Sarkozy : l’impossible monsieur social

Publié le par clavaboudchuc

Sarkozy : l’impossible monsieur social

 

 (texte mis dans le forum du site de Marianne 30.10.07 suite à l'article "Sarkozy augmenté, régime spécial des députés, le « Tous pourris » repart à la hausse ")

 

 

 

 

Quelle est la place de l’homme par rapport à son environnement et comment doit il vivre avec le développement technologique ?

Que signifie la République et comment doit elle se traduire par voie de conséquence ? Quelle est sa place dans le concert européen et international ?

Comment doit on doser le rapport égalité liberté ? Quel est la situation et l’évolution récente de la justice sociale et comment agir face à la réponse ? Quelle doit être la place de l’économie dans le domaine scientifique et dans la vie quotidienne ?

Le consumérisme, le matérialisme et le positivisme sont ils des réponses structurantes pour un être humain face à la question essentielle du sens de la vie ? Quelle est la place de la fraternité actuellement et comment doit on agir face à la réponse ?

 

 

Voilà quatre axes sous forme de questions qui produisent des clivages essentiels ; on peut dire que ces questions ne sont pas récentes bien sûr, cependant ces quatre axes de réflexions et d’actions permettraient de structurer autrement plus clairement le camp politique que ce que nous avons devant les yeux actuellement ; par ailleurs leur actualité n’a pas toujours été aussi brûlante.

Ainsi, la question de l’environnement  revient en premier alors qu’elle existait dans des civilisations plus anciennes. Le positivisme malgré des résistances résiduelles a dominé largement une bonne partie du XXe  siècle. La question du rapport à l’Etat se pose différemment si l’on vit dans une époque où la forme dominante est le centralisme et l’oppression de l’Etat ou si la forme dominante est le centralisme et l’oppression du secteur privé comme actuellement, nous ne vivons plus dans le même monde qu’il y a 40 ans ; on comprend aisément que les écologistes optent pour le niveau européen et régional quand ils ont du affronter les élites de l’Etat et leurs alliances privées (type Total)… de là une question simple : est ce l’idée d’Etat, d’Etat nation qui est en cause ou son organisation et ses représentants dans un tel cas ?

Voilà quelques exemples qui pourraient expliquer, ce choix de questions fondamentales.

Or de ce positionnement découle toute un série de choix subalternes sur l’éducation, les services publics, la stratégie européenne, les choix économiques…

A partir de cette première approche, comment analyser la présidence de Sarkozy ?

 

 

Prenons la question de la justice sociale au travers des principaux choix déjà présentés :

Pour mieux cerner certains problèmes il me semble qu’il faut avoir un préalable. Je reprends simplement Comte-Sponville : le capitalisme est il moral ? Réponse :  il ne serait ni moral ni immoral, il serait amoral. Cette réponse n’est pas abstraite, dans les faits cela signifie que la morale n’a pas sa place, que les entrepreneurs, les puissances financières diverses ont une logique de fonctionnement qui n’a rien à faire avec la morale.

 

 

 Sans parler de morale, on peut se poser la question sous une autre forme : le capitalisme travaille il pour le bien commun ? Réponse : ce n’est pas son soucis.

Bernard Maris ne dit rien d’autre lorsqu’il constate que ces acteurs économiques sont logiques avec eux même, peu importe la destructuration générale, leur objectif n’est pas de construire un monde vivable, bien souvent il n’est même plus désormais de répondre à une demande, de créer, ou même… de simplement produire, il est strictement de faire accroître les rentrées financières, plus clairement la valeur d’une entreprise. Ils n’ont pas une fonction de cohérence ou citoyenne mais une stratégie comptable sans attache.

Sans déresponsabiliser les individus, c’est le système qui pousse ces mêmes individus, insuffisamment armés, dans cette logique ; c’est en ce sens que l’idée de complot est inopérante car peu d’hommes sont à l’abri, ils sont le corps d’une chose sans tête.

Si on peut discuter sur le fait que le bien commun est une nécessité, même pour ce type de capitalisme, sous peine d’en subir le retour de bâton, cette logique intellectuelle, cette perception du monde ne prend en compte que l’ultra court terme.

On peut se résigner à cela et accompagner sa domination avec fatalisme ou décider de mener l’attelage infernal avec cynisme.

Si en revanche on souhaite lutter contre cela il existe 2 sortes de réponses :

Interne : éduquer en véritables citoyens les acteurs économiques, ce qui est long, très long ;

Externe : cadrer cette logique, définir qui et comment le faire ; le problème étant là de trouver la graduation, un équilibre, de résister à un phénomène mondialement inverse.

Rentrons dans le détail :   

- Des parties du territoire se dévitalisent, se déshumanisent, l’inégalité entre elles s’accroît. Quelle est la réponse ? Privatisation des services publics avec pour résultat la recherche strictement du profit, ce qui est cohérent (à court terme on le reverra) pour une organisation privée à visée purement capitaliste. Ce moins de services publics vise actuellement en particulier l’énergie (en contradiction avec les engagements) avant de s’attaquer de front aux derniers bastions importants : transports éducation, santé, défense, forces de l’ordre.

 

 

- La corruption n’est pas absente et de nombreuses associations tirent le signal d’alarme, il n’y a pas moins d’affaires qu’avant dans les :médias. Réponse ? Privatisation du statut des employés de la fonction publique, ce qui a terme les affaiblit face aux pressions qu’ils ont à subir très logiquement et leur fait perdre la neutralité que leur permettait la stabilité ; projet de dépénalisation des affaires financières ; absence de réponse sur les liens Etat médias industrie.

