La main (invisible) passe

Publié le par stéphane.grim

  Réflexions suite à une réunion locale du PS et à un article de Marianne du 31 10 2008 : "Bienvenue au Delanoé Magic Circus"

La main (invisible) passe

D'accord la communication peut expliquer certaines choses mais c'est un peu dommage de se centrer essentiellement sur ça. Ce serait peut être plus constructif de jeter un oeil derrière le rideau du cabaret...

I Motions et tourbillon :


a) Qui est fiable ?

Entre la colère, le rejet, l'indifférence ou l'incompréhension, les motions du PS sont souvent soumises à une critique plus ou moins féroce... quand elles sont lues ! Pourtant les clivages profonds qui traversent notre société trouvent au sein du PS une sorte d'exemplarité.

Actuellement nous assistons à un virage idéologique à grande vitesse de beaucoup de gens.


Vient alors une première question à l'esprit : est-ce que les derniers à virer de bord sont les moins fiables car les moins armés mentalement pour agir ?

Je ne crois pas à une règle absolue en la matière mais au minimum on peut être très méfiant envers des personnes qui ont soutenu une direction peu ou prou « libérale » et au moins être réticent à leur donner le pouvoir pour l'instant. Pour quelle raison ?

  • Soit que leur pensée ne s'appuie sur aucune vision solide et ne s'articule que sur les mouvements de masse ; leur vision du monde restant dissimulée ou chaotique sans que personne ne puisse facilement la cerner. Ils ressemblent sur ce point à Sarkozy.

  • Soit que leur pensée est tellement fermée que seul un choc personnel majeur pourrait les faire changer. On voit ainsi des personnes qui, frôlant la mort, changent leur vision de la vie et d'autres qui reprennent immuablement leurs erreurs comme si rien n'avait existé. Pas de règle là non plus (le cas de Jean Marc Sylvestre est exemplaire de cette incapacité à se réformer alors qu'il a dû sa survie, suite à un accident, à un service public dont il continue à soutenir l'asphixie).

Alors pour choisir entre les motions il faut donc s'appuyer sur leur passé, les motions elles mêmes, les positions récentes des uns et des autres, leur capacité de compréhension et de réaction réelle alors que beaucoup ont si vite changé. Compliqué oui.


b) Quels clivages ?

La deuxième question suit logiquement, y a t il de réelles différences et si oui sur quels points essentiels ?

Il me semble que cinq sujets sont révélateurs : le libre échange, la place de la puissance publique notamment l'Etat, les libertés économiques et politiques, les inégalités et le modèle des classes supérieures, enfin les relations internationales. Cet ordre n'est pas un hasard on le reverra.


1 Le libre échange :

Cette question est centrale car elle subordonne toutes les autres actions possibles. Pourquoi ? Parce que le dumping mondial ne connait aucune limite (destruction de l'environnement et des sociétés), que les consommateurs français et européens privilégient les produits étrangers par faiblesse de pouvoir d'achat ou ignorance et qu'aucune action écologique d'ampleur ne pourra se faire pour les mêmes raisons.

Sur la première question les motions A et E sont tout simplement hors sujet, se contentant de proposer des réformes à la marge, soutenant la politique de l'offre, associant le protectionnisme à la guerre ; de Royal à Delanoé en passant par Ayrault, Désir, Hollande, Guérini, Colomb, Rebsamen (la liste est longue)... ils n'ont pas su comprendre par aveuglement, cynisme ou fatalisme que tout leur échapperait et que le résultat serait l'exact contraire de ce qu'ils disaient défendre. Le refus catégorique de poser des contraintes aux échanges restent d'aillleurs ancré dans leurs propos. Cela explique par exemple en partie leur volonté de soutien au plan de sauvetage mais aussi leur soutien en début d'année au Mini Traité qui empêche toute politique de relance.

La peur du mot protectionnisme est lié à un enfermement mental et une méconnaissance historique. Imbriquer les économies a paru à beaucoup le moyen de museler les instincts belliqueux : erreur intellectuelle totale.

