorientation constructive par étapes et par cercles. Sortir du libre échange généralisé (des biens et des capitaux notamment pour éviter la dérive à tendance mafieuse telle que le montre l'affaire Clearstream), de l'idée de zonage économique (par exemple : Chine pour la production, Inde pour le tertiaire et, pure folie, le Brésil pour l'agriculture) seront là aussi des questions majeures.

- En parallèle on ne peut imaginer sortir par un protectionnisme raisonnable sans sortir d'un modèle prédateur. C'est là tout l'intérêt d'une économie relocalisée largement sans en exlure les échanges (régulés), et dont le but n'est pas de prendre des parts de marchés dans le bloc voisin. Dans ce sens, l'autonomie énergétique est essentielle à ce projet. Il s'agit donc d'une politique d'investissement public dans la recherche notamment sur un fonctionnement durable (non un développement durable car nous ne sommes pas dans un monde infini).

Sortir d'un rapport utilitariste du Monde c'est se protéger soi en protégeant l'autre, et l'autre ce n'est pas l'homme seulement... c'est le milieu qui nous permet de vivre. Un magnifique projet serait ainsi d'aider en Afrique à promouvoir un protectionnisme salvateur. Quel plus bel exemple pourrait on donner ?

c) Quels grigris anti B.B. (Bayrou Besançenot)?

Certes, une telle direction est sans doute au delà de l'horizon. Certes nous avons probablement peu de temps devant nous. Mais c'est avec ce cap, je crois, qu'on peut proposer à la population de sortir par le haut et de repousser efficacement trois propositions qui me semblent l'une vouée à l'échec (Bayrou), l'autre une voie sans issue pour une large majorité (Besançenot, les verts voire les alters) et la dernière catastrophique (Sarkozy), un national libéralisme, occidentaliste aggressif, biologisant, hyper-inégalitaire, autoritaire (voire à pente totalitaire par la volonté combinée d'hypersurveillance, de transparence et de vision génétique des individus).

Ce qui permettrait au PS de tordre le cou à l'hypothèse Bayrou c'est de la contrer là où elle ne répond pas au problème, sur la question du modèle socio-économique et en particulier la question centrale du libre échange et de la répartition.
Hélas une large partie du PS est engluée dans une logique d'accompagnement de la mondialisation et si cette direction se confirme à Reims, Bayrou aura raison de n'importe lequel de ces leaders mous. Il pense comme eux mais a autrement plus d'épaisseur, tape plus fort, plus juste médiatiquement, peut embrasser plus large politiquement à travers l'aile républicaine et écologiste alter, d'autant plus que beaucoup à gauche ne perçoivent pas ses racines avec la pensée d'Elull par exemple.

Ce qui permettrait de repousser les machoires du NPA c'est de s'appuyer sur l'idée républicaine réoxygénée, c'est à dire cette synthèse jauressienne où le proche et le lointain sont indissolubles. L'internationnalisme qui fait épouvantail pour les classes populaires, ces classes qui disent « hé vous feriez bien déjà de s'occuper d'ici », celui qui nourrit la haine de l'étranger, celui qui est instrumentalisé par une droite que je crois non républicaine, on ne peut y répondre qu'en mélant les trois niveaux : la Nation pour peser dans une Europe unie et non prédatrice pour l'international. De plus ceci ne retire rien à l'idée de décentraliser si l'Etat n'y perd pas sa capacité à résister au rouleau compresseur de la mondialisation.
Hélas encore une fois nous avons une partie du PS qui nous parle d'international et d'Europe en niant dans les faits l'idée collective républicaine et pire... une partie de la gauche qui hurle au loup nationaliste ranci raciste et porteur de guerre, moralise à tout bout de champ, qui soutient les exclus de la « centrifugeuse » (terme utilisé par Lipietz pour imager notre société) et les communautés diverses, tout en soutenant l'occidentalisme guerrier et en piétinant ses classes populaires et moyennes. L'affaire Siné/Val est un exemple significatif de la division profonde au sein de la gauche et de toute la classe politique. Si la nouvelle direction du PS espérait ramener ces populations en leur parlant un langage de classe dominante moralisant elle se tromperait.

 

 

Ne pas se perdre...

Le but n'est pas à mon sens de tuer l'autre ou de l'absorber malgré lui, ce serait une erreur ; je conçois que ce coup là on puisse me dire : « angélisme ». Mais je maintiens que c'est (vu le contexte) perdre son énergie et se perdre que de vouloir faire l'un ou l'autre. Il est plus constructif de savoir où nous sommes (comme le disait si justement J.P. Chevènement il y a quelques mois) et tant pis si nous devons en subir les conséquences. Mieux vaut je crois se positionner clairement. Cela répondra directement à la crise du PS et par ricochet au problème de stratégie par rapport aux deux B.

De plus, si je persiste à croire que que la gauche du PS se trouve au centre de la gauche et même d'un nouveau CNR, si je critique lourdement les dérives d'une part du PS, je crois que les bras doivent être ouverts pour ceux qui se remettront en cause. Quant aux Modem et même à une partie de la droite Gaulliste, républicaine, conservatrice, ils continueront logiquement à s'éloigner de l'UMP et un petit pan (sic) de la gauche à dériver vers l'UMP. Ce chassé croisé me semble peu évitable, il ne date pas d'hier. L'extrêmisme sociétal aura explosé en plein vol la sociale démocratie et avant longtemps les socio libéraux eux même... comme au balle trap.

Si le choix du congrès de Reims aboutit à bannir les fabiusiens, à exclure la gauche du parti, à rejeter un repositionnement vers la gauche du parti... alors Moscovici, Ayrault, Royal, Delanoé ou Daffy duck, rien n'y fera, le PS sera peut être homogène mais rapidement aspiré ou parti croupion.

 Ecologistes, républicains et sociaux fermement, voilà ce qui donnera corps à une autre vision de nos vies, à une spiritualité ancrée dans ce monde et dans notre histoire spécifique.

 

Publié dans politique

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