Bravo Christine ! : les agités du déblocage

Publié le par clavaboudchuc

(suite de l'article précédent : les gourous et les papous )


Tiens une autre « bonne » toute récente, l’autre soir à l’émission de Ruquier avant le journal, 2 étudiants opposés sur la grève.
Demande de la représentante des « pour » : parler du fond, de la loi Pécresse ; réponse affirmative de l’animateur, ils allaient pouvoir en parler mais il fallait d’abord parler du bocage ; arrivée de miss Bravo, même scénario, elle répond affirmativement. L’émission passe, blabla sur le blocage et au final ? Rien sur la loi. Eh oui, la seule chose qui intéressait ces bonnes gens c’était le débat sur le blocage. Pourquoi pas mais il faudrait le dire avant dans ce cas.
Par ailleurs la palme revient à C. Bravo, elle se présente photo souvenir à l’appui comme une ex 68’arde rebelle en diable, bloqueuse et patati et patata. Puis elle interpelle la jeune étudiante gréviste et lui dit qu’elle trouve ça « limite fascisant » et lui demande de répondre par oui ou par non sur la question suivante : « est ce démocratique de bloquer ? ». La jeune fille essaie d’élargir le débat mais rien à faire il faut d’abord passer par le oui ou le non. Piège.

Question démocratie ça se pose là !  Imposer les termes du débat sans demander son avis à l’autre, et mieux, lui imposer en directe d’enfermer le débat sur le problème unique du blocage, en contradiction avec ce que la chroniqueuse et le « chef de bande » ont affirmé, ça c’est très démocratique on s’en doute ! Bon c’est vrai que ces gens sont coutumiers du fait mais la répétition n’excuse pas. On voit là encore, non le complot, mais tout bêtement une pensée bien partagée par un milieu social.
Les journaux n’en font pas moins, tout tourne effectivement autour du blocage ou non, avec force commentaires exaspérés de passagers « pris en otages ».


Maintenant, si on prend même uniquement cette question : « où est la démocratie » ? Evidemment que ce n’est pas démocratique lorsqu’une minorité impose à une minorité opposée. Mais que font les non au blocage, gouvernement, étudiants, journalistes ? Ils utilisent actuellement la même pression par moment pour passer en force.
Un exemple : si les non grévistes continuent les cours, l’écart entre les uns et les autres en termes de connaissances donc de moyens pour réussir les examens va s’accroître. Forcément la pression monte et ne pas rentrer au bercail c’est se condamner, est ce si démocratique de créer ce fossé ?
Un autre exemple qui va parler à beaucoup de gens je pense : que se passe t’il lorsqu’un petit nouveau arrive dans une entreprise, en fait des tonnes, répond au delà de ce qu’on lui demande, en fait plus que les autres ? Il oblige les autres à suivre sa cadence, ses choix et bien sûr cela se passe en général assez mal. Bien évidemment ce n’est pas une agression directe et pourtant c’est bien vécu comme tel par les collègues et comme une obligation de suivre… une sorte de marche ou crève !

Mais surtout, ces belles paroles cachent une réalité qu’on retrouve historiquement ; J.P.Azema le rappelle comme d’autres à travers Vichy et l’occupation : 10% de résistants, 10% de collaborateurs et le reste le marais. Or le marais suit le bon côté du manche dans le silence, c’est ainsi, il suit le pouvoir et ne bascule pas facilement par conformisme, par peur avant tout.
Alors quand on propose de voter à bulletin secret pour les grèves dans les entreprises comme le demande N. Sarkozy  ou maintenant les anti-grévistes, on doit avoir en tête ces chiffres. Si on rajoute à ça la puissance du battage médiatique, la puissance normative des classes dominantes, évidemment qu’aucun des 2 camps n’est démocratique, l’un agresse directement, l’autre indirectement.

Du coup que faire ? Dans une université, une entreprise… s’opposer à un vote ou aux résultats du vote à bulletin secret, ben ça  me paraît très dangereux et malsain à moyen terme, ça signifie donc accepter de perdre très probablement mais essayer de gagner la bataille des esprits. Je suis sincèrement preneur s’il y a mieux, sur le moment je ne vois pas.
L’intérêt serait de pouvoir pousser à ce que ce vote s’exerce sur d’autres domaines que la grève comme les choix économiques d’une entreprise et qu’il soit suivi d’un respect du vote.
Car le moins qu’on puisse dire c’est que la démocratie n’est pas tellement présente dans une entreprise, alors tant qu’à la mettre, autant que ce travail soit large.

En revanche la grève d’un secteur de l’économie est non seulement un droit mais une nécessité pour éviter l’asphyxie même d’une société ; l’argument qui consiste à dire que ce n’est pas légitime, renvoie à une chose très simple : aucune grève ne devrait dès lors être acceptée tant qu’une seule partie de la population en pâtirait, car je vois très mal faire des référendums à tous bout de champs sur n’importe quoi. Alors messieurs dames, on peut tous ranger nos demandes, elles sont d’ors et déjà nulles et non avenues puisqu’elle dérangent forcément d’autres gens !
Quand au fait de cadrer la grève dans des horaires bien définies etc. c’est tout simplement retirer à la grève sa raison d’être : créer un rapport de force pour parvenir à un dialogue et sortir d’une crise.
Reste le cas où la vie des gens est en jeu, comme la santé, où les modalités sont forcément beaucoup plus complexes, domaine que je ne connais pas et que d’autres sauront autrement mieux aborder que moi.
Tout ça pour dire : à mes yeux la grève est juste et cette grève est juste, réduire ça à une question sur le blocage et croire qu’il n’existe aucune autre voie que d’augmenter la durée de cotisation, c’est imposer une vision, empêcher le débat… question démocratie chapeau !!

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