politique

Dimanche 10 octobre 2010 7 10 /10 /Oct /2010 15:51

Développé d'une prise de parole lors de la présentation du projet sur la politique internationale et européenne du PS

 

Ah quel malheur d'avoir deux jambes... lorsqu'elles ne vont pas dans la même direction!

 

Première jambe :

« Nous devrons œuvrer, aux côté des pays producteurs, à la mise en place de mécanismes de régulation protecteurs pour ces pays : reconstitution des stocks, lutte contre la spéculation, stabilisation des prix des denrées alimentaires, constitueront à ce titre des enjeux majeurs » (La nouvelle donne internationale et européenne ; page 36 ; partie 2.3.2 ; ligne 31).

Deuxième jambe :

« Le juste échange ménagera des phases de transition suffisantes, au Nord comme dans les pays du Sud, pour permettre les adaptations nécessaires des systèmes productifs et des emplois induites par l'ouverture à la concurrence et enrayer, dans nos pays, le processus de désindustrialisation » (Même doc. ; page 34 ; partie 2.1 ; 2ème paragraphe ligne 12).

Résultat ? Patatras!!!

 

Cet exemple illustre le fonds continuellement dissonant de ce court texte, genre « oh c'est beau le blanc en noir! ». Comment parler un temps de protectionnisme (car c'est ça le vilain mot) alors que quelques lignes avant on glorifie le libre échange et la concurrence à tout crin ?

Le fait de parler d'agriculture dans un cas et d'industrie dans l'autre ne change pas l'incohérence globale.

Prétendre qu'un texte au cadre « large » donne de la marge de manœuvre au cas où... ce n'est pas mieux. Il ne s'agit pas d'un texte programmatique mais visant à donner un cap, or à barrer dans deux directions opposées, cela finit surtout par ressembler à de Funes... en moins drôle.

Une fois de plus la religion de l'unité n'est pas forcément bonne conseillère.

 

Trois points sont peu présents ou ne constituent pas, en tout cas, la colonne vertébrale de ce texte :

la souveraineté, la limitation, la désincarcération

 

La mondialisation libérerait les énergies, le Monde, la colombe de la paix... et tout ça grâce à l'imbrication toujours plus grande des économies. Cette vision est ancrée dans une masse de têtes et pourtant elle est fausse. Un monde globalisé n'est pas un monde ouvert mais clos, un monde où il n'y a pas de porte de sortie, pas d'autre modèle possible et comme un poulailler industriel, sa fragilité est immense, sa capacité de résistance et donc de rebondir proche de zéro. Cette globalisation est porteuse de haine, de guerre, d'autoritarisme, une grande caserne mondiale comme l'évoquait Hubert Védrine ou une atomisation guerrière. La rapidité et l'ampleur de la crise actuelle illustre, hélas, à merveille cette incapacité à juguler.

L'accroissement des échanges et la conquête de marchés sont un choix, mais on peut aussi proposer l'inverse, ce qui me semble bien plus réaliste car modéré : une orientation globale visant à réduire nos échanges (2 exemples simples : avoir une politique massivement orientée vers la souveraineté -et non sécurité- alimentaire et énergétique) et à aider les autres à se protéger.

 

Le capitalisme produit inévitablement la saturation des marchés, pas même besoin d'être marxiste pour défendre un tel truisme, c'est une des raisons de l'essoufflement du modèle dans les années 60, de là est sorti une fois de plus une politique commerciale agressive accrue.

Par ailleurs si à petite échelle la concurrence s'introduit partout, on constate l'inverse en changeant d'échelle : 50% du commerce mondial est fait par les 500 premières entreprises mondiales, une grande partie du commerce se fait au sein d'une même entreprise, en bref le libre échange ne réduit pas que les libertés publiques, il détruit aussi les libertés économiques.

L'organisation même de ce commerce détruit la paysannerie mondiale, pousse à l'urbanisation incontrôlée, à des tensions alimentaires graves, à l'émigration dans les pires conditions, à des bouleversements politiques d'une extrême dangerosité.

La logique du flux continu et sans bornes pousse à la pollution, pas seulement matérielle mais aussi financière et économique, démultiplie les risques sanitaires, crée les conditions d'une fraude structurelle et conduisent au crime économique de masse.

Et face à cela non seulement ce texte ne répond pas, il s'accommode, et pire, nous nous associons au travers du Parti Socialiste Européen dans des logiques de zones de libre échange étendues (Maghreb début 2008, négociations actuellement avec plusieurs d'Amérique latine ou avec les Etats Unis pour 2015).

 

C'est de cette mécanique là qu'il s'agit de sortir, ce n'est pas en s'y enfonçant plus. Si vous y ajoutez une prise sur l'environnement qui nous met en péril (ne serait-ce que par des effets de seuil) et une religion de la technique totalement aliénante, vous avez un cocktail qui donne à ce capitalisme une capacité de destruction sans égale dans l'histoire.

Faire société c'est vouloir s'associer pour se protéger, si nos choix réduisent nos protections et au final notre capacité à faire société, nous avons le devoir vital de bifurquer.

 

Or il existe des logiques constructives, j'ai cité la logique de souveraineté alimentaire et énergétique (réelle et non fictive comme avec le nucléaire). Certaines sont déjà appliquées ; ainsi la Bolivie a bénéficié d'une aide technique de la part de l'Algérie et juridique de la part de la Norvège; ceci dans le but de reprendre la main sur ses ressources énergétiques et inverser la distribution des bénéfices entre le pays et les compagnies étrangères (sur ce point, consulter l'excellent livre de Jean Ziegler « La haine de l'Occident »).

Voilà une logique qui devrait trouver sa place dans ce texte, mais elle est absente. Et pour cause, la réponse est connue : « si ce n'est pas nous ce sera les chinois ou d'autres ». Or si nous n'avons rien d'autre à proposer que le pillage nous serons de toute façon remplacés par des puissances encore moins sourcilleuses et le peu de temps gagné ne répondra pas à nos problèmes. Ce raisonnement prône une vision irresponsable du monde : « y'a pas qu'moi, les autres aussi! » Et alors, est-ce que cela répond au chaos ?

Quant à proposer un gouvernement mondial pour résoudre les défis, ou une forme technique, centralisée mais floue de décision, nommée gouvernance, non seulement elles reportent aux calendes grecques toute action positive, mais cette direction jumelle porte en germe une logique totalitaire. Proposer des convergences sur des domaines où la limitation est vitale comme un fonctionnement durable (évitons le terme développement trop polémique) ou le contingentement, soutenir la CNUSED oui, mais pas une structure faisant passer sous les fourches caudines toute altérité, l'altérité c'est la vie.

 

Par stéphane.grim - Publié dans : politique
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Lundi 21 juin 2010 1 21 /06 /Juin /2010 13:58

 Le texte qui suit aborde plusieurs aspects de la question des retraites dans un premier temps puis enchaîne sur les motivations dissimulées sous la sauce pragmatique et les aromates du sérieux.

Subjectif, non exhaustif et non issu d'une production d'expert, il sent l'alambic maison ; j'espère que ce ne sera pas un tord boyaux.

 

 

I Les bons remèdes de Doc Hollyday :

 

1) Fin de marché :

Abaissons la charrette aux fruits pourris et regardons quelques unes des plus alléchantes moisissures déversées à grands flots par nos gros bras : politiques, économistes, médias et experts.

« On vit de plus en plus vieux et les centenaires se multiplient comme du chiendent! » ; « c'est plus Zola quand même pour les conditions de travail! » ; « le renouvellement démographique est kapout, y'a plus assez de bébés! » ; « on ne travaille pas suffisament, c'est tous des fainéants! » ; « il y a trop de charges! » ; « nous sommes est en faillite, y'a plus d'sous! (comme chantait Ricet Barrier) » http://www.dailymotion.com/video/x69m2p_ricet-barrier-y-a-plus-d-sous_music ; « c'est la crise, nous n'avons plus de croissance! » et la dernière du Géotrouvetou Copé « c'est différent quand même pour ceux qui ont vécu la guerre! » (sous entendu eux ils ont bien droit à notre charité comme traduisait Cécile Duflot, mais bon les autres hein z'ont qu'à sucer leurs lacets...).

