Le bonheur est dans l'EPR ?

Publié le par stéphane.grim

 

Le bonheur est dans l'EPR ?

 

EPR, trois lettres qui pèsent lourd en Haute Normandie. On le sait nous somme divisés sur ce sujet. Pire, le débat est pollué, c'est le cas de le dire, par des excès, des non dits et des mensonges. Ainsi l'altercation sur France Inter entre Anne Lauvergeon dirigeante d'AREVA et Stephane Lhomme de « Sortir du nucléaire » est exemplaire des pièges qui rendent les débats difficiles à saisir pour les péquins moyens que nous sommes ( http://www.liberation.fr/politiques/0101303203-quand-lauvergeon-entre-en-collision-avec-un-militant-anti-nucleaire ).

Or c'est justement à cause de cette situation qu'il nous faut rentrer dans le débat et non le fuir. Qui dit quoi ? En voici un aperçu injuste et partial... mais pas définitif pour qui veut discuter :

I La Sainte Trinité : élus locaux, Gouvernement et AREVA-EDF :

 

1) Il s'agit d'une bouffée d'oxygène pour la vie économique et sociale de Dieppe et sa région, avec la défense d'un plan de formation afin que les emplois bénéficient aux habitants et avec le soucis de la transparence du chantier pour garantir la sécurité des citoyens... ça c'est l'argumentation quasi unique mise en avant par les acteurs locaux de tous bords.

L'emploi polarise tous ces discours et ce d'autant plus fort en temps de crise majeure.


2) Industrie d'avenir face au pétrole cher, énergie indispensable, centrale plus performante donc plus sobre et permettant une économie de 11 millions de tonnes de CO2 par an quand elle remplace une centrale au charbon... tout cela fait partie des arguments de notre énervé élyséen en faveur de l'EPR. Mais il ne s'arrête pas là : "L'électricité qui sort d'un EPR est 30 à 50 % moins chère que l'électricité qui sort d'une centrale à gaz ou au charbon. On peut devenir exportateur d'électricité alors qu'on a ni pétrole ni gaz. C'est une chance historique de développement" ou "le nucléaire peut être une arme de paix, car c'est une arme au service du développement". Bon appétit. http://www.gouvernement.fr/gouvernement/construction-d-un-deuxieme-reacteur-nucleaire-de-troisieme-generation-epr

Sur le site gouvernement.fr on a aussi droit à quelques saillies comme «une technique déjà éprouvée, celle des réacteurs à eau légère, la plus répandue dans le monde» ou deux formules plus prudentes... «Selon ses concepteurs, il permet une meilleure utilisation du combustible, une démultiplication des systèmes de sûreté et une moindre production de déchets» et, parlant de l'EPR de Flamanville, «une fois opérationnel, l'EPR de Flamanville pourrait à terme prendre le relais d'une bonne partie des 58 réacteurs du pays».

Il s'agirait donc d'une nécessité incontournable : remplacer les centrales qui sont progressivement mises en arrêt, les premières fermetures complètes et définitives étant prévus en 2020. Les énergies alternatives ne seraient pas prêtes à répondre dans un délai si court à une consommation en augmentation.

Au coeur de ces déclarations se trouvent l'économie et ce que beaucoup appellent le « développement durable ».


3) Les meilleurs pour la bonne bouche... AREVA et EDF

La lecture du site d'AREVA est instructive et parfois amusante. Notre fleuron national ne lésine pas et exulte en parlant de l'EPR ; je cite : «il bénéficie du retour d'expérience de plusieurs milliers d'années x réacteurs d'exploitation des réacteurs à eau légère en service à travers le monde ». Non comptant d'être incompréhensible sur la forme cette phrase nous prouve combien Ulysse était un crétin de ne pas avoir construit un sous marin nucléaire pour revenir plus vite à Itaque... mais bon passons. (Voici pour vérifier vous même : http://www.areva-np.com/scripts/info/publigen/content/templates/show.asp?P=863&L=FR&SYNC=Y )

