Amère défaite victorieuse

Publié le par clavaboudchuc

Avec un peu de retard…si on parle de réaction, oui j’étais content de voir moins de bleu que prévu le soir des législatives. Mais passé ce petit plaisir, j’ai malheureusement un goût amer en bouche : je trouve que dans l’ensemble ce qui sort de cette élection là n’annonce rien de bon.

 

 

1          La question républicaine est laminée :

Chevènement, Zuccarelli, Peillon mis hors course et en face Montebourg, Taubira ou Moscovici  qui l’emportent. Ces derniers ont sans doute des qualités mais leurs options sur diverses questions me paraissent creuses voire très nocives.

 

2          La paroi Droite / FN est enfoncée :

Marine Le Pen récupère plus de 40% d’électeurs à Hénin Beaumont, ville à dominante ouvrière (aller sur place ou voir l’Insee), où (malgré l’abstention) l’alliance entre la droite et l’extrême droite est belle et bien faite autour de la représentante du FN ; agriculteurs, artisans, commerçants, chefs d’entreprises, professions libérales et ouvriers se sont retrouvés pour la soutenir (en mettant de côté le Modem mais en incluant CPNT DIV et le PSLE, les chiffres montrent apparemment un report massif : 17107 au 2e tour contre 17593 pour la droite au total au 1er tour dont 10593 pour le FN seul). Que les ouvriers soutiennent le FN n’est pas une nouveauté, qu’en revanche le reste de l’électorat traditionnel de droite fasse cette jonction, c’est grave et cela montre ce que recouvre ce soit disant siphonage du FN par Sarkozy. Ce qui va dans un sens peut aller dans l’autre sans difficultés désormais si le candidat a moins de casseroles historiques.

Ce constat peut se faire dans d’autres lieux où l’électorat de droite traditionnel conservateur annonce préférer le FN au PS en cas de duel de ce type.

La stratégie, la pensée politique qui est derrière cette candidature est hautement annonciatrice et dangereuse pour l’avenir.

Par ailleurs, quand bien même le gagnant à l’avenir serait labellisé UMP, je rejoindrais assez E. Todd : le risque majeur vient plutôt d’une dérive populiste consciemment assumé d’un candidat de parti plus classique. Sarkozy mèle savamment du Guaino, du Friedman, du Nixon et du Le Pen dans le texte et tout le monde plonge.

 

3          Le PS est morcelé et tend à se scléroser :

 

            Il sort de cette séquence avec la volonté de… parler dans un an de ce qui le ronge.

Je vois bien la position de Mélenchon par exemple, qui résume le « anti-putsch de Ségolène » général, pourquoi pas mais où est la pire solution ? Sincèrement bien malin celui qui peut y répondre. Je peux voir le risque d’aller vite mais mesure t’on bien le risque d’aller lentement et de s’enfoncer un peu plus ?

 

Malgré une remontée de l’électorat ouvrier, le constat est la poursuite de la dérive historique évidente du PS, la composition de sa base militante, de son électorat n’est pas de bon augure du tout. Je  constate la montée en force des cadres ou employés des milieux liés aux secteurs marchands en pointe (banque, assurances, communication…), donc gagnants de cette mondialisation, plus largement des centres villes boboïsés, et donc un ancrage du discours sur une base surtout sociétale et vaguement environnementale. On pourrait en dire encore beaucoup, comme par exemple sur les 20euros d’adhésion. Bref, il y a une tendance nette qui se dégage.

C’est pourquoi la carte qui apparaît au soir du second tour ne me réjouit pas du tout.

Parmi les analyses, le poids des catégories moyennes supérieures de centre ville en alliance avec les minorités agissantes et les exclus nous promet des jours très sombres.

Entre ce qui se passe en Haute Normandie en ville ou dans les villages, ce qui se passe dans le Nord et en Bretagne, en Auvergne ou dans le Sud Ouest… il y a plusieurs logiques, pas une seule tendance. Dire que le monde rural a planté la gauche est une erreur d’analyse, ça ne colle pas à la réalité en termes géographiques ou sociologiques.

 

Du coup, les hauts cris face à l’alliance au Modem sont d’autant plus mal reçus qu’ils recouvrent des réalités locales et donc des réactions très différentes, entre calculs savants mais « casse gueule » au final et  refus ou acceptations tout aussi discutables.

A mon sens il y a des distinctions fortes à faire entre les personnes et les alliances qui sont derrière, entre les parcours politiques et les futures orientations liés au poids national, européen et international :

Royale me parait sexiste et à l’opposé de ce que défend Mme Badinter par exemple, inquiétante sur la question de la place de l’Etat à l’opposé de ce que défendent Védrine ou Chevènement, floue sur la question sociale, dangereuse sur le problème de la victimisation et de la guerre mémorielle, floue sur la question européenne et surtout socio économique, dangereuse sur sa manière de gérer les dérives médiatiques et le rapport privé / public.

Pour autant, lorsqu’on parle d’alliance vers le centre droit, on oublie qui étaient très proches : Rebelle et Chevènement. Il y a des convergences mais aussi des divergences claires avec Bayrou (sur les duos légalité / légitimité ou Etat / Europe par exemple). C’est aussi passer sous silence l’histoire et l’extrémisme du contexte actuel : l’électorat démocrate chrétien, catholique social dérive une nouvelle fois vers la gauche, les textes de JF Kahn illustrent très bien cette tendance lourde (lire aussi René Rémond par exemple).