Qué malheur non ?

 

2) Démo, démo, des mots!

Petit rappel, la Loi Fillon a été basée sur des analyses (Rapport Charpin) datant de 1997 pour 2010. Pas de chance, elles sont à côté de la plaque.

Prenons la démographie : ces analyses prévoyaient 250 000 naissances par an après l'an 2000, zut depuis 10 ans nous en sommes à 850 000! Les propositions actuelles (Rapport du COR) se basent sur la même chose, 1,9 enfant par femme comme dans le Rapport Charpin, or le taux de fécondité est de 2,1 enfant par femme. Gag supplémentaire, les calculs ne prenaient pas en compte un minuscule détail... les femmes font leurs enfants plus tard.

La France se trouve en décalage par rapport à ces voisins, et ce n'est franchement pas une nouveauté dans l'histoire longue.

Conséquence ? Dès 2035, 2040 les classes creuses d'après Baby boom arrivant à la retraite se trouveront en face des classes pleines post an 2000. Un double mouvement qui rend cette question nettement moins préoccupante.

De plus s'il est heureux de voir une augmentation du nombre de centenaires, évitons les scénarios à la Cecil B. DeMille ; leur petit nombre ne doit pas cacher que l'immense majorité est morte avant. Mais surtout, un des éléments importants qui a permis d'améliorer la santé et donc la durée de vie des humains, c'est justement la combinaison entre l'âge de la retraite actuelle, la durée de cotisation (qui était encore début 90 à 37,5 annuités) et le niveau des pensions de retraites! Vu les effets déjà sensibles suite à l'appauvrissement d'une partie des retraités et à la dégradation de leurs conditions de vie donc de santé, le super scénario Cecil B. DeMille version Parisozot va connaître un sérieux bide. Les inégalités se creusent partout, même chez les anciens. L'avantage pour ce gouvernement c'est que cette dégradation là est silencieuse et n'a pas encore de véritable impact dans les urnes.

 

3) Madame reprendra bien un peu de maison...

Dans le même sens, pourquoi le pourcentage des femmes au travail salarié (selon ce même rapport du COR) devrait-il rester au même niveau, c'est à dire 14 points en dessous de celui des hommes ? Faut-il penser que l'idéal de ce modèle est de maintenir les femmes à la maison et de là faire baisser certains « coûts sociaux », tels que ceux de la petite enfance et des personnes agées ?

 

4) Un sous c'est un sou, un an c'est an :

Changeons de sujet, la durée de vie. Il faut tout de même avoir en tête qu'après 60 ans le corps n'est plus pareil. Exemple : l'espérance de vie en bonne santé (source INSEE) est de 63 ans pour les hommes et 64 pour les femmes. Autre exemple : 2 maladies sur 5 à partir de 55 ans sont liées au travail... et 3 sur 5 à partir de 60 ans.

Conséquence ? Si vous repoussez la retraite à 62, 63 ans vous vivrez moins longtemps!

Farfelu ? Et bien, pensez-vous les Assurances farfelues ? Non et vous avez raison, elles disposent de « tables de mortalité » et pour elles les choses sont claires : 1 an plus tard = 1 an d'espérance de vie en moins... et ces belles âmes savent comment répercuter cela pour les prêts et assurances.

D'ailleurs pour bien enfoncer le clou : contrairement à ce qui avait été calculé, l'espérance de vie ne s'allonge pas d'un trimestre par an mais d'un demi trimestre... ben oui, ça fait moins!

 

5) L'histoire de splatch la cadre :

Hop, on change encore! Pour ceux qui ont vu Germinal, nos gueules noires n'ont pas l'air d'employés de bureaux, certes. Mais une employée de bureau (ou une cadre) qui tombe de plusieurs étages, elle ne ressemble plus à grande chose la pauvre, ni celui qui utilise son arme ou une corde sur son lieu de travail ou chez lui ; mais bien sûr ça n'est pas lié au poste occupé, ce sont des cas individuels, individualisons, individualisons, ils étaient fragiles et patati et patata. Manque de chance, les « suicidés » sont tendanciellement des personnes hyper impliquées qui justement ne parviennent plus à concilier des objectifs incompatibles avec leur idée du travail bien fait, à concilier des injonctions morales avec une pratique immorale ou amorale obligatoire pour obtenir des « résultats », à supporter des pratiques managériales abjectes visant à transformer l'humain en objet, à l'expulsion du sujet de l'entreprise ou la destruction même de l'entreprise.

De même les accidents cardiaques et vasculaires, les maladies ou les addictions ne peuvent être détachées d'un mode de travail pervers et autodestructeur où les conditions n'ont plus grand chose à voir avec l'image à la Bibi Fricotin renvoyée par le MEDEF. Chacun sait dans son coin le niveau de destruction atteint dans son entreprise et pourtant nombreux sont ceux qui refusent de penser qu'ailleurs d'autres subissent la même chose. Pour cela il faut penser système et non individus! Pire, nombreux sont ceux qui considèrent désormais comme normal la surveillance, la dénonciation, l'absence de pauses, les heures supplémentaires sans limites et non payées bien sûr etc

Notre société lave peut être plus blanc qu'au 19ème mais sa crasse passe dans nos têtes avant de détruire nos corps. L'apparence est différente, la nature redevient la même!

Dire que le travail intègre, épanoui et tutti c'est oublier une dimension essentielle du travail : il tue! Il peut construire l'individu, encore faut-il que les conditions ne réduisent pas à néant cette part positive!

 

6) Chauds, chauds, y sont chauds mes chômeurs!

Au jeu des chaises musicales, posons notre derrière sur la question des actifs. Ah oui ça fait mal aux fesses, c'est certain, parce que nous allons parler du chômage. Nos maîtres d'hôtel Woerthiens (beurk) évitent soigneusement de distinguer dans le rapport actifs/ inactifs un point majeur : les actifs sont un assemblage des personnes occupées + celles au chômage. Eh oui ça change tout! Comment avoir des recettes avec 4 millions de chômeurs!

Mais la meilleure c'est que les calculs de ceux qui prônent l'allongement sont faits en comptant ces 4 millions! Explication ? Cela signifie que ces rois de la calculette n'ont aucune envie de faire baisser le chômage, ils ont intégré ces chiffres définitivement et il n'est pas envisagé dans leur tête d'avoir un chômage plus bas! CQFD.

Pourtant sans remonter loin, le niveau de chômage a varié et la France était la locomotive économique de l'Europe à la fin des années 90, oui on en parlait dans ces termes là. La Sécurité Sociale était excédentaire à cette époque.

 

7) La horde sauvage :

Soudain, alors que nous étions sur notre chaise voici qu'apparaissent des vagues de seniors... la Horde Sauvage fait trembler la terre par son mot d'ordre unanime : « on veut travailler plus longtemps, on adore ça! » (Pour les amateurs : (http://www.dailymotion.com/video/xaeo4p_hell-passo-la-horde-sauvage_videogames) ).

Cette Horde est si imposante que je la compte : 1... 2... ah 3 là derrière un arbre!

Oui car soyons sérieux, personne ne peut être mis à la retraite d'office avant 70 ans or 1,9 % des gens concernés décident de cumuler retraites et emplois.

Conclusion : l'immense majorité n'a qu'une envie, partir le plus vite possible, et il suffit de travailler pour le savoir. Il faut vraiment être sans oreilles et avoir des origines de la planète Woerth (rebeurk) pour passer à côté de ce long cri social.

