L'entre deux tours de la Présidentielle : quel choix ?

Publié le par clavaboudchuc

"Texte envoyé à la candidate locale du PS"

Puisque l’élection est serrée, qu’on doit aller la chercher avec les dents, j’ai écrit ceci pour ceux qui sont passés de gauche à droite cette fois, les hésitants, les blancs, notamment côté Bayrou, gaullistes ou plus simplement de droite.

 

 

 

Il s’agit là de donner des grandes lignes et de répondre à ce qu’on entend autour de soi. On peut à partir de là piocher dans les propositions des 2 candidats pour alimenter.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 Sarkozy nous dit avoir changé ; sans rentrer dans l'éternelle question "peut on vraiment changer ?", prenons acte… Pourquoi pas ? Mais là se pose un problème, il continue à travailler avec les mêmes soutiens. Leur logique politique est connue depuis plus d'une décennie : Devedjian parmi d'autres. Est il possible qu'une telle quantité de personnes, leurs électeurs, les élus aient changé et adopté un tournant aux allures gaullistes, sociales, voire ouvriéristes alors qu'ils ont proféré le contraire pour certains depuis leur débuts dans l'action politique ? Qu'une personne dise "j'ai changé" ok, que tous aient changé en même temps, le même jour... là c'est du domaine du grotesque. On devine donc qu'il n'y a d'inflexion que stratégique.

 

 

 

2 Or quelle est la valeur primordiale pour la société que Sarkozy propose ? L'avoir. On le décline sous les aspects suivants, compétition, consumérisme, possession. L'avez vous entendu tenir un discours véritablement porteur de spiritualité ? Une seule valeur est mise en avant, la possession matérielle. En ce sens il est en contradiction totale avec les discours très sociaux de Jean Paul II, les positions qu'on peut trouver dans le catholicisme social, et le sentiment diffus de perte de spiritualité qui n'est pas que français.

J'entends spiritualité au sens large, en y incluant une optique comme celle¨non chrétienne de Comte-Sponville. Un athée, un agnostique peuvent avoir une vision spirituelle de la vie.

 

 

 

3 L'environnement est il un point transversal et capital pour NS ? Il suffit pour cela d'écouter Madame Lepage soutien actif de F. Bayroux et qui n'est pas, je crois, sectaire, pour avoir la réponse. L’Alliance  l’a d’ailleurs analysé au dessous de la moyenne quand 5 candidats étaient au dessus.

Ce peu de souci accordé à l'environnement, est en lien direct avec cet objectif purement matériel comme but de la vie. L’environnement doit se plier à la volonté humaine et l’humain se sacrifier à la rentabilité.

 

 

 

4 Passons à l'Europe. Lisons le programme sur un point majeur : il n'y a pas dans la démarche de Sarkozy de volonté de passer par le peuple pour un nouveau traité ou une constitution, ce sera la voix parlementaire et il est le seul à proposer ça. Le peuple qu'il appelle si souvent et auquel il tend tellement la main, est exclu de la décision. Pourquoi ? Evidemment qu'il s'agit là aussi d'un choix éminemment politique. Le peuple peut "mal" voter, en ce sens il est hors de question de lui laisser la parole, donc ni éducation populaire, ni responsabilisation des citoyens. Ils sont renvoyés à la seule case qui compte, celle de producteurs/consommateurs.

Sur l'Europe rappelons que la personne qui est la moins appréciée au sein des instances européennes entre FB, SR et NS semble nettement être ... Sarkozy.

Cela n'est pas forcément stupide. Les amis de monsieur Bayrou, démocrates sociaux et sociaux libéraux du PS ne sont pas sur la même ligne que lui. Libéraux certes mais pas à ce point. On peut craindre fortement qu'il choisisse de jouer solitaire, utiliser l’Europe et non jouer collectif. En cela il est logique, libéral et individualiste, la conquête est le but, pas la mise en commun ; il peut ainsi répondre aux libéraux et en même temps aux élans nationaux. C’est une logique de meute appliquée à l’économie, rien de plus. Rien d’étonnant donc à ce que monsieur Prodi, ancien président de la Commission Européenne , appelle les électeurs de M. Bayrou à voter Ségolène Royal.

