texte datant du printemps sur Bayrou

Publié le par clavaboudchuc

Bayrou partage globalement l'analyse de M. Kahn

Je me trompe peut être mais je la vois ainsi :

 

1

Le monde est extrémiste et donc le centre se retrouve à la bordure plutôt que paisiblement au milieu, comme un ventre mou.

Il y a sans doute, comme le dit Emmanuel Todd, une réelle schizophrénie des citoyens sur leurs demandes, mais on peut sur différents thèmes y voir un net décalage vers ce qu'on pourrait appeler la gauche (un peu rapidement).

Cet ensemble politique pourrait plutôt se résumer comme « force de contestation à la logique de système actuel, donc de réaction » (lire pour ça M. Régis Debray sur la notion de réactionnaire). Résistance ne voulant pas dire absence de propositions.

 

2

Il propose pour cela une démarche de travail collectif, c'est à dire trans-clivage sur une logique de contrats.

 

3

Il voit pour ça un travail à l'échelle de l'Europe et semble t il en accentuant le poids des régions

 

4

Cette démarche va de pair avec un volonté de rééquilibrage international notamment de réorientation économique de la PAC et de, pour parler simple, protectionnisme au niveau de l'Afrique voire peut être… peut être de l’Europe. Sur ce dernier point il reste très flou concernant la Banque Centrale , les taux de change, les taxations notamment

 

5

Il veut mettre l'homme au centre et donc s'oppose à la logique du tout économique et purement consumériste (voir ses réactions lors des massacres d’animaux durant la crise de la vache folle par exemple)

 

6

Il adhère à l'économie de marché et pense régulation

 

7

Il est sur le plan international, poussé sans doute par ses combats anciens personnels et la logique politique de sa famille démocrate chrétienne, vers une volonté farouche de dialogue et de pacifisme

 

8

Il défend le libéralisme, en opposition à des forces antilibérales généralement appelées « néo libérales »

C'est à dire une économie réglementée, une société moins Etatisée et moins judiciarisée, une laïcité forte. Ce qui signifie séparation des liens économique politique médiatique, refus d'un Etat trop centralisé et d'une forme de pouvoir trop personnalisé, disons bonapartiste.

 

Il existe sans doute d'autres points capitaux mais hiérarchiquement je vois là une partie de ces choix de fond.

 

 

Maintenant, je vois aussi 3 dangers très grands à cette démarche :

 

1

Il souhaite travailler avec ceux qui à gauche et à droite partage un certains nombre de valeurs, soit, mais ces hommes se trouvent être ceux qui, semble t'il, ont orienté l'Europe dans les choix : il se réfère à Delors, Strauss Kahn, Barre, Rocard...

Non que ces hommes soient des affreux mangeurs de pauvres, des tyrans félons, traîtres à leurs pays, cynique en diable, mais tout simplement ils ont porté l’Europe (et pour Delors d'une manière très évidente en Europe), vers la situation actuelle, du moins l'image qu'on en a chez nous.

Alors là il y a problèmes car ces hommes ont été les principaux défenseurs, de bonne foi,  des dérives européennes depuis bientôt 30 ans, on est en droit de penser que ce choix est suicidaire pour nous.

Prôner ce centre rassembleur « là », comme en Allemagne, c'est proposer la même politique... avec à terme comme seul choix les extrêmes.

Car le risque ce serait de donner  plus de poids aux extrêmes dans l’ensemble des forces politiques restant hors du pouvoir.

La troisième force d'après guerre,  d'accord mais la prise de risque est très grande en France et ailleurs : Pologne, Pays Bas, Belgique…

La communautarisation est un danger pour la France vu son histoire mais l’un des dangers les plus grands est la montée d’une force disons de droite, nationaliste, xénophobe, parfois religieuse, inégalitaire (même si c’est caché) et très autoritaire. Je partage en cela l’analyse de M. Mélenchon.

 

2

Penser région et dialogue positif soit, mais les rapports de forces (côté dirigeants) ne sont pas en notre faveur en Europe, de plus la région est-elle le bon niveau, le bon levier pour jouer ce bras de fer ?

Pour négocier il ne faut pas arriver en position de faiblesse. Il ne s'agit pas d'un choix de toute éternité pour l'état centralisateur, mais c'est d'abord un lien culturel fort pour beaucoup et l'Etat (appuyé sur ses représentants et la population) est le meilleur garant de nos intérêts dans une négociation. Le projet européen est dans la logique de ses pères fondateurs d’après guerre« s »,  il vise à diluer les Etats et les nations, ils trouvent des soutiens évidents dans les forces économiques et financières qui n’ont aucun intérêt à voir se dresser des Etats tracassiers.

 

3

Enfin, sur le plan national, je ne remets pas en doute une part de sincérité, même grande de Bayrou (ce qui n'exclue pas du calcul et c'est normal).

Mais pour réussir cette réorientation vers la gauche de l'échiquier, pour se placer en pivot, il lui faut non seulement changer d'électorat en partie mais aussi de représentants... là c'est une véritable révolution. Certes la pompe UMP a permis de faire un tri sans doute salutaire, mais est ce que cette évolution vers une mise en cause de certains types de capitalismes est solide ? Pourquoi pas… sur une certaine durée.

Pour ma part je crois cette démarche de changement essentielle comme celle amorcée au milieu du XXe siècle par ce qui deviendra le MRP ; mais transformer aussi vite un appareil et un électorat… on peut craindre que ça soit un peu optimiste… on peut donc craindre un risque de faiblesse, de frein, de difficulté majeur à refuser ce « toujours à droite ».

 

 

Il y a sans doute d’autres failles mais ces 3 risques majeurs je crois, me font penser que ce n'est pas la bonne synthèse.

Je partage une grande part de l'analyse même si je ne vois pas cela en terme de 2 dimensions (droite gauche) mais en 3 dimensions et sous forme de connexions à l’exemple des neurones ce qui rend mieux compte des alliances possibles.

 Je partage l'idée de rassemblement mais pas avec ces hommes et donc ces idées là au poste de commande. On peut défendre une autre forme de rassemblement. Celle dont j'ai précédemment parlé sur ce site à la suite de la désignation de madame Royal (voir les commentaires sur cette vidéo de novembre 2006). Il en existe peut être d’autres… ?

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