Si désormais nous voyons des travailleurs partir en retraite vers 61, 62 ans, c'est grâce à Balladur puis Fillon ; ils sont obligés de dépasser 60 ans pour avoir leurs trimestres. Mais les 2/3 ne sont plus en activités à partir de 55, 56, 57 ans. Pourquoi ? Ils sont licenciés, chômeurs, inaptes, en maladie, bref expulsé du monde du travail. Repousser l'âge de la retraite n'a aucune chance de changer la culture des entreprises et de pousser à l'embauche, car le prix du travail est comprimé ; or les seniors « coûtent » plus chers parce qu'ils ont une qualification et une expérience.

Entendre nos matadors de superette dire qu'ils vont mater l'économie pour permettre aux seniors de travailler, c'est à se tordre de rire. Les grandes entreprises demandent des autorisations à l'Inspection du Travail pour faire partir les seniors plus tôt afin de contourner un accord qu'ils ont signé en vue de les maintenir au travail... Escroquerie ? Oui bien sûr mais pas seulement.

Ainsi la durée moyenne de travail des français a baissé, elle est passé de 37,5 annuités à 36,5, bravo Fillon! Et on voudrait allonger la durée de cotisations ?

Avec tous les trous dans la carrière ce sera catastrophique, destructeur pour ceux qui sont rentrés tôt et infect pour ceux qui sont entrés tard (car le marché du travail leur était fermé) et qui sont éjecté tôt (puisqu'on en veut plus).

Allonger c'est obligatoirement faire baisser drastiquement et massivement le niveau des retraites, toucher à la santé et donc réduire l'espérance de vie.

Quand on pousse à la maladie et la mort des gens, cela s'appelle comment déjà ?

 

8) Les charges de la 7ème Compagnie :

Et les charges ? Et les charges allez vous dire ? A la charge dirait le Maréchal Ney! Parce que là on atteint un degré d'abjection assez raffiné! La retraite c'est un salaire. Même pas un salaire différé, non, non, c'est un salaire en temps réel et prélevé sur notre salaire pour donner aux retraités en temps réel.

Conclusion ? On nous baisse les salaires en attaquant les retraites. Or si on baisse les salaires, on casse l'économie, la Sécu, l'Assurance Maladie. Rappelons nous que cette partie de notre salaire a été bâti par le Conseil National de la Résistance et mis en place en 1945. Alors comment ne pas penser que tout système qui pousse à un développement de la retraite par capitalisation est une traîtrise faite aux résistants, à ceux qui se sont battus et sont parfois morts pour une autre idée collective dont cette organisation sociale, qui ont dépassé leurs différences politiques pour une souveraineté émancipatrice et fraternelle. C'est salir un peu plus à chaque fois le Plateau des Glières.

Sans compter que c'est une ânerie puisque cette épargne investie dans la bourse, évidemment, en connaîtra les conséquences malheureuses. On peut regarder aux USA où tant de retraités se sont retrouvés ruinés, mais plus proche de nous le Fonds de Réserve des Retraites mis en place par Jospin a vu une partie importante s'évaporer en fumée dans la chute de Lehman Brothers!

Résumons : les charges sociales ça n'existent pas, on parle de cotisations. Parler de charges c'est plus qu'un mensonge idéologique, c'est une attaque frontale contre nos salaires, contre l'idée de société, contre la République telle que l'ont défendu les armes à la main d'autres avant nous. Et ne nous y trompons pas, car celui qui a porté la politique la plus dure contre les salaires, par la déflation, entre les deux guerres, ce fut Pierre Laval alors Président du Conseil en 1935! La perception qu'il développa de la République, de la démocratie, ses liens intenses avec les milieux économiques et la Presse, ses appels continuels à la paix et une Europe Unie tandis que sa politique réelle intérieure et extérieure mina ce qu'il invoquait, trouvent un écho contemporain étrange.

 

9) Troutrou et la Goulue :

Autre phénomène étrange, le fameux trou. Une météorite peut être ? Voilà un trou diablement noir et point focal de tous les regards. Car la question qui est derrière finalement c'est celle du déficit. Des prophètes terrifiants nous abjurent de baisser la dépense publique ! Mais ça fait 14 ans qu'on baisse les dépenses publiques, ça n'a pas l'air d'être très efficace!

En vérité l'endettement des dettes publique et privé est consubstantiel du néolibéralisme. Ce dernier crée le déficit. Les décideurs mettent en place le dysfonctionnement en réduisant les recettes fiscales ce qui ne peut que produire un manque par rapport à l'investissement socialisé (santé, retraites etc). Le déficit est structurel comme disent les néolibéraux, absolument! Il est justement dû à leur politique!

La défiscalisation généralisée permet de dire ensuite : « chers concitoyens je suis à la tête d'un Etat en faillite » et de là les coupes généralisées et la progressive mise à niveau sur le standard mondial : bidonville global et ilots de richesses temporaires.

Et pire dans la situation présente... pour résoudre la crise, les « réformes » des gouvernements sont auto invalidantes car elles imposent une telle restriction budgétaire que le ralentissement économique ne peut que s'amplifier de telle sorte que l'ajustement budgétaire aura toujours un temps de retard sur l'effondrement des recettes fiscales. Ce qui se profile n'est pas noir mais apocalyptique car potentiellement plus grave que 1929.

C'est d'autant plus fou qu'en ce qui concerne les retraites, le déficit (pour les retraites) en année normale (2008) s'élevait à 5 Milliards, soit seulement 2,5% du total du budget des retraites!

 

 

II Quand la grosse caisse fait boom :

 

1) Sous le sabot d'un cheval ? Non dans les sacoches!

Bouclier fiscal, tranche d'impôts en moins (nous sommes passés de 13 à 4 entre 1993 et 2010), baisse de l'impôt sur les sociétés, fraudes fiscales (40 Milliard), niches fiscales (environ 70 Milliards en ce qui concerne les niches pour favorisées), exonérations de cotisations sociales (45 Milliards en 2009, c'est à dire deux fois le trou de la Sécu), heures supplémentaires non payées (la plupart), l'argent ne manque pas, il a juste été pris dans nos poches et donné à la rente qui n'investit pas! Car en plus ils n'investissent quasiment rien!

La France est riche. Ainsi Entre 1970 et aujourd'hui on a doublé le PIB. Et ce PIB, y compris avec un taux de croissance annuel de 1,7 passerait des 1650 Milliards actuels à 3300 Milliards dans 40 ans (cf rapport du COR), même si le montant des retraites double (150 à 300 Milliards) il resterait 3000 Milliards. De beaux restes!

D'ailleurs lorsqu'on parle du manque d'actifs pour payer les retraites, il est utile de rappeler que 2 actifs d'aujourd'hui produisent autant de richesses que 3 actifs d'il y a 10 ans. Ce n'est pas le nombre d'actifs ou d'inactifs qu'il faut considérer c'est la richesse qu'ils produisent et comment elle est répartie!

Pour répondre au problème, il faut s'attaquer au manque de recettes, s'attaquer au véritable pillage cité au dessus, réalisé le plus souvent légalement, élargir l'assiette des cotisations en impliquant une partie des revenus financiers (sans l'envisager comme pérenne dans une réorientation économique globale), augmenter les cotisations patronales car elles ne l'ont plus été depuis 1979, avoir une politique économique qui relance l'emploi (pour rappel, les comptes du régime des retraites étaient au vert sous Lionel Jospin), récupérer les 10 points de PIB passés du travail au capital, réindexer les retraites sur les salaires.

Il s'agit de faire monter la part des retraites à 17% du PIB, ce qui permettrait de maintenir un droit décent à la retraite à 60 ans et même 55 pour certains métiers pénibles. L'objectif du MEDEF, lui, est de fixer la part des retraites par répartition à 12 ou 13% du PIB, si possible moins.

Conclusion ? Le problème est bien celui de la répartition des richesses et d'un rapport de force avec un groupe social dominant.

 

2) La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf :

Pour autant la croissance est-elle LA solution. Lorsqu'on se réduit à parler macro économie, quantité, gains de productivité, on en oublie l'essentiel. Comme dit Edgar Morin : à privilégier l'urgent plutôt que l'essentiel on en arrive à oublier l'urgence de l'essentiel!

