Icesave ou icecouic ?

Publié le par stéphane.grim

Réaction à un texte de J. L. Mélenchon sur son blog suite à son article : "Après le voile, les banques" le 5 février 2010

Bonjour à tous. Je crois qu’il y a un autre point de fixation à suivre : l’Islande. Plus précisément le référendum sur la loi Icesave, peu commenté.
C’est quoi ce machin?

Il s’agit d’un référendum sur la loi Icesave destinée à rembourser les autorités du Royaume Uni et des Pays Bas pour une somme de 3,8 milliards (selon les journaux elle varient de 3,2 à 4 milliards d’euros). Ces autorités ont en effet dédommagé les épargnants (environ 320 000) de leurs pays suite à la faillite de la banque Icesave d’Islande. Cette loi adoptée par le Parlement Islandais dans la nuit du 30 au 31 décembre 2009 a vu se constituer une pétition signée par près d’un quart des islandais (60 000 sur 300 000 habitants). Le président Grimsson a visiblement jugé plus opportun de faire passer cette loi par référendum vu la réaction. Effectivement ce remboursement à faire entre 2017 et 2023 équivaut semble t’il à 40% du PIB (12 000 euros par habitants).
On peut critiquer la partie de la population islandaise qui a vécu allègrement sur un nuage de spéculation financière sans vouloir voir qu’il était bourré de nytroglycérine, mais pas condamner toute la population à payer le comportement abjecte des banques et (un cran plus haut) des politiques qui ont construit le cadre légale pour une telle folie, des techniciens « experts » et têtes de gondoles médiatiques (voir sur ce point les travaux de Frédéric Lordon).
Les intentions de vote donnent le non largement gagnant (plus de 60%). Résultat : des pressions qui viennent des gouvernements sous pression et des instances internationales, FMI en tête.
On peut supposer, sans exagérer, les craintes des milieux financiers et politiques face à un tel effet d’exemple, de « contagion ». Ces mauvais payeurs n’auraient plus qu’à subir ce que connut l’Argentine précédemment : tout juste bons à être étrangler!
D’autant plus que ce refus semble trouver écho dans les pays baltes, eux aussi confrontés à la rage financière.

De tout cela, on peut, peut être, se dire que :
1) Les Pays Bas et surtout le Royaume Uni (déjà très fragilisé) pourraient être violemment secoués si le référendum est gagné le 6 mars par le non, et, par l’imbrication générale, d’autres zones.
2) Il faut aussi se rappeler le poids qu’a eu dans l’évolution internationale le cas des emprunts russes suite à la révolution de 1917. Les milieux dominants (je ne dis pas « tous) sont traversés par une radicalisation très dangereuse et les années 30 nous montrent plusieurs choses : que beaucoup en France ont traversé cette crise sans aucune remise en cause tout en ayant activement soutenu la dérive de la République jusqu’au suicide de Vichy, et bien des descendants sont installés à des centres nerveux. Non qu’on soit forcément identiques à ceux qui nous ont précédés, mais quand votre ascendant n’a pas été remis en cause et que votre place sociale a été préservée, votre éducation est marquée lourdement par votre milieu… ce qui est très inquiètant. En vérité, comme Blum dans « A l’échelle humaine », je ne crois pas plus à la capacité du peuple à compenser cette déliquescence de nos élites, tout est trop rongé pour que cela se passe sans remous profonds ; les critiques de poujadisme, populisme et autres qu’ont entend de partout camouflent consciemment ou non chez certains un rejet républicain et même démocratique très grave et il va bien falloir en tenir compte dans le cadre d’un combat politique résolument républicain.

Publié dans politique

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