Revenons à des arguments sérieux. AREVA valorise divers aspects : l'EPR allierait robustesse et sécurité ; risques et impacts financiers minimisés s'intègreraient dans la logique de développement durable (pour exemple il consommerait moins de combustible nucléaire). Dotés de nombreuses innovations il serait ainsi plus sûr en cas de fusion du coeur ou d'aggressions externes comme une chute. Il répondrait mieux à la libéralisation des marchés de l'électricité et serait moins coûteux à la production (10 à 20 % selon les cas). Il serait de plus le plus puissant réacteur du monde et proposerait un délais de construction raccourci.

EDF s'appuie sur la souveraineté énergétique, la sureté de l'exploitation et la lutte contre le changement climatique puisque cette production serait sans émission de gaz à effet de serre. AREVA et EDF fonctionnent donc sur un fort mimétisme en termes de communication.

Globalement la sécurité et le « développement durable » sont posés comme centraux dans ces propos.


Si on résume l'ensemble des arguments avancés par nos trois groupes cités au dessus, l'EPR aurait les avantages suivants : un moteur pour la région et le rayonnement économique de la France, l'outil majeur de la souveraineté énergétique française, un plus pour les consommateurs, un facteur de paix, une sûreté accrue dans une continuité technique, un soucis de la sécurité des travailleurs et des citoyens, un bienfait environnemental. Comparons avec ce qui est dit en face :



II Barbus, bêtes et méchants :


1) Plusieurs arguments se retrouvent chez pratiquement tous les acteurs qu'ils soient associatifs comme Greenpeace, le réseau Sortir du nucléaire, Stop-epr, ATTAC... ou partis politiques comme les Verts, Cap 21, le Parti de Gauche, le NPA et les alternatifs :


a) Economiquement l'EPR est dénoncé comme un gouffre financier. L'EPR de Finlande en serait à plus de 5 milliards au lieu des 3 prévus au départ. Cela semblerait suivre le même chemin en France à Flamanville. Les délais de livraison seraient enfoncés (plus de trois ans de retard en Finlande). Bref personne ne saurait combien ça coûte ni le temps pour le construire. On peut dire que c'est le cas de multiples constructions mais ça n'enlève rien à la critique.


b) Pour les emplois, principal argument local, ce serait peanuts puisque passé le pic il ne s'agirait au mieux que de 200 à 400 emplois durables en dehors du pic de la construction (1500 à 2000). Avec les mêmes investissements, les économies d'énergies et les énergies renouvelables auraient un potentiel pérenne évalué à 15 fois plus élevé ou au delà. Evidemment l'EPR concentrerait cela géographiquement et on peut comprendre les gens sur place, mais faudrait-il être aussi chirurgical pour des résultats aussi médiocres et injustes pour le reste du territoire ? De plus majoritairement il ne s'agirait pas d'emplois locaux. Quant à la manne financière provenant de la taxe professionnelle ou d'une hypothétique remplaçante, il serait très imprudent de compter dessus compte tenu des modifications en cours.


c) Je passerai volontairement et temporairement sur les points techniques liés à la sécurité de la centrale, les innovations et les risques terroristes. Les divers mouvements et partis opposés à cet EPR s'appuient sur des arguments très pointus qui ne peuvent être tranchés que par la démocratie, or justement... c'est sans doute le coeur du problème. Comment soumettre à la démocratie un choix technologique qui a un potentiel de destruction colossal mais doit rester en même temps dans l'opacité voire le secret défense pour sa sécurité ? C'est évidemment impossible et cela montrerait déjà l'impasse d'une telle logique. Le choix de cet EPR n'aurait donc rien à voir avec la démocratie. Ainsi la Loi d'Orientation sur l'Energie a été votée en juillet 2005, avant même qu'un débat ne soit proposé (19 oct 2005 au 18 février 2006). De même 2/3 des fonds de recherche du budget de l'Etat et des entreprises publiques et 2/3 aussi des fonds de recherche européens sur l'énergie seraient absorbés par le nucléaire. Tout cela n'a jamais été débattu, pas plus que les populations locales n'ont été consultées. Une technologie destinée à la population mais que celle ci ne peut contrôler pose un grave problème ; quand en plus cette technologie a un potentiel de destruction majeur c'est tout simplement dangereux et totalement contraire à l'idée démocratique, et cela ne pourrait, pour les opposants, que remettre en cause ce choix technologique.