Refuser des projections comptables imbéciles à 30 ou 40 ans est assez raisonnable déjà.

Penser à évaluer les besoins sociaux, écologiques, les réorientations vitales et de là les estimations de volume de travail, ceci avec des objectifs de répartition sociale des richesses économiques sur 10 ou 20 ans, c'est une autre manière d'aborder le problème des retraites, peut être plus raisonnée, constructive, durable.

Une République sociale doit avoir pour visée une redistribution qui ne soit pas utilisée pour investir dans ce qui détruit notre écosystème, donc nous aussi par la même occasion. En clair, redistribuer est réellement sain si l'argent n'est pas utilisé pour une consommation stérile et destructrice sur le plan social, international et environnemental.

Ainsi, lorsqu'on aborde la question de l'alimentation, penser en quantité ne suffit pas, il s'agit de penser, organoleptique, sanitaire, culturel, cohésion sociale et territoriale, pérennité écologique, relations internationales ; c'est une vue globale et locale en même temps.

  D'ailleurs on ne saurait aller bien loin sans réfléchir aussi à ce qui produisit la sortie du modèle d'après guerre, keynésien, celui qui vit les gains de productivité décroître dès le milieu des années 60. Le développement du modèle ultra régressif et autodestructeur actuel n'est pas arrivé par hasard.

 

 

III Raison et déraison :

 

1) Isolation et réchauffement social :

La question qui vient après un tel tour d'horizon c'est pourquoi avoir une telle volonté de régression.

Il n'est pas question d'aller sonder les profondeurs mystérieuses des nos décideurs. Bien évidemment ils sont mus par des logiques tout à fait personnelles. Mais se réduire à individualiser, à sonder leur psychologie individuelle, c'est renoncer à comprendre et c'est appliquer leur grille d'analyse politique.

Qu'il y ait une pensée nommée par défaut néolibérale, c'est un fait. On peut contester le terme et parler d'antilibéralisme absolu (réductions des libertés politiques individuelles et collectives, réductions de libertés économiques par la concentration des pouvoirs et richesses) ça ne suffira pas.

Par ailleurs, on trouve des penseurs et des relais, donc pas question de parler de complot mais bien d'une convergence d'intérêts, de cooptation.

Bien sûr des actions menées collectivement et conscientes existent. Le coup d'Etat de Pinochet est un complot et ces cas ne sont pas des exceptions. Il faudrait être d'un extrême naïveté pour imaginer ça une seconde, comme de croire que des manoeuvres de ce type ne se manifestent que dans la rapidité et la violence armée. Cependant, il me semble aussi très réducteur de ne penser que sous cette forme.

En clair, une idéologie se diffuse, un personnel de décideurs s'installent progressivement et fait monter derrière lui les bataillons qui répondent le mieux à ses mots d'ordres. Très classique donc, c'est un système qui se met en place. Ainsi assiste-t'on progressivement à la constitution d'une élite radicalisée, dont quelques individus se désolidarisent d'autant plus que la radicalisation s'accélère. C'est ce phénomène qu'à par exemple illustré et expliqué Jean François Kahn.

Et si certains s'éloignent, d'autres font tout pour intégrer cette sphère en développant un capital global (financier, culturel, patrimonial, éducatif, social, économique) sur la durée. Sarkozy n'est qu'un de ceux là, cherchant à intégrer un milieu clos, celui de la Haute Bourgeoisie et aristocratie, un groupe hyper politisé et ayant conscience de ses intérêts, du combat collectif à mener. C'est une pensée mais pas seulement. C'est un réseau que nous affrontons, pas une collection d'individus. Ne pas voir cela c'est se lier les mains.

Que ce groupe soit soutenu par une classe supérieure (mais au dessous tout de même) et puisse penser vivre et faire tourner la machine en vase clos, c'est ce que soutient Emmanuel Todd et c'est assez probable, mais de toute façon cette base inférieure est rongée par le bas car la crise remonte par capilarité vers le haut, via les nouvelles générations. L'isolement progressif et la radicalisation vont de pair et s'alimentent mutuellement.

 

2) Boulevard des extrémistes :

De ce réseau sort parfois des textes, des propos qui en disent plus long que n'importe quelle analyse.

Ainsi de Denis Kessler qui le 4 octobre 2007 déclarait dans le journal Challenges : « la liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952 sans exceptions. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du CNR ».

Les comités d'entreprises, la Sécurité Sociale, la généralisation du système des retraites,  Le vote des femmes (même si ce dernier n'était pas explicitement inscrit), parmi d'autres sont les piliers du fameux programme à anéantir. Mais ne nous trompons pas, cela va au delà ; attaquer la retraite c'est attaquer une logique historique vieille de 160 ans : baisser le temps travaillé au cours de sa vie. Il ne s'agit donc pas seulement du CNR, mais de la totalité des avancées sociales depuis 1830 et même 1789.

Parler d'ultras pour définir les gens qui se dressent en face de nous n'est cependant pas encore suffisant. Oui, le terme historique d'ultras convient bien à une partie de leur visée politique, par la retour en arrière historique global. Les notions attaquées de front sont les mêmes qui constituent le pacte républicain : la liberté, l'égalité, la fraternité, l'unicité et la laïcité. Ce terme d'ultras convient aussi car cela montre le caractère extrémiste de leur projet politique. Caractère d'autant plus extrêmiste que se greffe à cela une vision du monde où la mécanique raciste est en pleine maturation ; non pas le racisme traditionnel fondée sur la peau, la religion ou le pays d'origine, mais basé sur la génétique, sur les neurosciences, où le pauvre l'est parce que c'est dans ses gènes, où les comportements des individus ne proviennent plus que d'une mécanique organique, individuelle, impitoyable, à laquelle ils ne peuvent rien, à laquelle l'éducation ne sert donc à rien.

 

3) Grand Denis et petit Jérôme :

Cependant c'est encore insuffisant car à cela se greffe autre chose, que la réforme des retraites illustre à merveille. Attaquer les retraites et de là la Sécurité Sociale c'est faire passer dans le privé un gâteau gigantesque ; or derrière vous trouvez les assurances. Le hasard faisant bonne fortune, le même Denis Kessler se trouve être le patron de la SCOR, cinquième réassureur mondiale, parmi bien d'autres casquettes.

Il n'est qu'un exemple, mais très symbolique de ce qui constitue une réalité mondiale : la financiarisation, la dérégulation et la dérèglementation, l'endettement généralisé, la baisse des salaires au profit de la rente engagée dans la finance. Piller notre argent placé jusque là dans un pot commun s'est accaparer enfin un cash qui échappait.

Mais un tel pillage n'est possible que si on organise des règles du jeu le permettant et c'est là qu'arrive un point essentiel à comprendre, qui ne réduit pas la situation actuelle à un immense retour en arrière, mais qui exprime une certaine singularité.

Légaliser l'illégal n'est pas seulement utile, c'est vital. Comme l'explique bien Jean de Maillard ou Eva Joly (tous deux juristes), l'économie et même la société globalisée dans sa forme actuelle se caractérise par une fraude structurelle, c'est à dire que la fraude est désormais au coeur du système économique et dans tous les domaines (sport, science etc), sans elle rien n'est plus possible. Le fort développement du travail informel en est un des aspect. Les crises à répétition illustrent aussi parfaitement ce caractère systémique et planétaire, (depuis le début des années 80 avec les mutuelles américaines en passant par Enron jusqu'aux subprimes). De même, le procès Kerviel a été placé dès le départ sous le sceau de cette question : est ce la fraude d'un homme ou d'un système ?

La fraude structurelle est d'ailleurs parfaitement visible à tous les étages de notre société et dans tous les domaines, nous la vivons les uns les autres, la subissons. Et la baisse drastique des fonctionnaires, leur discrédit voulu permet de créer les conditions d'une corruption croissante.

