Le chaos de la diligence et la course au rien : comment comprendre ce qui est face à nous ?

Publié le par clavaboudchuc

(texte proposé au site : http://www.gaucheavenir.org/)

 

 

Le chaos de la diligence et la course au rien

 

 I Attention au croisement :

 Petit question… Quel est le parti dont les grandes tendances actuelles recoupent les axes suivants?

Centralisme exacerbé (et culture de la division à la tête du parti pour éviter les dauphins encombrants), culte du chef, omniprésence de l’image du chef dans les médias ou dans les têtes, transgressions recherchées dans le discours, affichage d’un « parler vrai », volontarisme proclamé, critique des élites intellectuelles, valorisation du peuple et du bon sens, privatisation à marche accélérée et libéralisation globale, exacerbation de la nation, priorité à la répression, volonté d’ordre, prisme du génétique pour définir les individus et leur acceptation par le pays, politique de tension (dans la communication) avec les autres pays européens et notamment l’Union Européenne, valorisation du travail et de la famille comme d’autres éléments traditionnels.

Qui… Qui ? Certains diront le Front National d’autres L’UMP. Alors, évidemment, dire que l’UMP et le FN sont du même tonneau exactement est un raccourci, que Sarkozy est raciste est une idiotie comme le rappelle à de nombreuses reprises le journal Marianne. Le problème n’est pas là mais contrairement à ce qu’on peut souvent entendre, le rapprochement n’est ni fortuit ni exempt d’évolutions probables dangereuses.

 II Les chevaux de Nicolas :

 A l’incompréhension de Mme Katrin Bennhold, journaliste à l'International Herald Tribune (émission « l’esprit critique » sur France Culture 11h-12h samedi 20.10.2007), devant l’orientation politique actuelle, devant les divergences aux sein de l’équipe, on pourrait je crois répondre qu’il y a une logique, et forte même. Laquelle ?

C’est une alliance mêlant volontarisme politique, valorisation nationale et libéralisme. D’où la présence à ses côté de Guaino et Gallo, de Lagarde et Jouyet, de Kouchner et Hirsch par exemple, chacun y trouvant sa part. Il ne s’agit même pas de trahison mais le volontarisme de Sarkozy les entraîne et ils espèrent faire avancer leur cause au milieu d’autres causes opposées. C’est ça aussi l’ouverture pour N. S., ne pas mettre un seul fer au feu par pragmatisme politique et aussi parce-qu’il a besoin de cette attelage pour gagner et se maintenir.

Sarkozy s’est largement appuyé sur 3 grands courants : Les aspirations à plus de justice sociale, ce qui explique le ralliement de catégories populaires et de classes moyennes. Les aspirations républicaines de type opportunistes de la fin du XIXe siècle tels Jules Ferry, l’ordre, l’autorité et l’égalité des droits mais pas véritablement l’égalité sociale. Les libéraux économiques et politiques éloignés et même opposés à toute vision génétique, raciste, qu’ils soient extrémistes comme Denis Kessler ou modérés à vocation dite « sociale démocrate » comme Bockel. D’autres forces sont susceptibles de le rejoindre selon les choix qu’il sera amené à faire sous la pression  (j’y reviendrai).

 

 III La volonté du cocher :

Tous ont embarqué d’abord pour une raison qu’ils rappellent à l’envie : son volontarisme. Oui mais la volonté d’aller où ?

Face à eux le  « marché », comme le dit Eric Zemmour n’aura qu’une logique : rouler dessus. Il est fort probable que les premiers déçus seront les aspirants à la justice sociale. La question sera alors comment N. S. peut il réagir ? Réorienter sa politique en s’appuyant sur les deux ailes restantes, chercher d’autres alliances (mais lesquelles ?) ou tenter de maintenir cette triade en répondant sur un autre point. Si tel est le cas, il risque de ne pouvoir répondre qu’en accentuant l’autoritarisme, l’hypersurveillance dont parle Jacques Attali, et en stigmatisant tel ou tel de manière encore plus forte qu’il ne l’a fait, d’autant plus face aux désordres climatiques et démographiques planétaires. Cela équivaudrait à ce qu’Emmanuel Todd avançait récemment : le risque n’est pas la prise de pouvoir par un extrême, mais l’extrémisme d’un parti classique de masse.