 

 

 

5 On le voit, tout converge vers l'économique. Pas de gouvernement, ni d'Etat arbitre, mais de la "gouvernance" et un Etat au service des puissances économiques, pas au service des citoyens. L'économique est au dessus du social, du spirituel, du culturel. C'est parfaitement cohérent.

 

 

 

6 Dans la même logique, la politique économique portée par NS a été appliquée, plus mollement par d'autres depuis 25 ans. Ailleurs par d'autres. S'agit il de libéralisme ? Pour cela il faut aller voir les résultats. Demandez aux petits commerçants, artisans, patrons, employés, ouvriers, agriculteurs... si la situation actuelle leur convient ! Les délocalisations sont nombreuses mais surtout la concentration, la fusion, sont partout. Quelques entreprises dirigent l'essentiel de notre vie quotidienne. Il s'agit de véritables oligopoles, sans aucun lien avec la collectivité européenne, nationale ou locale, s'appuyant sur des milliers de sous traitants pressurés et qui eux mêmes font porter tout le poids sur leurs employés. La concurrence est éliminée, broyée, dans les campagnes et dans les villes.

Est ce cela le libéralisme ? Evidemment non, il s'agit du contraire. Et ceci se retrouve très exactement sur le plan international : cette concurrence  n'est ni correcte ni constructive. Elle n'aboutit qu'à une perte des libertés économiques... et socio politiques.

D’ailleurs sur le plan international et de l’immigration sa proposition laboure le même sillon : l’immigration choisie… prendre partout  ce qui nous manque en terme de main d’œuvre, de matière grise. Traduisons : piller les pays, ceux qui ne peuvent garder leurs compétences, donc particulièrement l’Afrique. Magnifique politique de co-développement on le voit. En interne cela permet encore une fois de maintenir la pression sur les revendications sociales, en gardant la peur au ventre des citoyens et en préservant voire en attisant la haine. La peur comme moteur économique, la discorde comme levier de pouvoir.

Dernière nouvelle qui vaut son pesant de cacahuètes symboliques : qui était présent à la salle Gaveau ? M. Antoine Seillière.

 

 

 

7 Et ce n'est pas fini hélas. Sur le plan des libertés il n'y a pas besoin d'intervenir, le pouvoir a ceci de terrible qu'il permet d'obtenir ce qu'on veut simplement par l'autocensure des subalternes ou leur volonté de bien faire. Chevènement l'a bien expliqué dans l'affaire récente des renseignements généraux.

Or que constate t'on ? Sur le plan médiatique, nous n'avons pas affaire à un Berlusconi, un « industriel des médias » mais à un politique dont les amitiés sont connues et  qu'il soit ou non actif, ce lien industrie / média / politique est profondément déstabilisateur et porteur de corruption et de confiscation du bien commun, en premier lieu, celui de regard critique. En cela F. Bayrou reprend ce qu’« Attac » défend depuis une décennie.

 

 

 

8 On continue ! Les notions de Nation et de République sont à l'opposé de la vision sociétale de NS.

Liberté ? On le voit ce n'est pas le cas sur le plan économique ; sur le plan politique ses déclarations pour faire payer certains comportements dans les médias (F3 par exemple), celle sur le fait d’imposer sans dialogue le service minimum ou la manière dont il a traité Nicolas Dupont Aignant (Gaulliste) ou Azouz Begag (ancien ministre de l’égalité des chances de Villepin) ne donne pas à penser qu’il est très ouvert au dialogue et à la critique.

Egalité ? Pas plus. La France a des chances d'aller mieux si on comprend France en tant qu'agents économiques impliqués totalement dans la concurrence sauvage. Les autres ? Morts et non comptabilisés.