 

4) Cadavres exquis :

Hélas cela ne se limite pas à la fraude car par voie de conséquence c'est la désorganisation, et le crime qui deviennent la règle. Créer ou fermer les yeux sur une spéculation concernant les matières premières, notamment l'alimentation, c'est s'associer à un crime, puisque morts il y a. Effectuer des coupes sociales drastiques comme le FMI l'a déjà fait (malgré ses dénégations), c'est créer les conditions de la violence intra étatique, avec là aussi des morts à la clef comme en Argentine au début des années 2000. Obliger à faire disparaître toute protection douanière c'est détruire l'agriculture vivrière, pousser à l'exode rural, l'émigration dans le Nord dans les pires conditions et pousser à la violence intra étatique, c'est à dire des morts là encore.

 

5) Le paravent modéré :

Derrière la régression des retraites, nous nous battons contre autre chose, c'est un projet honteux qui pousse tout un chacun à ce qu'il a de pire, un projet de non société qui se caractérise fondamentalement par : la fraude, le crime, la haine, la prédation sans bornes, la mort.

Un projet extrémiste porté par des acteurs qui s'autodéfinissent comme modérés et raisonnables, ce qu'il ne sont nullement.

Il est d'ailleurs intéressant de noter que monsieur Kessler prend comme butée 1952, au delà tout serait mieux. Il faut savoir que 1952, en histoire politique, correspond au retour à la direction des affaires de la droite discréditée par la collaboration. Pinay avait voté les pleins pouvoirs à Pétain en juillet 1940, il était décoré de la Francisque et avait été nommé Conseiller National ce qui lui valut à la Libération d'être (une courte période) frappé d'inéligibilité. Sa nomination à la Présidence du Conseil en 1952 est un symbole.

Kessler est-il inculte sur cette question ? C'est peu probable.

Comparer les années 30 avec la période actuelle permet de dégager des divergences et des convergences. Cette question n'étant pas le sujet de ce texte je me bornerai à un exemple :

Le Reich était dans une logique de revanche par la guerre, tandis que la Chine semble, à ce stade, strictement dans une logique de revanche par rapport au siècle de l'humiliation (1850-1949). Cependant dans les deux périodes la fascination pour un modèle autoritaire irrigue une partie des élites française et étrangères ; le basculement pour nombre de décideurs d'un modèle anglosaxon inégalitaire à un modèle continental plus radical et prompt à soutenir leurs avantages est un fait des deux époques.

 

6) Le cavalier sans tête :

Plus globalement se dégage un modèle à visée globale (domination planétaire), tendant à détruire l'individu, la société et la planète, transformant les classes en masses informes, le vivant en objet, et qui dans certains lieux fait déjà des forces de répression, des outils de contrôles communiquants et de l'auto contrôle les piliers du régime. Les ressemblance avec le modèle d'Hannah Arendt (le système totalitaire) est effrayant mais bien réel. La grande différence avec le stalinisme, le nazisme, le fascisme et d'autres dérivés tient dans l'absence de centralité du pouvoir, c'est ce qui différencie le capitalisme dans sa forme actuelle des autres modes d'anéantissement humain, il ne tue pas de ses propres mains (tuer lui est souvent indifférent - pas toujours-), il vend l'arme à celui qui tue pendant qu'il regarde ailleurs. Existe-t'il un capitalisme moins criminel ? On peut répondre oui si l'on parle de capitalisme entrepreneurial, mais est-ce si sûr ? Ce qui différencie le capitalisme corseté, planifié de Mendès ou de De Gaulle c'est que le capital est mis à distance, il ne commande pas tout, contrairement à la période présente ; on le limite dans ses pulsions de mort absolues. C'est déjà beaucoup vu ce qu'il est, même si cela reste insuffisant pour être durable ; la survie du vivant ne peut tenir qu'à la sortie du modèle capitaliste quelle qu'en soit ses formes.

 

7) La force du symbolique :

Mais alors pas de responsables, que des bourreaux victimes ? En un sens oui. Et pourtant il est important de voir que certains ont plus de responsabilités que d'autres parce qu'ils ont bâti les conditions de la catastrophe vers laquelle nous plongeons. Leur niveau de prise, leur statut social les rend plus responsables et de fait plus coupables.

Par ailleurs il est essentiel pour un collectif de punir des symboles même si ce sont des femmes et des hommes. C'est le choix qui fut fait avec Pucheu, Laval, Brazillac et Pétain (le dernier échappant à la mort), mais aussi par une épuration sans doute trop superficielle puisqu'elle a laissé des ressorts puissants en place qui n'ont pas manqué de pérenniser leur vision du monde et reconquérir ce qu'on leur avait arraché. Je ne prône pas la mort, mais la Loi devrait organiser des commissions, punir si nécessaire ceux qui peuvent être soumis à notre législation et détruire les moyens de ceux qui ont eu la volonté et la capacité de soutenir de manière déterminante un modèle aussi abjecte. Rêve.

Finalement, face à nos valeureux guerriers du déficit qui en sont à utiliser la symbolique des enfants, risquons nous à leur dire que la réponse de ces mêmes enfants à leur égard pourraient bien être : areuh... traït'!!!

 

 

Un peu de mou pour le chat... conclusion définitive ?

 

Défendre la retraite c'est défendre un tout ; l'âge légal de la retraite, la durée de cotisation, la base de la retraite, le niveau des retraites. Lâcher sur un c'est attaquer l'ensemble.

Ce gouvernement attaque publiquement les trois premiers points. Mais il serait angelot de refuser de lire, d'entendre ce qui se profile ailleurs. La CFDT vient d'avoir son congrès, résultat? La Centrale est favorable à la hausse de la durée de cotisation et Les Echos évoque logiquement la satisfaction d'Eric Woerth. Est-ce un cas isolé ? Evidemment non. Récemment déjà Jean Marc Ayrault s'était distingué à France Inter lors de l'émission politique du mercredi ; là encore pas touche au 60 ans mais la durée de cotisation était « négociable ». Son avis est partagé par bien d'autres au PS. Et l'exemple le plus parlant est celui de Martine Aubry ; sa sortie à RTL avait déjà fait grincer bien des dents : « moi je pense qu'on doit aller très certainement vers, (reprise) on va aller très certainement vers 61ans ou 62 ans, je n'imagine pas qu'on aille plus loin ». Cette première tirade a trouvé son écho dimanche 13 juin à l'émission C Politique de France 5. Elle y associe dans la même argumentation l'idée que repousser l'âge légal est une ligne rouge (qu'en cas de victoire elle reviendrait même sur une telle disposition) avec celle très très sérieuse que,« bien sûr », en raison de l'augmentation de l'espérance de vie, « les français devront travailler plus longtemps ».

Ces sorties faites de langage à tiroirs, d'ambiguité continue sont autodestructrices ; on les retrouve dans un autre moment savoureux de l'échange sur RTL le 17 janvier 2010 :

Martine Aubry : - « Nous avions crée un fonds de réserve avec Lionel Jospin qui devait atteindre 150 Milliards en 2040 »

Journaliste : - « qui a été placé en partie en Bourse »

M.A. : - « oui bah tant mieux si ça rapporte de l'argent sauf que... oui là c'est un peu délicat mais ça on ne peut pas le reprocher ». (hé oui vu l'écroulement de la Bourse, elle est face au résultat d'une politique d'accomodation qui est une folie face aux mécaniques du capital, mais pas question de remise en cause).

Affligeants exercices de communication en direction simultanée des « Prêteurs » et de la population (mais aussi des ailes droite et gauche du PS)... Espérer agir sur les croyances collectives de la finance et celles des populations en même temps... Idiot et forcément raté. Frédéric Lordon parle à juste titre de dissonance cognitive constitutive. Le problème est que cette dissonance est devenue si forte et visible que seuls ceux qui la bâtissent continuent à y croire, les citoyens, eux, se replient vers les rares choses sur lesquels ils ont encore une petite influence dans leur quotidien. Et voilà comment prospère une démocratie censitaire de fait par l'abstention des classes populaires, avant la dernière étape, une sortie effective de la démocratie.