d) Si on aborde maintenant les questions de sécurité planétaire tant vantée par le Chef de l'Etat et de souveraineté. Les craintes de prolifération, d'utilisation du nucléaire par des régimes instables, et même tout simplement la prise de risque du fait de l'utilisation de la route ou du chemin de fer pour les transports des déchets sont les points avancés par ceux qui contestent que la nucléaire soit un facteur de paix. Sur cet aspect on pourrait d'ailleurs taxer le Chef de l'Etat une fois de plus d'incohérent en soutenant une logique agressive face à l'IRAN tout en soutenant une politique d'exportation du nucléaire civil comme en Chine ou en Libye. On pourrait aussi rappeler que des attentats, notamment ceux perpétrés en France en 1986, sont désormais le plus souvent imputés à l'Iran dans le cadre d'un contentieux sur des contrats liés au nucléaire. Quant au développement, il suffirait de savoir qu'au Niger (un des fournisseurs d'uranium pour la France) des manifestations auraient eu lieu pour éjecter AREVA, que des personnels d'AREVA auraient même été enlevés en 2008, que par ailleurs Areva avec l'aide du Gouvernement participerait activement à la destruction du milieu par l'assèchement des nappes phréatiques fossiles, par la pollution de l'air, participerait à la main mise sur une grande partie des terres et détruirait le cadre de vie des populations du nord du Niger, cautionnerait pas sa présence les violences perpétrées sur les rebelles Touaregs (pour exemple voici un lien ressource : http://areva.niger.free.fr/index.php?Revue-de-presse ). Dans ce contexte Areva utiliserait sa technique classique de division par arrosage financier à des associations diverses et prétexterait que se retirer se serait laisser la place aux concurrents, notamment chinois. Il est assez probable que le fameux rayonnement économique de la France ne sortirait pas grandi de ce genre de politique extérieure. Les opposants soulignent aussi que certes les pays producteurs d'uranium (hormis le Niger justement) sont souvent plus stables que pour le pétrole (Canada, Australie, Kazakstan, Russie), mais que les mines se trouvent le plus souvent sur des zones dites « indigènes » comme c'est le cas au Canada dans le Saskatchewan... et au Niger. Donc on ne pourrait pas exclure des tensions avec le pouvoir central (comme au Niger) et que de plus cela se ferait souvent au détriment de ces populations ; si enfin on prend le cas de la Russie, ce pays a pris une certaine habitude d'utiliser l'embargo pour parvenir à ces fins. Parler de stabilité et de souveraineté donc de sécurité serait alors très inadapté!


e) Dans la droite ligne du point précédent, la question environnementale vaudrait aussi le détour. Ainsi l'uranium étant un minerai (rare), nous avons affaire à une énergie fossile, on a tendance à l'oublier... et nous n'aurions que quelques dizaines d'années d'extraction avant épuisement. Donc côté énergie de l'avenir : nul... Côté pollution, on oublierait de prendre en compte l'ensemble de la filière, extraction, transports etc ; en y intégrant tous ces points la quantité de CO2 dégagé s'élèverait fortement ! En outre le changement climatique n'irait pas dans le sens des pro nucléaires. Un épisode caniculaire exceptionnel ou un événement maritime majeur pourrait avoir raison de l'optimisme de ces derniers. Certaines difficultés dues à des épisodes météorologiques récents valideraient ces inquiètudes. Enfin une politique d'économie d'énergie et non de soutien à la consommation réduirait de près de la moitié les émissions de CO2 de la France, loin devant les faibles gains du nucléaire déjà très discutables.


f) Quand au problème aïgu des déchets, en dehors même de la question des fuites c'est tout simplement la croyance infinie dans la technoscience qui serait remise en cause. Celle qui faisait dire à Georges Bush qu'on trouverait forcément la solution technologique et que le mode de vie n'était pas négociable. Cette critique est évidemment aussi valable pour ceux qui prétendent trouver des techniques utilisant bien moins de minerai, c'est hypothétique et de plus cela ne tient pas compte de la montée en puissance des concurrents.


