Une année en pente raide

Publié le par stéphane.grim

Une année en pente raide

I Carrefour :

Dans un contexte de crise on peut constater différents chemins :

- Maintenir le système et tenir malgré les bourrasques, ce qui fut le choix de la 3ème Force au tournant des années 50.
Maintenir le système et disparaître progressivement comme ce fut le cas de la SFIO.
On voit d'ailleurs que souvent (mais pas toujours) résister aux bourrasques n'aboutit qu'à se maintenir à flots un peu plus longtemps avant de couler. C'est bien ce que la désastreuse séquence "Guy Mollet" durant plus de deux décennies a montré. Le vers était dans le fruit dès 1946.

- Autre voie, les centres mous et conservateurs s'écroulent comme dans les années 30 et ce sont les marges qui attirent.

II Au coeur de la centrifugeuse :
Résultats des élections du 6 au PS, le centre fait comme le soufflé, il est tout plat et ce sont les forces centrifuges qui mènent le bal. Bien sûr il faut avoir de l'estomac pour dire comme certains que quelqu'un s'est largement détaché, en l'occurence la motion Royale.
Il me semble qu'on a plutôt devant nous une contradiction majeure pour ceux qui sont pris en sandwich :
Choisir de se rallier à une personne dont ils ne veulent pas sans que cela soit lié à des raisons idéologiques bien souvent ou choisir de se rallier à un courant dont beaucoup ne veulent pas car ce serait s'asseoir sur leur gestion depuis 30 ans et se mettre eux même en accusation.
Catastrophe évidemment ! Dilemne cornélien s'il en est !

III Le Guépard ou les pieds dans le tapis :
Que vont ils choisir ? Bien malin celui qui saura le dire. On peut émettre une idée qui vaut ce qu'elle vaut, c'est à dire pas grand chose quand l'irrationnel atteint un tel niveau : l'idéal serait d'essayer de tout changer pour ne rien changer comme Sarkozy. Pas sûr que cela fonctionne...
En clair on peut avoir la tentation de soutenir l'une ou l'autre ligne (parfois par conviction aussi il ne faut pas tout voir en noir tout de même) et ce sous la houlette de personnes moins médiatiques actuellement et qui ne créent pas de levers de boucliers massives, en espérant garder assez la main pour que cela ne soit que de façade.

Ce qui vient à l'esprit c'est un possible duel Peillon Hamon et la victoire de la première ligne avec ce qui pourrait probablement suivre...

IV Parler aux barbares ?
Nous avons tous vu le décrochage total du PS en terme de base électorale, l'incapacité à comprendre que s'appuyer sur une couche très intégrée économiquement, une couche avec un bon niveau d'études, des communautés, tout cela très urbain, cela donne les résultats qu'on a vu à 3 présidentielles (Sarkozy a très bien compris ce ressort là hélas : un discours d'intervention et ouvriériste pour dissimuler une politique volontairement inégalitaire et mue par des pulsions de mort très fortes).
Soutenir une politique qui met à genoux les classes populaires et désormais la plus grosse partie des classes moyennes en chute libre, puis les fuir et même répugner à leur parler comme si elles sentaient la fameuse France moisie, c'est ouvrir la porte aux pires démons.
Mais c'est normal, lorsqu'on ne vit pas au milieu de cette population là, on y voit des barbares.
Comme dirait l'autre, on est toujours le barbare de quelqu'un, c'est à dire celui qui n'est pas de notre monde.

Quoiqu'il en soit, sans qu'on y prenne garde, le territoire du PS se rétrécit, aussi bien en terme électoral qu'en terme de composante. Décrochage républicain début 90 avec Chevènement, décrochages (je vais dire pour faire à la hache même si c'est plus fin que ça) droitiers individuels au début du mandat de Sarko, maintenant décrochage de gauche avec Dolez, Mélenchon. Que restera t'il à la longue...

On se doute bien que selon la remise en cause ou non du dogme "libéralisation générale, politique monétaire et pacte de stabilité, économie prédatrice et mortifère en interne et en externe", c'est à dire renverser la table européenne, on aura des tensions très fortes. On peut surmonter cela comme les socialistes avaient surmonté la Première Guerre Mondiale malgré des désaccords terribles. Mais il faut pour cela que le contexte général bouge et fasse donc déplacer la totalité de l'échiquier. C'est possible mais pas sûr.
Ainsi les socialistes avaient ils surmonter ce conflit sans scission et s'étaient séparés sur une conséquence de la Guerre, l'Union Soviétique et le ralliement ou non à la IIIème Internationale.
En clair les mouvements rapides comme ceux de Royal ne signifient pas que les choses sont tranchées ni que le clivage abyssale qui coupe le PS comme il coupe la société française, est comblé ou le sera prochainement.

Mystère, mystère, nous plongeons vers une année en pente raide et nul ne sait si le PS a des freins pour lui même et pour les autres.

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