Derrière ces discours il y a une approche précise concernant les retraites : scinder la question en deux ; ne pas lâcher sur l'âge légal pour lâcher sur la durée de cotisation, ce qui évidemment provoquera le même résultat : obliger la population à repousser l'âge de sa retraite et en prime avoir une baisse très forte de son niveau de retraite, de là vivre plus mal, moins vieux, amplifier les tensions sociales et politiques, freiner toute réorientation écologique, génial calcul.

C'est une politique de la corde raide, une politique qui risque fort de donner des fruits étranges...

...

… Tiens, en voici toujours un qu'on peut manger : la pétition en vue d'obtenir un référendum sur la question des retraites http://blog.exigences-citoyennes-retraites.net/?p=1&cpage=2

Par stéphane.grim - Publié dans : politique
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Dimanche 2 mai 2010 7 02 /05 /Mai /2010 15:20

Réaction à un texte de Jacque Sapir dans Marianne2 : "Crise de la zone euro : après le Grèce, à qui le tour ?" le 29 avril 2009.

 

(Préalable : je soutien activement l'idée d'un rassemblement de gauche, mais compte tenu de la gravité de la situation nationale, internationale, environnementale et de la vitesse de la décomposition, il me parait "vital" d'envisager une autre possibilité, que l'histoire a déjà permis, qui a l'avantage immense, je crois, de rester dans l'idée de "progrès humain" cher à J. Généreux et est dès maintenant largement majoritaire dans le peuple souverain, ceci sans renier des divergences fortes et donc des combats politiques futurs à nouveau rétablis dans un cadre républicain. Cette perception du degré de gravité explique cette propositon).

 

... et cette nouvelle alliance doit aller (par étapes sans doute) de la gauche radicale aux néo-gaullistes, via une grande partie du pôle écologiste, ainsi que ceux qui dans le camp conservateur et démocrate chrétien, par une critique de la technique et du matérialisme absolus, peuvent nous rejoindre, enfin quelques éléments libéraux sincèrement conscients de l'antilibéralisme intégral de la marche du Monde.

Cet ensemble peut trouver, malgré des divergences puissantes, une plateforme commune. Ce néo CNR complété d'un courant écologiste inexistant à l'époque avait été évoqué par Jean François Kahn en début 2007 ; j'avais moi même envoyé ici en commentaire un texte dans le même sens quelques jours auparavant ; ce n'est évidemment pas un hasard mais une convergence logique de réflexions, présente chez bien d'autres sans aucun doute.

L'intérêt de ce que vous écrivez, monsieur Sapir, (et qui reprend votre texte de fin 2009) c'est que vous le liez à la notion de souveraineté. En ce sens vous partagez la logique défendue par Via Campesina notamment. Effectivement la démocratie est indissociable de la souveraineté.

Inévitablement la question est "qui est en face ?" ; j'ai eu l'occasion de le définir dans un précédent texte. On peut le résumer, je pense, à un ensemble du "no limit". A ce stade je crois qu'il faut distinguer la plus grande partie de l'encadrement supérieur des partis concernés de ses sympatisants, militants, petits cadres ou simples votants qui sont en capacité de se démobiliser voire même de se désolidariser dans un contexte de crise majeure si une opposition crédible se présente.

Le FN (même si les discours de Marine Lepen, comme ceux de la Ligue du Nord mêlent conflit ethnique et conflit social ce qui rend leurs discours d'une grande dangerosité), l'UMP et ses satellites font partie de ce camp de la pulsion de mort. Si ce dernier a fait sa mue et aboutit à la création de Debout la République ce qui est très éclairant pour qui veut bien ouvrir les yeux, si cette mue reste fragile compte tenu de cette opposition croissante avec des élites en dérive, le vrai champ de bataille reste... le PS. La nécrose progressive (sortie respectivement des républicains, des écologistes, d'une partie de la gauche du parti, puis d'éléments de droite) est temporairement freinée, le parti mis sous cloche ; le marais tient actuellement le parti ce qui empêche tout véritable choix et participera donc d'autant plus à la décomposition terminale. Le PS, devenu majoritairement parti d'élus et de classes moyennes supérieures est tétanisé et tente un approximatif retour vers la gauche mais face à des temps de tempêtes et des choix fondamentaux il est peu probable qu'il soit en capacité de passer à l'acte malgré une tentative sincère venant de la gauche et qui a son utilité ; une prise de décision ne se trouve pas dans un esprit indécis enfermé dans ses mécanismes passés.

 

 

j'allais oublier de bien préciser que cette alliance fut avancée de manière proche par monsieur Sapir dans un texte de fin 2009 "je suis démocrate, donc souverainiste" du 12 octobre 2009.

Ses propos étaient les suivants :

"Tout rassemblement de citoyens et d’intellectuels doit déboucher sur un rassemblement politique ou se condamne à l’impuissance. Celui que j’appelle de mes vœux ira de l’extrême gauche jusqu’aux néo-gaullistes qui partagent nombre de ces idées. Elle exclura cependant une fraction du PS qui me semble engagée dans la dérive des « néo-socialistes » de Marcel Déat dont l’article « Mourir pour Dantzig ? » trouve un étrange écho dans certaines affirmations néo-libérales et prises de positions pour le libre-échange. Il s’exprime une véritable haine de la Nation et de la Démocratie dans ce courant et dans ces pratiques quotidiennes".

Un diagnostic qui semble se confirmer dans le dernier ouvrage de Patrick Arthus : le mur est devant... mais on ne peut rien faire sauf parier sur les institutions internationales ou européennes. Cette posture reprend les mêmes errances que celle de la SFIO jusqu'à 1940, avec les mêmes mécaniques intellectuelles même si le contexte international est différent (invocation européenne pacificatrice, tropisme de certains pour un modèle continental opprimant, radicalisation des élites et rejet de la démocratie). Un doute ? allez écouter Dominique Reynier dans l'émission "Du grain à moudre" sur France Culture le 13 avril (fin d'émission). Les populations ne vont pas accepter éternellement des potions désagrables comme le dit notre aimable expert, mais il est désolé il n'y a pas d'autre solution... ce qui signifie tacitement mais clairement pour qui veut entendre : "ça me répugne mais la sortie de la démocratie et la soumission par la violence seront inévitables". Ne vous y trompez pas et écoutez les, lisez les, nombreux sont ceux qui ont déjà accepté par avance une telle échéance. Copié collé argentin et grec.

Il ne s'agit pas de condamner le PS comme un tout, des gens solides s'y trouvent et le marais se divisera par la force de l'histoire, mais effectivement il faut exclure de cette nouvelle alliance une partie importante du PS.

Proposer une telle voie pour un militant c'est évidemment donner le baton pour se faire battre lorsque tout est mis en place pour ressouder ce qui ne peut l'être (quand bien même cette soudure artificielle apportait la victoire électorale, gagner pour gagner équivaudra à ouvrir grande les portes du chaos). Et pourtant il faut bien rappeller à tous que si l'unité a été nourricière pour le socialisme, ce dernier fut victime de sa religion de l'unité dans les années 30, ce propos n'est pas originellement de moi mais de Blum dans son livre essentiel "A l'échelle humaine". L'unité est un Janus, nous en sommes à la face sombre et d'une manière ou d'une autre il faudra bien se scinder ou pousser vers la sortie si une improbable rénovation faisait jour.

 

Comment expliquer que des hommes qui se disent de gauche en arrivent là ?
Peur traumatique, internationalisme dévoyé, soumission au racket, adhésion de classe sont les piliers de cette dérive.

Comme l'Allemagne dont l'inconscient collectif reste marquée au fer rouge par la dévaluation et la crise sociale et politique liée, des hommes comme Delors ou Rocard, nés avant guerre, sont enfermés dans une peur traumatique. Leurs prises de position publiques soulignent constamment ce point de fixation et expliquent ce que représente pour eux le projet européen. Ils s'inscrivent dans le droit fil de Jean Monnet. La haine de la Nation, synonyme de protectionnisme et de guerre bloque toute capacité de compréhension et explique que face à leurs angoisses ils sont prêt à tout sacrifier. Pour eux l'imbrication

économique est le clef de voute de la paix, erreur de raisonnement fatale, c'est exactement l'inverse.