Non seulement les périodes de protectionnisme comme celle qui débute vers 1880 et surtout à partir de 1892 sont des périodes de croissance, contrairement à la courte séquence libérale qui précède (Si la Grande Bretagne est donnée en exemple c'est tout simplement qu'elle avait fait sa Révolution Industrielle avant les autres et qu'elle a donc profité de cet avantage jusqu'à la fin du 19ème siècle). Mais en plus c'est l'excès de libéralisme qui produit ses propres poisons, soit en détruisant toute liberté économique et politique par un soviétisme privé, un groupe d'oligopoles qui étrangle tout ou aboutit à ce qu'une grande puissance légalise la torture..., soit en créant le retour de balancier qui pousse les peuples à demander le grand enfermement. Ce libre échange intégral n'est rien de plus que la négation absolue des libertés économiques et politiques.

Il fallait être bien naïf pour ne pas voir que vouloir prendre la tête de ce libéralisme extrême comme Sarkozy ou se résoudre à suivre la tendance c'était aller à la catastrophe.

Bien sûr, parler enfin ouvertement de protectionnisme alors que tout s'effondre c'est prendre le risque de braquer les autres pays et d'augmenter les tensions, en particulier pour trois géants très fragiles, les USA, la Chine et l'Allemagne. Il fallait agir avant d'être en crise, désormais la marge de manoeuvre a diminué.

Si je me limitais à ça on aurait bien raison de trouver ce passage facile car sans preuve et uniquement focalisé sur les motions A et E. Donc démonstration :

Le simple mot « libre échange » n'apparait pas une fois dans les motions E, A, B et F (faites la recherche vous même), il apparaît 2 fois dans la D et 14 fois dans la C !

- A : propose ceci : « Les gouvernements de la zone euro n'ont pas assumé les responsabilités que le traité leur conférait : fixation, sur proposition de la Commission, des objectifs de croissance par le Conseil des chefs d'Etat et de Gouvernement ; harmonisation fiscale et politique de change de l'euro par rapport au dollar, par l'Eurogroupe ; investissements dans les grands réseaux transeuropéens ; harmonisation des politiques sociales et financement de la solidarité entre les pays les plus riches et les moins développés. »

Autres idées notamment : « création d'un pôle de régulation mondiale des marchés financiers, d'une Organisation mondiale de l'Environnement, d'un Conseil de sécurité économique, écologique et social mondial ».

Bref... aucune action sur le problème de fond qu'est le libre échange généralisé et des plans sur la comète compte tenu de l'ampleur et de la montée rapide des tensions. Que ces idées soit à creuser oui, mais elles ne peuvent avoir de possible impact que dans un avenir éloigné et très improbable si les peuples n'acceptent pas d'attendre... donc naïf totalement et dangereux.

- E : le coeur des propositions s'articule autour des propositions suivantes « interdire aux fonds spéculatifs d’engager plus d’argent que ne le permettent leurs réserves (cette interdiction existant déjà pour les banques) ; confier le contrôle des institutions financières européennes à la Banque centrale européenne ; lutter contre les paradis fiscaux et le blanchiment d’argent sale par une politique plus répressive ».

Pour le reste les grands titres suffisent à éclairer la logique : « aller vers une économie de pointe » ou « faire le pari de l’enseignement supérieur et de la recherche ». Mais de régulation des échanges globalement niet. Résultat plouf dans l'eau évident.

- B : pour obtenir une nouvelle régulation mondiale et européenne voici les propositions : « une politique beaucoup plus ambitieuse et active d’aide au développement, Un plan ambitieux de lutte contre la faim dans le monde, la création d'une organisation mondiale de l'environnement, la traduction en actes de la responsabilité environnementale et sociale des entreprises transnationales, prévoir des mécanismes d’évaluation et des mesures de sanction si nécessaire pour les marchés financiers, la conclusion d’un traité social européen, une harmonisation fiscale beaucoup plus grande, une réorientation beaucoup plus forte de la politique agricole, une nouvelle politique de l'immigration au niveau européen, un vaste plan de relocalisation d'un certain nombre d'activités, un programme européen de reconquête environnementale, une initiative européenne pour encadrer, limiter voire supprimer la spéculation purement financière sur les matières premières agricoles, la révision des textes européens pour un rééquilibrage de la propriété intellectuelle ». En clair beaucoup de propositions mais qui toutes tombent sur l'écueil premier du libre échange généralisé, encore une fois, choux blanc.