Fraternité ? Pas de fraternité internationale ni intra étatique c'est inscrit  dans sa politique économique et dans ses résultantes sociales et environnementales.

Il ne faut pas être grand fakir pour voir que ce système est adapté pour la rente, pas pour le travail. Le système permet de survivre en se pliant à la demande patronale, la classe moyenne fond et se radicalise en réaction.

Laïcité et République une et indivisible? On peut fortement craindre un bidouillage progressif visant à transformer le républicanisme en démocratie de type anglo-saxon où le ciment n’est plus la communauté de valeurs au dessus des différences mais l’association des intérêts particuliers de chaque groupe.

 

 

 

9 Un autre élément qui rejoint cette acceptation des inégalités. Il existe une question de fond qui traverse la communauté scientifique et au delà, une véritable querelle qui semble opposer des courants tenants du cognitif et du déterminisme génétique. On voit ces querelles en éducation et ailleurs. Sans aller trop loin dans les pour et contre de ces 2 directions, on sait que la seconde peut aisément dériver vers des logiques de darwinisme social, d'eugénisme et au delà. Le libre arbitre est ainsi balayé, la dimension humaine réduite à une simple combinatoire organique identifiable et donc éliminable d’une manière ou d’une autre de la société.

Un seul candidat "tend" à pencher, selon ses termes, pour un clair déterminisme génétique, il parle de gène pour la pédophilie, le suicide et le nazisme en Allemagne. Ces propos ont été tenus dans « Philosophie magazine » face au philosophe Michel Onfray.

 

 

 

10 Petite cerise. Et la corruption ? Peut elle diminuer ? Au niveau de ceux qui sont ciblés actuellement, les petits... peut- être mais je crains que ça ne soit très illusoire. Pourquoi ? Parce que dans un monde où la corruption prend des proportions phénoménales par des biais boursiers, financiers sans aucun contrôle, par des concentrations entre peu de mains du pouvoir, par la mise en valeur des comportements de consommation, de réussite purement matérielle et rapide, il ne faut pas s'attendre à des résultats.

La technique utilisée est très au point et tout un chacun peut voir ses ravages : on cible toutes les petites arnaques, les petites paresses, les comportements inciviques des sans pouvoirs c'est-à-dire son « voisin de palier qui nous vole et nous empêche de consommer » et ainsi on passe sous silence ce qui dans la société entraîne ces comportements, ceux qui relaient à longueur de journée le cynisme dans les médias et ceux qui à tous les postes de pouvoirs sont inciviques et dans une bulle comme dit M. Kahn.

Peut- on croire que sans changer des comportements au niveau de l'élite socio économique on ferait de la « piétaille » de bons citoyens honnêtes. C'est totalement puérile et illusoire.

 

 

 

11 J'allais oublier... la paix sociale, la baisse de l'insécurité. La montée des tensions est inscrite là encore dans le modèle. On le voit dans la tension générée par l'élection ; mais cette radicalisation est plus ancienne et contrairement aux impressions actuelles, ces haines sous jacentes sont là et prêtes à exploser sans aucun moyen pour les encadrer, ni syndicats, ni partis.

On me répondra, oui mais il a fait baisser l’extrême droite pour la première fois. Kouchner et Cohn Bendit l’ont reconnu avec justesse. Est-ce une baisse de ces idées ou une distillation au sein d’un parti plus grand ? Près d’1 million d’électeurs FN sont allés ailleurs et pour la plupart chez Sarkozy. Par pour ses beaux yeux mais pour son « volontarisme » qu’on pourrait aussi voir comme de l’autoritarisme et pour certaines de  ses positions orales tranchées assez proches voire identiques au FN dans les termes. Alors question, ces idées ont-elles disparues ? Non évidemment, elles intègrent un parti plus grand et mélangé, au risque d’avoir plus d’audience puisqu’elles sont validées dans des discours. Utiliser ponctuellement un discours qui n’est pas le sien mais celui d’un groupe extrême, comment doit on l’analyser ?