  

Une logique internationaliste pervertie peut aussi conduire à avancer l'argument suivant : "comment vous ne voulez pas que d'autres se développent, fusse au prix d'une réduction de votre niveau de vie ?" Ce type d'argumentaire constitue la colonne vertébrale d'un Pascal Lamy, mêlant un appel à la morale et aux idéaux de partage avec une action politique totalement abjecte et générant les pires réactions, donc totalement stupide et surtout révélatrice d'une soumission à une réalité terrible : le moteur économique mondial a besoin de la fraude, du crime, de la négation des peuples pour fonctionner encore un peu. Il ne serait guère surprenant dans ce dernier cas que son nom reste associé à une perception internationale de crime contre l'humanité par le biais économique, générant les pires démons dans les pays industrialisés (en particulier en Europe) et accentuant encore la haine de l'Occident comme le souligne J. Ziegler.

Ceci est d'autant plus dramatique qu'une voie vers une société plus sobre semble effectivement essentielle.. mais certainement pas par un tel chemin de mort.

D'autres s'inscrivent dans une logique très classique : se soumettre au racket. Parler de régulation, de protectionnisme, de conflit avec les institutions internationnales, de bras de fer avec certains pays, de combattre des groupes économiques et un groupe social c'est sonner le tocsin contre notre pays, c'est donner sa tête à la hache du bourreau, c'est voir le Marché sanctionner immédiatemment et férocement toute vélléité de résistance et de changement.
Le bloc des gauches, le cartel des gauches ou le front populaire se sont heurtés au même mur : le mur de l'argent (haa ce vieux vocabulaire archaïque quand le modernisme le plus  mésozoïque nous bassine au quotidien!). La pression est agravée par la combinaison entre l'internationalisation radicale du capital et l'imbrication d'une partie de la population dans certains pays dans le boursicottage.
Voilà pourquoi mieux vaut parler au PS, avec mille précautions et le dos au mur, d'écluses plutôt que de protectionnisme, et invoquer des accords européens ou internationaux improbables et d'ailleurs non définis plutôt que d'écrire par quel moyen négocier et quoi négocier. Un parti de gouvernement, des politiques qui se pensent en légitimité de pouvoir et bientôt en poste excluent avec la plus grande vigueur de provoquer une réaction du capital.
C'est exactement la mécanique du racket que connaissent certains élèves.

Enfin, l'éducation et la place sociale de ces hommes qui se revendiquent de gauche les séparent de la plus grande partie de la population. Le basculement des classes moyennes puis par un effet de contagion qui remonte progressivement vers les classes moyennes supérieures au travers des plus jeunes, isolent de plus en plus ce groupe. La révolution de 89, celle de 1848 ou les années trente, pour ne prendre que ces exemples là, ont connu le même phénomène, cela signifie la proximité d'un basculement majeur. La surdité du groupe installé est un classique historique une fois de plus vérifié. Les contextes changent, les mécaniques humaines de fond se répètent.
La forte représentation (variable bien sûr selon les lieux) d'élèves de l'ENA, de catégories supérieures dans le PS, de catégories A pousse à l'isolement. Des mules savantes bloquées mentalement dans un modèle ont la plus grande difficulté à imaginer autre chose. La forte présence d'élus n'est pas plus une aide en ce sens où les cadres dominants du PS, élus, même en contact avec la population, ne vivent ni comme eux, ni parmis eux, ces échanges sont écourtés dans le temps et cadrés par un échange conflictuel de rue connu ou dans une soumission qui édulcore les propos et le ressenti. Rajouté à cela, dans la fraude désormais systémique, ce que William Black appelle la fraude de contrôle, c'est à dire que la place sociale implique un niveau de fraude tendantiellement accru, le cocktail est égal au curare.
La radicalisation des élites touche donc de plein fouet ce parti.
On peut rajouter que l'entremêlement croissant des économies accroît le tropisme de certains hommes dits de gauche pour des compromis voire une fascination envers un modèle continental. Ce phénomène a marqué les années trente, le modèle fut l'Allemagne. Désormais après les modèles rhénan social démocrate déjà éloigné de nous, puis nippon, enfin anglo saxon, le modèle est désormais chinois pour nombre de décideurs. Dans un tel contexte beaucoup de nos hommes de gauche espèrent garder une marge de manoeuvre collective (et son confort personnel) dans ce nouvau Monde, comme Pierre Laval dans la nouvelle Europe ; cette mécanique est aisée à décrypter dans les écrits, propos et décisions ; sauver l'essentiel et se maintenir ou se hisser au milieu de cette mutation, voilà la démarche de nos maquignons.

Enfermés dans leurs peurs, leur soumission au racket globalitaire, leur groupe social et leur calculs médiocres, le résultat est devant nos yeux.

Tous perdus ? Certes non car beaucoup pensent bien faire. Mais il faudra bien, le plus tôt possible vu la gravité de la situation, pousser ces gens dans leurs retranchements.
On pourrait dire que ne pas heurter le capital, le marché, essayer de trouver sa place dans ce nouveau Monde si infect soit-il c'est protéger. C'est vraiment s'asseoir sur l'histoire et ne pas voir la logique mortifère de la marche du Monde. Rien ne sera protégé, de recul en recul nous irons, désormais assez rapidement, aux désordres nationaux, internationaux et environnementaux. Résister, accepter une crise forte c'est se garder la seule porte de sortie encore envisageable.
On peut prendre pour exemple un mixte entre menacer explicitement et préparer en secret certains changements radicaux à l'exemple de la Bolivie qui a bénéficié d'un travail de préparation souterrain avec des aides juridiques norvégiennes.
Si on a tant fait de mousse sur le contournement de la France après le vote non au référendum de 2005, ce n'est pas parceque la France était désormais mis à la marge mais au contraire parcequ'elle était au centre de toutes les réflexions. Même par rejet, c'est elle qui avait la main si des politiques clairvoyants et courageux avaient été aux commandes. La force des uns ne vient que de la faiblesse des autres.
Refuser le racket et exploser le consensus est encore possible tant que nous occupons cette place au sein du commerce.

Dernier point et non des moindres, s'attaquer au mur de l'argent lorsqu'il s'est à ce point radicalisé c'est accepter des actions globales. Nous avons affaire à un groupe qui a consience de soi, d'être une classe et hyper politisé. En clair, s'attaquer à l'un c'est s'attaquer à un réseau. Il ne faut pas sous estimer la puissance et la cohésion d'un tel groupe. Il faut cibler le groupe d'un coup, lui retirer ce qui fait sa force c'est à dire son réseau, ses relais, sa capacité à rebondir, son capital global et finalement sa capacité à être un modèle comme l'explique Hervé Kempf.

 

Petit rajout : l'alliance ici proposée n'est valable que dans le contexte actuel ; si l'évolution continue et que l'issue en soit, ce qui est le plus probable, la sortie de la démocratie ou un nationalisme agressif ET libéral-extrêmiste, et probablement la combinaison des deux... alors les cartes seront rebattues. Ce qui se joue actuellement dans les profondeurs de notre société c'est un combat entre ce nationalisme spécifique décrit au dessus et un patriotisme internationaliste et social. Les soit disants libéraux n'accepteront pas éternellement une démocratie censitaire de fait (par les abstentions) bien arrangeante mais risquée comme le montre 2002 et 2005 ; ils n'auront d'autre choix que la violence et la sortie effective de la démocratie pour se maintenir au pouvoir, y compris par fusion ou alliance objective avec le nationalisme déjà cité.

L'alliance proposée en haut est en capacité de couper l'herbe sous le pied d'une telle évolution, elle est encore possible et productive mais c'est une course de vitesse.