F : on trouve ici enfin l'idée « protections aux frontières pour les agricultures du sud », l'idée aussi de « relocaliser l'économie  et notamment l'agriculture » excellente mais qui bute là aussi sur le comportement du plus grand nombre par la surconsommation et l'attente de liquidités de tous pour soulager cette soif de possession, or pour y répondre le libre échange total réduit à néant toute idée de transformation.

D : on a là une bonne prise de conscience mais qui montre un compromis et la peur de dire trop ouvertement la « chose »... pour l'instant : « Les tarifs extérieurs doivent être justement calibrés afin de permettre à nos industries sous pression de se moderniser sans pour autant menacer la croissance des pays en développement. Chine, Russie, Brésil, Etats-Unis protègent leurs savoirs faire et leurs secteurs clés, l.Europe doit le faire également sans pour autant tomber dans le protectionnisme mais en recherchant une politique du « juste échange ». Bref là on évite de heurter mais on a bien saisi le noeud du problème.

C : ici le premier thème est totalement axé sur ce problème : « 1.Sortir du libre échange généralisé». Donc pas de doute.

Cette mise à plat peut être faite pour les 4 points suivants mais pour éviter de charger la barque je serai plus court.


2 La place de l'Etat :

La deuxième question de fond, aboutit au même constat pour les motions. Pour les mêmes raisons, refus de l'Etat, européisme béta, enfermement social, on a refusé de comprendre que le phénomène de globalisation et de destruction généralisée ne connaissait plus qu'un seul frein: l'Etat, et que tout a consisté à le restreindre. Non que l'Etat soit La solution a tout coup, l'Union Soviétique a ainsi été désastreuse écologiquement comme dans le cas de la mer d'Aral. Simplement tout Etat ou tout privé, les résultats sont les mêmes ; il faut éviter les deux, et, selon les périodes, déplacer les périmètres de l'un et de l'autre, c'est à dire aboutir à un équilibre qui produit du fonctionnement durable.

Si la régionalisation de l'économie est une bonne direction et l'Europe un outil essentiel pour agir, on ne peut que constater notre isolement au sein de cette Europe là. Là encore j'y reviendrai.

En tout cas la volonté de réintroduire avec force l'Etat dans l'économie ne fait pas l'unanimité au PS. La nécessité d'un pôle transport cohérent, d'un pôle énergétique, d'un pôle bancaire notamment, mais aussi un véritable travail de fond de type anti trust, que ce soit par la contrainte de la loi ou des entraves drastiques à certains oligopoles comme dans la distribution, ou encore le rapatriement de l'eau dans la sphère publique, tout cela semble flagrant. Bien sûr, certains de ces points ne sont pas soutenus par les motions mais celles qui en sont les plus éloignées sont là encore les motions A et E.

En fait il sagit bien d'une intervention forte mais aussi d'une planification ce qui était le fond de la politique de Mendès France, n'en déplaise à certains...

A : les propositions concernant un retour de l'Etat dans l'économique sont principalement centrées sur la construction de logements ou un service public de la petite enfance.

E : ne prenons que l'aspect banquaire... « réglementer les abus banquaires »... bien mais court.

Pour résumer... bravo pour l'anticipation quand on voit par exemple la crise financière et économique.


3 Les libertés :

Ce retour de l'Etat, de la réglementation en général, du soucis du collectif implique une attention très grande à la question des libertés. Comme le soutenait Mendès France, pour équilibrer un Etat très présent il est essentiel de soutenir fermement les libertés et l'émancipation de l'individu. Sur ce point on trouvera moins de clivage... en apparence.