A cette radicalité ne peut que répondre un discours de violence et d’excès inverse ; que ce soit un discours généreux mais intolérant ou un discours envieux de ne pas avoir sa part du gâteau mais avec les mêmes valeurs que celui qui est diabolisé : écraser, posséder, consommer, exhiber ! (Exemple : certains discours de banlieues)

Cette logique de guerre se retrouve à l’international par  la mise en concurrence avec les autres pays, en particulier au sein de l'Europe ; cette conception va de pair avec la concurrence entre individus. Ce qui explique la logique de confrontation systématique de son discours. Combattre des comportements discutables est une chose, ne cibler qu’un seul groupe d’individus et  proposer une organisation fondée sur le conflit est autre chose. En vérité on connaît cette technique depuis longtemps, elle est appliquée là encore dans les entreprises, appeler à dénoncer son voisin comme dans certaines usines dans le Nord et ailleurs, régner sur la discorde, principe vieux comme Hérode.

Cela produit 2 mouvements contraires déjà très visibles : communautarisme et nationalisme en Europe et en France.

En parlant de volontarisme… La raison du choix Sarkozy pour beaucoup d’électeurs est son : « il bouge lui ». Il parait d’autant plus actif que Royal semble figée dans son corps et sa manière de parler, que les sociaux libéraux du PS ont accompagné ce type de capitalisme en tentant de le freiner un peu.

Mais problème, il bouge pour faire quoi ? Et là son volontarisme est au service de la destruction de l’action régulatrice de l’Etat. Donc il va agir oui ! Mais pour servir ce modèle économique, pas pour le corriger ! Il va donc aller à l’opposé de ce que la plupart de son électorat ouvrier, de classes moyennes, de petits patrons, de retraités croit ! Ils seront les premiers à passer à la casserole puisqu’ils sont déjà fragilisés et que le système vise uniquement la responsabilisation individuelle, c'est-à-dire à trier les faibles des forts… ou comment se suicider sans le savoir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors... ben alors face à ces 11 points, qu’on puisse ne pas apprécier le PS, la gauche, Ségolène Royal. Que des électeurs de Bayrou attendent 2012 en espérant la défaite de Royal. Qu’on parie sur la victoire de Sarkozy afin de faire basculer la table ou au moins l’opinion vers la gauche. Tout cela pourquoi pas, on peut l’entendre.

Mais on peut ressentir cela comme très dur à avaler et considérer que c’est prendre un bien grand risque.

L'un des deux camps génère de beaucoup plus grandes inquiétudes que l’autre. De ces 11 points, par leurs positions respectives ou leurs alliances, les candidats ne se valent pas.

Il ne s’agit pas de diaboliser ou de fasciser un parti, une personne, des électeurs, de plonger naïvement dans un « tout sauf Sarko » comme le dit Julien Dray (on enfermerait l’autre dans ses certitudes) mais de bien peser quel est le calcul le plus potentiellement déstructurant même si on n’adhère pas non plus à l’autre ensemble politique.

 

 

 

Dans l’urgence il s’agit de contrer ceux qui prônent,  Sarkozy à leur tête, de plonger corps et âme dans ce  type de capitalisme qu’on peut qualifier comme E. Todd de « capitalisme fou ».

Chaque chose en son temps, un combat à la fois.

 

 

 

Bon voilà, si ça te serre un peu face à des hésitants, tant mieux.

 

 

 

 

 

 

Pour ceux qui à gauche du PS et chez les verts ont des difficultés avec Bayrou et  les centristes, il existe en vérité plusieurs points de jonction très forts entre eux. Je dis ça d’autant plus librement que je suis en désaccord sur des éléments de fond avec Bayrou, mais bon, une autre fois.

 

 

 

Publié dans politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article