Les gourous et les papous

Publié le par clavaboudchuc

Réaction par rapport au texte de J.L. Mélenchon "la grève et juste" et au commentaire d'une internaute


Les gourous et les papous

Entre votre position et celle de « anne », je pense qu’il y a une combinaison. On peut rajouter à cela des ouvrages récents comme de J.F. Kahn « les bullocrates », ou de près d’une décennie comme ceux de S. Alimi « les nouveaux chiens de garde », d’I. Ramonet « la tyrannie de la communication », de Bourdieu « sur la « télévision » entre autre.
Tout cela va dans le même sens, une cohésion intellectuelle au sein d’un groupe social qui traverse les milieux médiatique, économique et politique. Ils pensent le monde de la même manière très largement et ce qu’ils entendent en face et analysent leur paraît réellement absurde, comme de glorieux civilisateurs face à des papous !
Quelques exemples que je trouvent intéressants :

Lors d’une émission de Canal Plus en clair le soir, opposant entre autre  N. Domenach avec J.M.Apathie, ce dernier comme d’habitude (propos réitérés en boucle par bien d’autres) accuse Domenach de patauger dans l’idéologie, sous entendu, « vous n’êtes pas en phase avec le réel, pas « pragmatique ! Le grand mot», ce à quoi Domenach lui répond qu’en vérité depuis des années Apathie a un discours lui aussi très idéologique et que tout ça est normal. Réaction effarouché d’Apathie, sur son visage on lit la consternation, l’incompréhension même, il se défend de faire de l’idéologie ! On peut penser qu’il est soit un gros menteur mais il est plus probable qu’il est réellement abasourdi qu’on le désigne de cette manière. Analyser ce qui nous entoure ce n’est pas forcément voir les interactions avec soi, par ailleurs un bon psy n’est pas une personne qui déjoue les pièges qu’elle connaît.

Autres cas intéressants que tout un chacun a pu suivre : combien de cas de couples journalistes / personnalités politiques ? Hollande, Sarkozy dans ses petites heures pour faire plaisir à la galerie, DSK, Borloo, Barouin… Il est bien évident que comme nous, nos vies sont construites sur des réseaux d’affinités et que sauf petits bouleversements la tendance naturelle est de se sentir bien entre soi, entre même références culturelles. Ceci est d’autant plus fort dans des milieux où l’argent, les facilités diverses par réseaux, les petits pouvoirs constituent une barrière avec le reste de la population. Ces rapprochements systématiques illustrent simplement un état de fait : ces gens se côtoient sans arrêt, ils vivent dans les mêmes sphères, mangent aux même tables, vont aux même soirées, voient les mêmes spectacles etc…

Un exemple encore une fois, de quelqu’un pourtant très honnête à l’antenne, B. Guetta : il expliquait selon ses propres mots il y quelques temps qu’il arrivait puis repartait du studio sans avoir vu grand monde bien souvent… Combien de gens travaillent dans une entreprise sans même parler aux autres, connaître leur travail, tous nous connaissons ça, avons cette impression que les autres ne connaissent pas notre travail, nos conditions de travail ; c’est le discours des cheminots en grève, c’est le discours des profs etc
Pris dans une nasse intellectuelle

Un petit dernier pour la route, l’émission « l’esprit critique » sur France Culture à 11h pour le coup on se demande où est cet esprit, écoutez vous même la dernière émission, un monument de convergence  (18.11.07) : Gallo, Bourlanges, Michaud et Le Boucher ; une émission d’intellectuels engagés comme ils disent ha ha ha !! Ca pour être engagés ils le sont mais tous dans le même camp ! Pas une seule opposition entre les quatre, l’unique divergence a porté comme d’habitude sur la Nation avec Gallo mais juste pour sous entendre que ça ne comptait guère car cette fois ils étaient unanimes. En revanche, la même émission avec Liem Hoang Ngoc à la place de Le Boucher (23.09.07), là c’était un tir de barrage, incompréhension totale des trois autres ! Rien d’étonnant quand on voit les courants qui soutiennent N.Sarkozy (cf l’article «Le chaos de la diligence ou la course au rien :  comment comprendre ce qui est face à nous »
http://clavaboudchuc.over-blog.com)

Maintenant ce que dit anne est complémentaire, les pressions sont sans doute parfois directes, et récemment les appels à la vigilance se multiplient, des situations troublantes aussi ; le cas des Echos ou celui lié au vote de C. Sarkozy illustre ça (voir rue89 dans les 2 exemples). Mais dans bien des situations un pouvoir n’a pas besoin de faire pression directement. Nous travaillons pour la plupart dans des entreprises de plusieurs personnes, on peut parfaitement voir à l’œuvre ce mécanisme, comme le dit J.L. Mélenchon résister c’est d’abord intérieur.
Le groupe se rassure par mimétisme, chacun croit trouver plus facilement sa place ainsi, éviter le conflit nous paraît être plus facile à vivre, prévenir par avance les demandes hiérarchiques nous paraît « pragmatique »  et pour certains peut être intéressant pour l’avenir. Rien que de la dynamique de groupe tout ça. Quand le tissu normé est bien serré, il devient difficile d’en sortir ! Plus la société est figée, plus ce phénomène est puissant et conduit à de ruptures violentes.

Faire exploser cette vision ultra normée, nécessite de casser la cohésion de ce groupe, lui retirer ses pouvoirs, et/ou créer une cohérence en face. D’où l’importance de travailler tout particulièrement sur les médias. Internet atomise ce travail de formalisation des dominants par la télévision, média de masse. Mais ça ne suffit pas car la profusion nuit aussi à l’information, on ne va souvent que vers ce qu’on aime déjà. Internet remplace donc la télé en accentuant des phénomènes de massification tout en fabricant du clanisme conjointement ; croire qu’il permet le dialogue est souvent un peu illusoire. Le succès problématique de Wikipedia dans les écoles illuste le premier cas, la multiplicité des blogs politiques l’autre. Pour construire il va falloir mettre fortement en réseau et aller vers l’autre.

Un petit travail bien utile en particulier, c’est de ramener systématiquement cette vision à ce qu’elle est : « une » grille d’analyse du monde, un discours appuyé sur une idéologie. Rappeler la nécessité d’argumentation, de rationnel, de débat entre diverses visions comme vous le faites dans les interviews est constructif, sur le plateau souvent peu puisque les invités (et souvent journalistes) sont intimement convaincus de la justesse de leur manière de vivre, mais dans la tête de ceux qui regardent ça donne des outils.

De la même manière en parlant des gourous de l’économie, experts présentés pour donner une caution de sérieux, donner la preuve scientifique de ce qu’on avance, il s’agit de les ramener à ce qu’ils sont : simplement de petites mains d’une science humaine et donc non exacte. Qu’ils aillent dans n’importe quelle médiathèque dans le monde, l’économie est classée ainsi avec justesse par la Dewey ou la CDU, pour le coup des norme partagées internationalement. Le seul accord possible pour classer l’économie, c’était que personne n’était d’accord car ce n’est pas une science exacte !
Le mot science a été défendu par bien des professions, en sociologie, psychologie, etc pour donner une assise à des métiers, à un domaine de la connaissance, rien de plus. En aucun cas l’économie n’est exacte, alors quand on a en face des petits rigolos qui viennent avec les plumes du grand sachem, le mieux c’est de les ramener à leur réalité : juste une interprétation du monde, juste ça… humain, bien humain !
Même si on est nul en économie, ça permet au moins de retirer la chaise sur laquelle l’autre est en train de monter pour nous parler !


Petit message de fin : merci J.L. tout ça fait du bien par où ça passe !

Publié dans politique

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