 

Enfin il y a des liens que les socialistes feraient bien de ne pas oublier entre ce nouveau Modem, une partie des écologistes et des altermondialistes ; si on parle stratégie, à trop vouloir temporiser le PS va se faire contourner idéologiquement et ne regroupera (hormis certains verts)  que les matérialistes forcenés et les croyants dans le progrès technique (communistes, MRC, radicaux de gauche s’ils existent encore comme composante de gauche…). la tendance radicale des verts et la gauche radicale (LCR, certains communistes, chevènementistes etc) restant éloignées, par antihumanisme, anti-républicanisme, sectarisme et refus du compromis ou rejet d’un accompagnement du type de capitalisme en action et calcul à plus long terme.

 

La situation demande plus une refonte générale, un dialogue avec les différents courants d’idées en même temps, qu’une orientation dans un seul sens ; chercher les points d’accord entre républicains et écologistes, gauche radicale et centre gauche catholique sociaux pour faire très simplifié.

En ce sens la montée de Strauss Kahn  est la pire nouvelle, il nourrirait la dérive vers un naufrage politique radical celui là.

 

4          Le catapultage de Juppé n’a rien de magnifique :

 

Oui c’est bien pour Delaunay, pour les socialiste au premier coup d’œil mais cela traduit encore une fois ce que j’ai dit au dessus (lire ou écouter Christophe Guilluy par exemple)

De plus, de tous les ministres c’était le seul qui avait une petite compétence pour occuper le fameux poste et qui avait assez de poids et de connaissance des milieux technocratiques pour agir un tant soit peu en faveur de l’environnement. Je rejoins là ce qui disait Mme Lepage le soir des résultats : on peut vouloir s’opposer à un camp politique et localement ne pas le souhaiter par inquiétude pour les 5 ans qui viennent. En effet, personne de poids ne sera au poste prévu alors que ces dossiers sont des plus graves (brevetage du vivant, crises majeures sur la chimie, l’eau et l’espace maritime, disparitions des espèces, pandémies liées au modes économiques et aux flux mondiaux, réchauffement climatique et donc flux migratoires massifs, tensions sur l’énergie et les matières premières, donc à terme menace sur les organisations politiques, sociales, la démocratie, risques énormes liés à l’écart croissant entre technologie et conscience, corruption en hausse).

Sans lui décerner des lauriers (j’ai de la mémoire comme les autres), à choisir, des 11 ministres en campagne, c’est le seul que j’aurai laissé en place compte tenu du risque… Borloo est au placard et sa secrétaire d’état n’a pas les relais nécessaires.

 

5          Une opposition présente mais pour quelle action :

 

Le poids des opposants à l’assemblée nationale ne permettra probablement pas d’inflexion réelle sans divergence au sein de la droite ; ensuite la commission réservée à la gauche n’aura pas de véritable pouvoir, comme le dit Fabius (« une voiture un chauffeur ») ; enfin en ce qui concerne l’absence de majorité pour réviser la Constitution , je crains que ça soit  optimiste. Moscovici a exprimé son accord pour un accord simplifié sur France Inter, même s’il y a joint des critiques. Il ne fait qu’exprimer l’accord de nombreux socialistes qui cherchent à éviter un passage par la case référendum. D’ailleurs qui dit que le Conseil Constitutionnel n’acceptera pas le texte en l’état...

Un parti qui domine totalement et annule le débat parlementaire, qui désamorce l’opposition en parlant d’unité nationale et en multipliant les ralliements, mais qui souhaite passer en force en multipliant les « réformes » en même temps, des réformes dont le but est une société désorganisée et en proie à l’insécurité (voir la dissociété dont parle Jacques Généreux), une opposition parlementaire ayant la parole mais peu de capacité à agir… c’est potentiellement très risqué.

On devine quel est le risque : c’est le camp dominant qui se déchire ou c’est la rue qui devient le seul lieu possible de contestation.

Il suffisait d’écouter Mme Alliot Marie il y a peu pour l’entendre parler de possible dérives terroristes dans le sillage des années de plomb italiennes. Sans débouchés politiques, cette dérive de quelques individus est probable et les  problèmes le soir de l’élection présidentielle, provoqués par des personnes d’extrême gauche illustrent ce rejet du fait républicain. Des peurs qui, bien utilisées, sont  payantes politiquement pour le pouvoir en place.

 

6          Un retour aux urnes en trompe l’œil :

 

 

            On nous a parlé de rebond démocratique, que désormais les français étaient retournés aux urnes, dans la droite ligne de ce fameux siphonage du FN. Wapiti wapita, la démocratie saute du lit. Mon œil !

39,58 et 40,01 d’abstention, taux records… et en plus, des groupes différents selon le tour. On est dans de l’hyper réactif. Démobilisation à droite et démobilisation de l’électorat dit de « banlieues ».

On peut y voir une traduction triste pour l’avenir.

A l’instar des médias (l’œuf et la poule, qui crée l’autre), le recours à l’affectif et à la personnalisation, le manque de culture politique fonctionnent à plein. C’est le terreau idéal pour un pouvoir centralisé dans les mains d’un seul, mais c’est aussi celui qui sert aux revirements brusques et radicalisés (1993 par exemple), aux mouvements de masse incontrôlés.

De plus, où est parti le sens national des députés ? Sur le plan local, on entend parfois qu’il faut faire une campagne purement locale pour être élu. On attend du député qu’il travaille pour sa zone, point barre. On ne parle que de son petit problème comme le remarquait Peillon en off après un meeting. On inverse le calendrier. Magnifique rebond.

 

En résumé, je ne vois que de lourds nuages comme disait Mélenchon à Rouen en 2005… de lourds nuages…

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