Les médias sont un bel exemple de ce ramollissement démocratique. L'information (notamment la qualité de l'analyse, la prise de position assumée et la diversité d'approches) s'est réduit dramatiquement. La République se crée en faisant des républicains disait-on, oui, mais pas seulement par l'école, aussi par les médias. Il ne s'agit pas de les tenir dans sa main mais de contribuer à leur diversité ; les liens actuels entre politique, économique et médias sont à l'opposé de ce que prônait à juste titre le CNR. Il est ainsi temps de revenir à cette stricte séparation. Il s'agit aussi de réglementer drastiquement partout les domaines de la publicité et de la communication, professions dont le but est bien plus l'aliénation que l'information.

Permettre à des corps intermédiaires de vivre et prospérer comme les syndicats (au lieu de vouloir les instrumentaliser et les asphyxier), ou des structures de contrôles indépendantes (comme pour l'industrie nucléaire) sont des aspects souvent vitaux pour notre sécurité.

Mais pas de liberté sans égalité, on le sait bien. Donc pour aller vers cela il faut s'attaquer au libre échange généralisé, ramener l'Etat dans le jeu, notamment en cassant les oligopoles privés, la montée des inégalités, la consanguinité et l'enfermement mental d'un classe supérieure. C'est pour cette raison que les deux questions précédentes sont incontournables pour régénérer les libertés. Les motions qui ne répondent pas à ça empruntent un chemin où elles croisent le MODEM. : leurs choix économiques réduisent à néant leur défense des libertés.

Un seul exemple mais frappant :

A : les libertés se limitent à l'égalité homme femmes, au droit de mariage et d'avoir des enfants aux hétérosexuels et homosexuels et faire avancer le droit à mourir dans la dignité.


4 les inégalités et le modèle de la classe supérieure :

Protéger, réintroduire l'Etat et libérer ne servirait pas à grand chose sans s'attaquer à un double problème : les inégalités et le modèle qui met en péril à court terme notre survie.

Réduire les inégalités c'est bien sûr permettre à l'immense majorité de remettre au coeur des discussions la question des salaires pour qu'on arrête de tricher en proposant comme solution géniale l'endettement et le « travailler plus » ou plus longtemps ( pour ceux qui peuvent). C'est aussi avoir une fiscalité juste et très progressive à nouveau, une fiscalité où les impôts directs sont la source essentielle (notable exception : réorienter les achats par rapport à l'environnement) et se prélèvent sur le revenu mais aussi le capital.

Cependant si on s'arrête là on ne s'attaque pas à la question de fond : ce désir morbide de liquidité dont parle B. Marris et qui est le moteur du comportement prédateur de beaucoup. Ce dernier crée des tensions sociales, internationales et met désormais en péril la survie de l'ensemble du vivant et donc notre survie. Pour casser cette logique auto destructrice il faut s'attaquer aux classes supérieures en s'appuyant sur leur division actuelle. Raboter les revenus et la capitalisation de ces classes supérieures est essentielle en terme de fonctionnement durable, y compris accepter d'aller vers une fourchette (basse Et haute), d'abord parceque cette démarche s'ancre dans l'idée d'égalité et ensuite parcequ'elle permet de liquider un modèle qui est dominé par des pulsions de mort (surconsommation, court termisme, matérialisme effréné...). Passer par une véritable transformation fiscale.  Discréditer ce modèle par tous les vecteurs de transmission. Tant que ce modèle et en place, c'est tout ce qui vit sur la planète qui est en jeu. C'est ce modèle dont s'inspirent les populations, populations qui par leur masse détruisent la planète ; réduire ce modèle c'est aider à maîtriser les pulsions de mort qui sont en nous. C'est aussi le moyen d'aller vers une égalité sans empêcher ceux qui veulent « un peu plus » de le faire, mais ceci sans remettre en cause l'équilibre général. Pas d'égalitarisme dangereux mais une dose de libéralisme hyper cadrée.