Un cas illustre assez bien ce discours déconcertant pour beaucoup de gens : le traité simplifié. La question n’est sans doute plus de savoir si cette forme d’Union Européenne sera un jour rejetée en France et même ailleurs, c’est de savoir quand et au profit de quoi. L’hypothèse la plus vraisemblable hélas à l’heure actuelle c’est une montée identitaire, communautaire ou nationale ; maintenant avec quelles conséquences ?

 

 

 Face à ces revendications fortes sur l’identité et le social, comment peut réagir un gouvernement comme celui ci ? La réponse dite « néo libérale » est déjà condamnée dans les esprits, et le double discours de N.S. illustre sans doute assez bien ces 2 fers au feu. Il a évoqué la nation, le protectionnisme européen mais dans la réalité le traité simplifié, à son initiative, est un clone du texte de mai 2005 (http://lienemann.typepad.fr/ ou http://www.jean-luc-melenchon.fr/). Question : jusqu’à quand pourra t il camper sur ce grand écart ?

 

 

 

 

 

La logique de Nicolas Sarkozy a ceci de dangereuse qu’elle est un attelage de chevaux qui se détestent et ne peuvent que se séparer face à un adversaire : la forme de capitalisme actuel.

Pour le maintenir un temps il faut atomiser l’adversaire et ne permettre d’avoir en face qu’une orientation violente et parcellaire qui justifierait l’accroissement de la répression et de la surveillance face à la jungle qu’on entretient et développe. C’est la fusion sur un programme national, autoritaire et libéral qui risque bien de l’emporter, car il s’agit de la tendance la plus lourde.

 

 

 

 

IV  Sortir de l’auberge espagnole :

  Pour répondre à ces choix proposés par N.S, à ces risques, il serait utile de répondre par l’union ou l’alliance. Elargir le PS pour le rééquilibrer ou s’allier sur une plateforme précise et âprement discuté sont deux des choix possibles, mais en tout cas répondre à cette demande de justice sociale, à cette demande de République et d’action politique. De Gaulle est la figure qui a gagné cette élection ; les discours ont, semble t’il,  opposé souvent en souterrain des proches de Chevènement et lui même face à Guaino.

Mais il serait dangereux d’oublier que nous combattons une vision du monde utilitariste, matérialiste et consumériste, une vision à court terme, détruisant notre propre écosystème. Espérer acheter, posséder des objets et disposer de services… C’est le sens de l’existence que nous propose Nicolas Sarkozy, non seulement c’est un vide existentiel mais c’est autodestructeur car pour la majorité cela restera derrière la vitrine, exposé à la frustration populaire. Frustration qui est d’autant plus forte qu’elle s’inscrit après une période plus favorable au partage après Guerre et avec des témoin encore bien vivants. Voilà le sens du footing du président, une course vers le chaos et du rien.

On répondra que les dernières orientation sur l’environnement vont dans le bon sens, cela reste à vérifier dans les faits et non dans l’oral ; mais le problème est qu’on peut tout à fait imaginer un découplage environnement / social ; l’U.E en est un exemple : elle a depuis longtemps été plus avancée que l’Etat français sur l’environnement (c’est ce qui explique le positionnement en matière européenne des Verts ou de Cap 21) ; a t’elle une orientation très sociale et démocratique pour autant ?

 

 

 Les alliances vont de soi si l’on veut bien accepter de négocier. On peut penser scission du PS, mais on peut aussi penser élargissement et repositionnement pour garder sur les marges, (mais pas aux commandes), ces socialistes qui nous ont amené au naufrage. Ces derniers auraient alors à choisir sur des fondamentaux s’ils restent ou non. Mais pour ça il faut recréer un rapport de force favorable au sein de PS. L’élargissement est un outil possible pour y arriver.

On peut aussi imaginer une recomposition globale touchant les différents partis, mais combien de temps cela prendrait t il pour en dégager une force capable de gouverner (si jamais c’était possible) ? Toutes ces solutions restent très difficiles voire improbables, mais, par la force des choses, moins insensées qu’avant. C’est déjà ça !

 

 

http://clavaboudchuc.over-blog.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans politique

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