2) Pour les points suivants il existe un clivage parfois très visible : capitalisme et écologie sont ils compatibles ? Si on regarde des acteurs identifiés comme écologistes, certains comme Daniel Cohn Bendit le pensent et le disent, d'autres sont plus nuancés comme Corinne Lepage, d'autres enfin sont radicalement en désaccord comme Martine Billard.


a) Prenons la question de l'économie potentielle pour les ménages. Fin juin 2009 AREVA est sur les rails d'une ouverture du capital. Pour les groupes anticapitalistes il s'agit d'une privatisation voulue par l'OMC, l'UE (donc des membres non élus et nos gouvernements) et... par Anne Lauvergeon. La libéralisation n'ayant jamais été faite dans le sens du service au public le but serait la rentabilité, pas la durée d'une entreprise ni le soucis des populations. Il s'agirait de donner dans les mains du marché ce qui est collectif. Même problème pour EDF. On pourrait ajouter que la débacle financière aurait une forte incidence ; ce serait ainsi le cas pour EDF engagée de manière imprudente dans une politique d'acquisition au Royaume Uni.

Plus globalement le capitalisme est amoral et enfantin, donc il serait inutile d'attendre une politique prudente ou une amélioration du service de l'électricité, bien au contraire la situation serait exactement la même que pour le téléphone, augmentation forte de la facture, segmentation incompréhensible, incitation à la consommation à tout va, prise en compte des seuls territoires rentables, conditions de travail très dégradées, mauvaise gestion. La multiplication du chauffage par l'électricité fut un vrai scandale et pourtant c'était encore le giron public, il serait donc inutile d'attendre des prouesses d'entreprises de moins en moins liées à une collectivité, qui ouvrent progressivement leurs vannes à des actionnaires privés. On pourrait rajouter histoire de produire une bonne purée, que Anne Lovergeon aurait peut être agi dans cette direction afin d'empêcher l'idée de notre Aigle national, à savoir faire passer une partie du nucléaire dans des mains amies... en l'occurence Bouygues ; un tel méli mélo rendrait donc d'autant plus vital un contrôle démocratique serré.


b) Et là on en vient à la sécurité technique. Pour ces groupes la chose serait entendue : où a t'on vu qu'une entreprise totalement intégrée dans la compétition internationale et dans le jeu capitaliste le plus sauvage poserait comme hiérarchie la sécurité au dessus de la rentabilité. D'ailleurs les conflits sociaux -ignorés des médias- que connaissent actuellement certaines centrales nucléaires le montreraient.


c) Derrière ces deux derniers aspects Paul Ariès y voit clairement la fabrique d'une pensée qui allie capitalisme et écologie. Une droite qui serait capable de proposer un discours idiot et suicidaire mais cohérent en apparence. Il s'agirait de poursuivre sur la même logique mais d'adapter simplement le modèle en surface sans changer les fondamentaux. Ce qui expliquerait tout à fait les arguments de l'UMP mais aussi d'AREVA, d'EDF (ces deux derniers mettant sous le tapis la priorité économique pour valoriser leur image publique) et l'oxymore délicieux de « développement durable » véhiculé à tout va.


d) Autre aspect à surveiller, la centralisation et la rigidité du nucléaire produit une incapacité d'aptation à la demande, d'où des manques lors de pointes et des trop pleins réguliers qui sont exportés. Au lieu d'apparaître comme des fragilités et des incohérences du système, ces deux failles seraient même utilisées pour pousser la création de l'EPR et valider une logique économique guerrière. Ceci se ferait au détriment d'une logique de proximité et de petites unités en phase avec la demande et permettant de la modérer.