Là encore cette double question est peu comprise par les motions A et E qui n'ont pas tiré les conséquences du Non de 2005, de l'élection de Sarkozy, des crises internatinales récentes successives (Mexique, Asie du Sud est, Russie, Argentine...). La question plus difficile du modèle des classes supérieures n'est abordée directement par aucune motion mais seul un protectionnisme raisonné, couplé à un retour de l'Etat et des libertés économiques et politiques peuvent sortir la tête de l'eau des populations et donc proposer un Deal honnête qui soit une remise en cause radicale du modèle de développement. On en revient donc aux questions précédentes. Les motions E et tout particulièrement A sont hors course.



5 Les relations internationales :

Face à de tels choix et à la situation actuelle, la question internationale est essentielle. Un repli purement national est très dangereux. Il est nécessaire de trouver des points d'appui au sein de l'Europe et en particulier dans une négociation/bras de fer avec l'Allemagne. Sa fragilité due à ses fortes exportations (20%) ne peut que remettre en cause rapidement la politique actuelle de ce pays. Le risque d'explosion rapide de l'Euro et de replis nationaux voire infra nationaux est cependant fort, sans compter la destabilisation profonde des Etats Unis et par conséquence de la Chine ; cela doit conduire à mener des négociations très fermes pour construire un marché protecteur mais aussi sortir à tout prix de la prédation hors de cette zone protégée. En clair une négociation interne mais aussi externe pour soutenir une transition viable pour les autres ensembles internationaux.

Il est illusoire de penser ramener sur cette ligne la majorité des pays de l'UE et il y a sans doute peu à attendre du PSE. L'occidentalisme de certains ou l'Européisme baba d'autres ne sont pas une réponse. Et là encore globalement les deux motions cités précédemment s'illustrent dans une « irréal politique ».

Bien sûr refuser ces motions ce n'est pas rejeter les personnes, mais ce courant qui nous a amené au désastre depuis le milieu des années 80 ne doit plus diriger ce parti.



II Changement de main ou tour de passe passe :


Le grand problème qui se pose au Parti Socialiste français comme à ses voisins c'est l'évolution rapide des droites. La tendance à proposer l'interventionnisme étatique est patente. En France, la gauche voit progressivement ses idées reprises et moulinées pour devenir des slogans dont le contenu a des visées totalement différentes. Dernière en date le fond souverain tant soutenu par M.N. Lienemann. On a vu ainsi Sarkozy proposer un RSA présent dans le projet présidentiel socialiste, une critique tonitruante des paradis fiscaux à la manière d'ATTAC etc. Bref du grand comique si derrière ces coups de mentons la gauche ne risquait pas le KO.

En effet on semble assister actuellement à une passation de pouvoirs. Ces dernière décennies, nous avions en Europe deux pouvoirs anti démocratiques, les pouvoirs économiques et la technocratie. C'est oublier qu'il en existe un troisième tout à fait possible, déjà présent notamment en Russie et en Chine, une dictature, molle ou non, d'un homme ou d'un groupe. Or ce à quoi nous assistons actuellement c'est l'accélération de cette passation de pouvoirs. Nous passons d'un régime autoritaire mou dirigé par les marchés et la technocratie à celle du politique national. Ce phénomène est très visible en Italie et Sarkozy est dans ce sillon. Ces propositions mélangent un étatisme fort, sécuritaire à la limite du déterminisme et un libéralisme national extrême, comme si nous assistions à transfert de pouvoir d'une ploutocratie à une autre sans mise à mort ni disparition des oligarchies perdantes. En clair, à nous l'enfermement et la ceinture et à eux la perpétuation d'un mode de vie transnational et excessif, une séparation nette entre deux groupes. Il faut tout changer pour que rien ne change... rien n'est moins vrai avec Sarkozy.


D'ailleurs ce qui montre cette dérive c'est justement cette sission au sein de la classe supérieure, celle qui permet à des socialistes très pâles ou des démocrates de se sentir dans l'opposition. Seul hic, pour défendre ces libertés il faudrait changer de pied sur le plan économique et du modèle de développement, ils en sont assez loin. Et plus encore certains socialistes que des verts ou des membres du MODEM, pourquoi ? Tout simplement parce que ces derniers ont une critique beaucoup plus profonde tournant autour du manque de spiritualité, d'un mode de vie dérisoire et dangereux, vide de sens et mortifère.



