Ou en est la recomposition ?

Publié le par clavaboudchuc


 
Persister dans un système autodestructeur et sans volonté d'ouverture entraîne une montée des périls qui menacent ; en clair une révolution paraît dangereuse autant qu'illusoire mais une réforme progressive paraît, elle, illusoire et donc dangereuse.
Difficile de savoir là où nous en sommes si la bonne démarche est de précipiter une décomposition ou d'espérer une évolution progressive. Où est le pire danger ? Les voies à suivre sont, on peut le supposer, très acrobatiques et difficiles, quelles qu'elles soient. 

Le point fondamental est, je crois, celui des priorités. J'en viens donc à une perception des choses, qui n'a rien de sûre ni de définitive :

Constat : en 2001-2002 nous avons assisté à une candidature mettant en avant l'idée républicaine (Chevènement) qui était transparti, regroupant des personnes campant auparavant à droite et à gauche. Depuis cette date nous assistons à une lente orientation vers la gauche d'un parti qui se définit comme l'héritier des catholiques sociaux, l'UDF (lire Serge Berstein sur ce point historique, et les prises de positions de M. Bayroux). Enfin, nous voyons émerger depuis 2005 l'idée d'un rassemblement à la gauche et plus récemment chez les écologistes (voir la réunion de cet été qui a été filmée et est en lien sur le site de Marianne, ainsi que la houle crées par la démarche de M. Hulot)
Par ailleurs des mouvements de sympathies transcourants de l'opinion se sont portée un temps sur Chevènement, puis, même si cela s'oublie, sur Villepin et actuellement sur Bayroux… 3 personnes dont les discours ont fortement mis en avant (y croyant ou pas) un rappel à la notion républicaine, à l'histoire longue, à la culture collective.

Impression : je reprends là le groupe dont j'ai parlé la dernière fois. Je crois que ces mouvements illustrent une évolution difficile mais réelle des forces. Si on le voit de manière très synthétisée, leur priorité respective montrent bien les périls qui guettent :
- Les républicains comme le disait Léna, représentés par Dupont Aignant et Chevènement notamment, dénoncent en particulier les dangers qui pèsent sur la laïcité, l'unicité, l'égalité et la fraternité de la République
- Les écologistes, quelque soit leur positionnement, placent en premier lieu un ligne de fracture plus haute, la définition de la place de l'homme par rapport à son milieu et le rapport à l'évolution technique
- L'ensemble de la gauche dite radicale qui met en avant les dangers liés à l'orientation économique
- Les catholiques sociaux qui déclinent une peur face à la perte de spiritualité, de matérialisation extrême ou de marchandisation de tout, ainsi que la notion de liberté (est-ce que ce groupe se retrouve dans l'UDF, à voir…à mon sens, il y a beaucoup à dire sur ce point entre les positions encore libérale se référant à Tatcher économiquement d'élus comme M. Bourlanges, la définition de la notion de liberté de ce groupe -réflexion à mettre en lien avec celle de M. Mélenchon sur l'idée d'ordre juste dont il parle dans son blog-, enfin l'évolution vers la gauche d'un électorat moins catholique social pour l'instant que modéré et cherchant une solution médiane. Sur le rapport à la chosification de tout, se souvenir de la réaction assez isolée et intense de Bayroux face aux massacres des animaux pendant la crise de la vache folle)

Tout cela converge vers un même danger prioritaire : le type de capitalisme dominant. Mais là je rejoins encore une fois E. Todd, puisque malgré des tiraillements forts entre l'individualisme et le collectif, le système a tendance à être largement rejeté y compris par certaines élites nationales ou internationales(stiglitz ou Kahn entre autres) et des peuple de manière plus ou moins consciente, il est probable que ce système ne bouge plus que par la force de l'inertie. Cela n'empêche pas totalement le risque de dérive anglosaxonne et d'implosion de notre société, mais d'autres dangers réels se profilent derrière en réaction : le retour de l'autoritarisme, de systèmes théocratiques, de nationalismes, c'est à dire de violentes confrontations internes et externes à chaque ensemble.

Les divergences sont grandes entre chaque groupe, notamment sur les points suivants : l'outil européen, le rapport au progrès technique, la place de l'Etat et la nation, les choix économiques… et si je ne vois malheureusement pas de lien au niveau des Etats majors entre les écologistes et les républicains, les catholiques sociaux et la gauche en particulier, ces liens existent à la base et s'entendent.
Combien de personnes peuvent se sentir très sensibilisées à l'environnement, tentées par l'idée européenne mais profondément républicains, attachées à l'idée de continuité historique et pensant que l'Etat est le meilleur levier pour agir dans l'Europe et réorienter les choix économiques ? Cette synthèse existe, d'autres aussi… mais savoir se mettre ensemble et donc négocier est long.

Actuellement ces 4 groupes peinent à se constituer et la gauche radicale me semble la plus proche d'y arriver quelle qu'en soit les ratées.
Les écologistes en prennent le chemin.
Les catholiques sociaux se déplacent et il est envisageable que leur électorat puis progressivement leurs élus s'en trouvent modifier pour se retrouver conforme à la ligne historique (comme un magnifique mouvement de vase communiquant, l'UMP c'est convertie aux idées défendues par une ligne dite centriste, Barre, Balladur… et l'UDF épurée s'est recentrée sur sa ligne historique, même si la route est encore longue). D'ailleurs les doutes de M. Bourlanges expriment très bien ces crispations face à l'évolution.
Les républicains en revanche me paraissent d'autant plus souffrir de leur coupure en 2 que la tentative de 2002 de Chevènement reste inachevée. D'autant plus que l'appareil socialiste et de nombreux médias se sont empressés d'ostraciser un danger pour eux. Quant à envisager un passage du Rubicon des membres de l'UMP de tendances gaullistes ou disons républicains, ça semble un peu éloigné. Malgré tout ce qu'on peut penser de l'homme et son parcours, il fallait s'appeler Pasqua pour proposer ça à Chevènement dans les années 90.

De tout ça, espérer un travail en commun, ça me paraît hélas encore illusoire, chacun devant déjà se regrouper.
Mais on peut être satisfait de voir un samedi soir sur l'émission de Ruquier, un échange ultra court mais riche entre M. Zemour (dont la qualité et le recul de ses analyses valent le détour) et M. Besancenot (idem pour sa description très argumentée des rapports de force) justement… où l'on sent des différentes bien sûr, mais aussi une convergence évidente sur ce que je vais appeler « l'ennemi commun ».

Tour cela s'appuie sur un fond historique et culturel précis, profondément intégré et qui se marie particulièrement mal avec les tendances dominantes. Ce socle de pensée c'est un système basé sur une volonté de vivre ensemble dont les principes se sont progressivement ancrés : liberté, égalité, fraternité, laïcité, unicité.
Ces principes dans leur ensemble sont attaqués de l'extérieur et de l'intérieur, rien d'anormal donc à ce que notre société soit sous tension et aussi rétive au mouvement général.

PS : Cet article est écrit sur le site marianne2007 avant l'accord PS / MRC et l'échec pour l'instant de début décembre à se mettre d'accord sur une candidature à la gauche du PS

Faut il interprêter ça comme la persistance d'un système et des logiques mentales de ses acteurs principaux ou une capacité d'infléchissement ou de synthèse au PS ? Affaire à suivre

Publié dans politique

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