e) Dans la logique précédente on peut aussi, et c'est même central, dire que cette création et cette politique d'exportation vont dans le sens d'une augmentation de la consommation, c'est à dire de non prise en compte du réel et des limites, au contraire d'une logique de sobriété. Cette vision serait en totale incohérence avec celle de fonctionnement durable (j'utilise sciemment cette tournure en opposition avec celle de développement durable). Quand bien même la production se ferait à coup moindre comme c'est vanté, nous assisterions au classique effet rebond, c'est à dire assez rapidement du fait de prix plus bas à une augmentation de la consommation.


f) Enfin on peut constater un point simple, si l'EPR bénéficie d'une technologie plus sûre ce n'est guère rassurant pour les réacteurs déjà en place. Certes le risque zéro n'existe pas mais justement il est utile de voir à quel moment le principe de précaution doit l'emporter sur celui de l'avancée technique. Car c'est bien là un des noeuds de ce problème. Je ne rentrerai pas dans le débat de la prise de risque individuelle. Ici justement le cas est plus simple, ce qui est en jeu c'est un basculement général par une non maîtrise de la chaîne nucléaire. Lorsqu'une technologie a un tel potentiel de destruction, croire que l'homme est en capacité de la maîtriser sans faille ne peut il pas être compris comme une grande insousciance ou une perte de contact avec le réel ? Question corrolaire... La crise que nous vivons a t'elle montré une capacité à se modérer et à tenir compte des limites du réel ?

Il ne s'agit que d'une sélection des reproches essentiels faits au choix de l'EPR et du nucléaire en général. Je ne vais pas me cacher derrière mon doigt, aussi grand soit il, mon choix est visible. Pour autant je maintiens qu'il faut débattre et non glisser ce problème sous le tapis en attendant que les faits aient tranché pour tous.



III
Quelle solution ? Sortir du compromis et accepter le débat :


1) Le danger d'un tel débat est le même que pour les OGM ou les nanotechnologies, s'il est volontairement réduit à une discussion technique obscure c'est à dire entre experts, il est confisqué et la réaction est logique : « je ne sais pas ce qu'il faut penser ». Conséquence : on laisse aux autres le soin de décider ce qui nous touche forcément. On peut voir les points techniques mais il est essentiel de porter aussi le débat à des champs éthiques et sociétaux. En bref un choix technologique est éminemment politique et ne doit donc pas rester un débat purement de sciences dures. Par ailleurs un débat pointu n'est nullement un frein et le référendum de 2005 l'a montré avec des intervenants de la société civile qui sont depuis rentrés dans l'ombre.


2) Face à de telles contradictions, le minimum qu'on puisse attendre c'est que ce choix ne reste pas un débat d'experts ou un choix arbitraire de décideurs politiques. Il ne s'agit pas de dire que la population saura mieux qu'une soit disant élite. En vérité ni la dite élite ni ceux qui n'y appartiennent pas n'ont la vérité. Il faudrait être un peu farfelu pour croire que l'un ou l'autre savent. Il s'agit donc de créer les conditions d'un dialogue. Comment ? Pourquoi ne pas pousser à une série (et surtout pas un seul) de débats ouverts à tous et contradictoires, ceci en différents lieux pour toucher le plus de population possible? Pourquoi ne pas soutenir activement une demande de référendum comme pour la Poste ? Pourquoi ne pas proposer un référendum local ? Quand bien même n'aurait il qu'une visée informative puisqu'il ne rentre pas dans le cadre des compétences des collectivités locales concernant les référendums d'initiative locale (art. 72-1 al. 2 du Code général des collectivités territoriales), quand bien même les décideurs s'assieraient dessus comme sur le vote de 2005, la population aurait une information qu'elle n'a jamais eu par désintérêt et parcequ'on nourrit son désintérêt.