C'est pourquoi, plus que jamais, la gauche du PS est au centre d'un ensemble qu'elle ne doit pas dominer mais animer, coordonner. Elle est en capacité d'en être le pivot car elle se trouve à la croisée des chemins : ceux de ces partenaires et ceux de nos avenirs possibles.



III De la main à l'esprit :


Mais pour ça il lui faudra aller plus loin dans sa réflexion, aller plus haut :

  •  

  • Accepter totalement l'absence de rationnalité. L'économie n'a rien de rationnelle, elle n'est que suppositions, théories, ; c'est une science humaine. L'humain lui même n'agit bien souvent pas selon son intérêt. C'est pourquoi elle doit comprendre la dangerosité de croire que l'homme trouvera une solution pour éviter le naufrage environnemental. Que ce soit dans nos vie où tout un chacun peut voir la même personne reproduire les mêmes erreurs tragiquement, aller à sa perte sans être capable de se raisonner ; que ce soit dans l'économie où le système boursier est fondé sur une logique de la déraison qui ne peut que produire des crises et finalement comme le dit Frédéric Lordon être un outil économique assez piteux ; que ce soit sur le plan de notre propre survie, tout montre que croire dans la raison de l'homme est un grand danger.

  • Deuxième axiome d'importance : l'idée que le Monde n'a pas de limites, que donc nous pouvons consommer sans bornes, nous aggripper à la croyance que la croissance est l'alpha et l'omega de nos vies, c'est infantile comme l'enfant qui n'a pas conscience de son corps et de ce qui l'entoure ou si tristement humain comme nous tous qui ne voulons pas croire que nous sommes mortels. Le Monde est fini, il a ses limites et nous risquons bien dans une fenêtre très courte de temps de voir des effets de seuils terribles, c'est à dire des basculements que rien, strictement rien ne pourra arrêter.

  • Troisièmement : cette idée très occidentale que l'histoire est linéaire et qu'elle va dans le sens du progrès, même si cela passe par des soubressauts. Si tel était le cas on pourrait donc dire que nous vivons mieux, que nos vies sont mieux protégées des aléas de l'existence. Est ce le cas ? Pas du tout, car jamais nos existences n'ont été si proches de connaître le gouffre. Les multiples crises dans lesquelles nous sommes désormais entrés sont d'une telle ampleur que c'est la survie de la plupart des espèces vivantes qui est en jeu donc la notre aussi. Le développement d'un humain « hors sol » est une cause majeure de cette cécité totale. Il faut pourtant être bouché pour ne pas voir que la biodiversité s'écroule, comme les quantités de terres fertiles, comme la disponibilité de l'eau, que les molécules chimiques ont pénétré dans notre environnement et nos corps avec une telle ampleur que personne ne maîtrise la situation, que le dérèglement climatique s'accroît à une vitesse telle que peu d'organismes sont capables de s'adapter (sauf les virus !), que le risque de pandémie est si fort que seule la date reste dans le flou (nous sommes ainsi déjà en phase 3 pour la grippe aviaire), que les déséquilibres démographiques et les émigrations climatiques notamment vont pousser au bas mot plus de 250 millions de personnes hors de leur sol. Non, non seulement l'histoire n'est pas linéaire mais nous vivons une situation de crise majeure qui fait de cette période une régression comme l'histoire humaine n'en a sans doute pas connu.

  • Enfin l'idée saugrenue que la liberté et l'autonomie doivent être les plus grandes possibles tient d'un grand manque de réalisme. La liberté n'existe vraiment un peu qu'au sein d'une relative contrainte et l'autonomie n'existe un peu qu'au sein d'un tissu uni. Sorti de cela c'est la jungle.



Un espoir : que notre recul historique nous aide à la réforme pour la manière et notre conscience du monde nous pousse à la révolution pour le contenu.










Publié dans politique

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