 

 

- On prône la recherche de compétitivité, la glorification du travail face à du parasitisme , du corporatisme, du pantouflage. (Quant bien même cette attente serait justifiée ce qui est à voir) Réponse ? Cadeau fiscal de 15 milliards pour la rente, pas pour l’investissement ni les producteurs. Le bouclier fiscal répond à une logique : la consommation serait boostée par les possédants… Privatisation des fonctionnaires, donc pression accrue par la hiérarchie (le sentiment  de désinvestissement des travailleurs  dans leur entreprises augmente, la sonnette d’alarme est tirée par la médecine du travail). En clair plus la pression augmente moins ils se sentent impliqués et  plus on leur dit de travailler. Logique on voit !

 

 

- On veut permettre une qualité de vie meilleure ? Les malades vont payer des franchises médicales. Les retraites vont chuter et entraîner un accroissement des « vieux » à la misère. On veut s’attaquer à la rente locale des pharmaciens (situation sociale effectivement très au dessus du citoyen lambda), mais pour le mettre au profit de la grande distribution. On divise pour mieux régner, les commerçants continuant à croire au risque de l’Hydre Etatique alors que le risque vient de l’antilibéralisme privé qui par ailleurs n’est même pas attaché à un territoire.

 

 

- Une grande partie des français ont la sensation de perdre leur pouvoir d’achat. Réponse : une probable tva sociale  pressentie en mai juin et qui revient au galop pour le début 2008.

La volonté de faire redémarrer un pays qui serait mal en point économiquement. Réponse : une proclamation verbale d’atteindre plus de  2 et pourquoi pas 3 % de croissance quand l’ensemble des annonces convergent à 1,8.

 

 

- On veut mobiliser les personnes, dynamiser. Réponse : les membres de l’Education nationale  notés et de fait payés aux résultats (voir la lettre aux Educateurs) ; pour la culture comme le disait madame Albanel, concentrer les subventions sur les spectacles qui ont du succès, populaires. Soumis déjà à la concurrence entre établissements liée à la pression démographique, avec une visible baisse du niveau demandé (pour qui va dans divers établissements et voit d’anciens élèves pris au sein de formations auxquels ils n’avaient pas accès dans l’établissement de départ c’est une évidence et une récurrence), soumis pour d’autres à la pression des parents en terme de clients (comme on va chez le boucher), soumis à leur hiérarchie par la fragilité de leur situation, la demande de résultats est une couche de plus pour les enseignants et va accentuer toutes les tendances déjà citées ; la proposition de supprimer la carte scolaire ne peut avoir pour résultat que d’accentuer les tendances et donc de produire un fracture absolue entre des établissements de prestiges face à des établissements de relégation.

 

 

- Réunir le pays, lutter contre la tension croissante dans la société, la violence sociale et lutter contre la faillite du système social. Réponse : cibler des « privilégiés », s’attaquer à certains régimes spéciaux, en prenant soin d’en laisser d’autres en paix. Les « privilégiés » ciblés ne se situant pas dans les catégories à hauts revenus. Augmenter de 140% le « salaire » du Président pour le mettre au niveau du 1er Ministre quand on demande aux diverses catégorie moyennes et basses de mettre plus au pot en termes d’années de travail pour recevoir moins à la retraite… Pourquoi ne pas demander de baisser le salaire du 1er Ministre, ce serait suivre la logique « d’égalité » revendiquée par ce gouvernement. On ne risque pas de rendre le Président plus sensible à la corruption en le laissant à son niveau actuel d’émoluments ! Ce qui est visé c’est en amont l’idée de répartition entre « tous » les composants de la société,  l’idée d’asseoir une répartition sur « l’ensemble » de ce que produit un pays.

 

 

 

 

 

 

Conclusion : baisse de la présence publique, accentuation de la dysharmonie territoriale, maintien voire augmentation de la corruption en particulier en col blanc, fragilisation des statuts, augmentation du stress, augmentation de la nécessité de soumission, de troubles sanitaires et sociaux liés aux mauvaises condition de travail, baisse de l’accès aux soins, baisse du pouvoir d’achat, concentration des avantages sur les positions dominantes en culture et éducation, accentuation de la tension  entre tous les composants sociaux et en particulier les perdants du système c’est à dire l’immense majorité de français, volonté de faire accepter publiquement les exhibitions inégalitaires.

Plus de peur et moins de cohésion, des attentes plus fortes pour des retours plus faibles. Ce gouvernement n’initie pas, il amplifie sans vergogne ou maintient de grandes tendances.

Est ce vraiment constructif et sain ? Est on face à des fatalistes, des cyniques… des naïfs ? Comme le souhaite plus ou moins clairement J. Marseille, comme l’exprime plus ou moins explicitement N. Sarkozy, la France serait une entreprise : on peut donc supposer qu’il y ait à terme une confrontation entre une attente collective et une logique capitalistique du Gouvernement et de sa majorité.

 

Ces orientations sont d’autant plus sujets à explosions incontrôlés que les corps intermédiaires sont assez faibles et décrédibilisés, que la cohésion par des médias dominants recule face à l’atomisation informative d’Internet, que le clanisme ou l’individualisme gagne, que nous venons d’un rapport de force plus avantageux pour les travailleurs et que ceux qui avaient un espoir de vie meilleure sont des témoins encore vivants.

 

Alors mieux vaut dire les choses clairement :

Par ses actions, son comportement, ce gouvernement est non seulement une honte mais une provocation vivante délibérée ! Nicolas Sarkozy est simplement un concentré de cette absence quasi totale de recul, de vision à long terme et de simple correction.

 

 

 

 

 

 

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