Deux exemples sont intéressants en ce sens. Le premier concerne l'enfouissement de déchets nucléaires dans la commune de Bure en Lorraine ; une pétition regroupant près de 50000 signataires demandait le tenue d'un référendum local non décisionnel, demande refusée au prétexte cité ci dessus (hors des compétences de la collectivité locale). Soit, mais alors comment expliquer que ce référendum ait eu lieu le 6 avril 1975 dans la commune de Flamanville pour la centrale nucléaire, sous une présidence de droite et une mairie PS ?

Plusieurs questions se posent alors. Le résultat fut positif à 65% et suivie de la déclaration d'utilité publique parue dans le J.O. en 1977 (je ne dis pas que ce référendum était un préalable pour cette déclaration mais qu'au moins il a eu lieu!); l'opinion était elle perçue comme très favorable et donc un référendum peu risqué ? La législation a t'elle changé et dans ce cas peut on en conclure que la capacité de contrôle par le peuple, c'est à dire la démocratie, a reculé ? Nous raconte t'on des histoires de Bibi Fricotin ? Les populations et les élus seraient ils moins sensibilisés qu'en 1975 ? Je tiens à souligner que ce référendum de 1975 n'est pas rappelé par un groupe ayant quelque lien que ce soit avec la sphère écologiste... il s'agit d'un document accessible à tous et parfaitement officiel d'EDF ! ( p 8 et 29 http://energies.edf.com/fichiers/fckeditor/File/Flamanville/DP_Flamanville_light_2008.pdf )


3) Des solutions sont proposées. Ce n'est pas leur absence qui pose problème, c'est le refus de créer les conditions d'un débat contradictoire correcte et équilibré. Les économies d'énergie surtout, puis la réorientation massive vers les énergies durables sont deux clefs. Il faut bien constater que la réduction de la consommation est mal partie puisqu'on nous propose rien moins que de substituer l'électrique au pétrole. Comme pour les biocarburants, l'incapacité à repenser la consommation est patente. Au lieu de réduire la consommation on en modifie juste le support ce qui ne fait que retarder le problème au mieux et déplacer le risque. Je me contenterai de rajouter un point ; la Loi d'Orientation de l'Energie prône quatre axes dont la souveraineté. La souveraineté la plus constructive pourrait s'appuyer sur la même ossature que celle recherchée par Via Campesina en matière agricole... avoir accès à l'énergie et choisir comment et avec quoi elle est produite. On pourrait en cela rester sur un shéma avec production et distribution gérée par de grands organismes tels qu'EDF mais réinclus dans une vraie démarche de service public, prôner, ce qui me semble mieux, la création d'un pôle public de l'énergie comme certains le proposent. Mais on peut aussi envisager cette souveraineté autrement et pousser à une consommation minimale et une production très localisée, autonome, donc plus en phase avec les besoins, le soucis de sécurité et la capacité à se limiter par soi même pour ne pas dépasser les capacités de production, ceci complété par un service public, oui, mais organisé sur des missions de validations et contrôles. Dans ce modèle de sobriété les populations gèrent leur énergie et la notion d'unicité si chère à la République se retrouve dans les missions de ce nouveau service public. Ca n'exlue pas des réseaux ou services de distribution pour certaines structures ou zones. Ca n'exclue pas non plus l'idée de pôle énergétique publique. Cependant retirer le plus possible la production pour la ramener au plus près des populations, cadrée par un service public du « bon fonctionnement », c'est viser une République de la mesure et non une « gouvernance » de la démesure. Il s'agirait là d'une véritable souveraineté, où représentants et populations travailleraient de concert dans une logique de fonctionnement durable. Ce choix est d'une grande difficulté puisqu'il s'agit d'assumer un discours à contrario du consumérisme ambiant, donc d'assumer l'idée d'éducation populaire et par ailleurs d'affronter des lobbys énergétiques dont l'influence, la puissance ont peu d'équivalent...


... Comme disait Pierre Mendès France, gouverner c'est choisir.





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