Par stéphane.grim - Publié dans : politique
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Dimanche 2 mai 2010 7 02 /05 /Mai /2010 14:50

Réaction à une vidéo sur le blog de Jean Luc Mélenchon : "Débat avec Daniel Cohn-Bendit sur France Inter" le 3 décembre 2009.

 

Nom de nom… j’ai hésité à le mettre ce post. 1 je suis au PS à sa gauche. 2 j’ai voté vert 20 ans ce n’est pas rien. 3 je me considère comme républicain ce qui est tranchant sur bien des questions 4 je défends une approche plus spiritualiste comme pouvaient l’avoir Jaurès et Blum dans « A l’échelle humaine ». Ceci pour expliquer d’où je parle.

J’ai été surpris de cette proposition. Pourquoi ? Parcequ’encore très récemment chez Ruquier tu as qualifié Cohn Bendit de libéral de droite, vision que je partage assez puisque, par exemple, ce sacré maquignon dit oui on peut allier capitalisme et écologie chez Chabot, et non avec toi sur ce plateau. J’ai aussi été inquiet à la première écoute (l’image donne une autre vision que la radio) pour toi et le Front de Gauche : question instinctive, est ce que ça a été débattu avant (je me suis dis que oui mais ça reste une interrogation dans un coin de la tête car je n’ai rien lu ou vu qui corrobore ça), et puis, sans doute que c’est de la tendresse pour la personne et ton travail, j’avais peur que tu donnes une image de quemandeur (comme ça a été dit plus haut). Enfin ça m’a beaucoup questionné sur le : pourquoi pas juste un peu plus tard dans la campagne, pourquoi avec lui et non Duflot, pourquoi dire « Les Verts » alors que tu sais très bien ce que ça signifie… la confiance dans le bonhomme fait que je me suis dit, bon ça donne une image un peu étrange sur la manière (avec les « t’es le meilleur » et autres) mais Meluche n’est pas un coincoin du dimanche, donc tout ça a forcément du sens.
Voilà pour la première impression côté mitigé ou négatif modéré on va dire.

 

Côté positif, j’ai en même temps été très content, je trouve ça tactiquement très fin envers les autres partis et constructif sur ce que cela peut donner en termes de propositions ; mais surtout je suis partagé entre un grand plaisir de voir se profiler un possible retournement de table et une fidélité. D’autant plus que je suis dans une région où le PS a voté fortement non en 2005, où les communistes posent un foutu problème avec le nucléaire.

Tout cela emballé je voudrais te dire que je salue ton action politique, ce que dégage le bonhomme et j’adhère à la plupart des positionnements, d’ailleurs ce n’est pas la première fois que j’écris ici, mais, mais, bémol.

Le problème du MODEM c’est le dirigeant avec sa stratégie présidentielle, le programme économique qui est une horreur et la non consistance idéologique sur le terrain entre les uns et les autres. Mais si tu prends la question des liens entre milieux économiques et médiatiques, du rapport à la question technicienne (Ellul), au matérialisme, il est où Bayrou à ton avis ? Si tu prends la question des comportements de type quasiment mafieux de grandes entreprises, elle est où Lepage ?
D’ailleurs c’est la même question pour Dupont Aignant et Debout la République, là ce n’est pas le bonhomme qui pose problème c’est la question économique encore mais sous un autre angle, exemple il considère toujours la réduction du temps de travail comme une ânerie, mais sur l’OTAN ou le problème que pose l’UE, le salaire maximum, il est où ?

Pourquoi ces conneries tu vas dire, mais il y a une raison et j’y viens au bout de ce paragraphe… Oui il faut de la clarté mais pour ça il faudrait qu’on suive ce que disait Blum… « sortir de la religion de l’unité » au PS, car c’est elle qui nous détruit et pas que les socialistes justement. Et il faudrait accepter de voir qu’une forte proportion des socialistes sont sur la totalité des questions clefs, et non sur une partie (importante) comme les deux cas précédents, des adversaires tout simplement. Je suis d’accord avec ton propos, il ne faut pas dire que c’est juste bon aux chiens ce que les socialistes ont fait, beaucoup sont sincères et surtout une partie (petite) remet vraiment en cause l’ordre des choses, comme Filoche ou Lienneman. Mais tu sais aussi bien que moi que les positionnements cafouillis du PS ont plus de conséquences car c’est un parti plus ancré et poids lourd. La vraie guerre de tranchée elle se finira là, par érosion successives (comme depuis 91) jusqu’à n’être qu’un parti radical spectrale, un MRP des années 50 par autodissolution et glissement ou… dans une explosion…. improbable.
Ce qui les diffère de la marche sarkozienne c’est un triple rejet, celui d’un goût obscène car trop affiché de l’argent et du pouvoir, celui d’un pouvoir trop concentré et celui d’un recours à des pratiques trop ostensiblement manipulatoires à leurs goûts. Une aristocratie de hautes écoles face à une meute de doc holliday. Mis à part ces trois aspects, le cap est le même notamment sur le plan économique, c’est « no limit » et vive les pulsions de mort ! Seule la vitesse change. Et ça n’est pas la « fameuse » question de la diversité qui les séparerait, afficher de la diversité ne remet nullement en cause l’inégalité centrale, celle entre pauvres et riches.
Tu ne le penses peut être pas ou tu ne le dis peut être pas par stratégie (ce que je peux comprendre) mais bon c’est la réalité de terrain à mes yeux.

En vérité la recomposition politique est en cours et tu poses un sacré dilemne à un militant du PS qui voudrait voir ce qui nous reste de combatif aller vers un front, de gauche, écolo, républicain et ouvert au spirituel (je n’ai pas dit religieux). Applaudir ou être emmerdé. Ca prouve sans doute que tu viens de toucher… juste!.

 

Je pense qu’éclairer les clivages est essentiel ; Je crois que faire une alliance avec le MODEM serait une mauvaise idée, idem avec Debout la République à ce stade ; en revanche exprimer publiquement les positions qui semblent constructives chez eux, faire des conférences communes ça oui.
Pour exemple c’est ce qu’a fait Lienneman avec Dupont Aignant. Ainsi le projet de supprimer l’histoire géo en Terminale S (tandis qu’on prône un débat sur l’identité natonale ou qu’on pousse à enseigner l’économie plus tôt dans le cursus scolaire) ou celui d’élection à un tour sont clairement anti républicains à mes yeux, donc illégitimes et par voie de conséquence devraient pousser à faire des prises de positions communes, des conférences de presse communes. Ce serait montrer la logique de guerre civile de ce gouvernement, son orientation opposée à notre République que je souligne comme beaucoup de citoyens depuis des mois.
Ensuite rien n’empêche de parler aux électeurs de ces partis avant l’élection et de proposer une fois l’élection remportée, si le rapport de force est bon, des domaines restreints où des représentants de ces partis pourraient participer ; pas de problème si l’axe centrale est bien à gauche, ainsi une ministre de la justice comme Lepage n’aurait strictement rien de choquant puisque sur cette question il y a très probablement un accord possible. C’est la main tendue au vaincu finalement et c’est faire de l’éducation populaire en expliquant qi’il existe des clivages forts mais aussi qu’il n’y a pas que du binaire dans la vie.
Ce gouvernement est sorti du consensus républicain à mon sens et je crois que nous sommes assez nombreux à le penser ; agir en sorte de l’exclure du cadre me semble sain tout en maintenant des clivages en vue d’une vie démocratique et républicaine ensuite. Je ne dis pas l’interdire, même si je soutiens l’idée de commissions devant lesquelles certains responsables devraient passer, mais bien marquer que ce gouvernement et les partis qui le soutiennent doivent être identifiés et désignés dans tous débats comme anti républicains… pas encore anti démocratiques, même si ce gouvernement et ses soutiens flirtent progressivement avec un autoritarisme mou, tout comme certains socialistes, comme l’a montré la revision de la Constitution à Versaille en vue de faire passer le Traité de Lisbonne contre la population.
Je peux rajouter que faire ces actions communes aurait un avantage stratégique mais aussi un impact utile du point de vue républicain, puisque ces partis de droite ou du centre seraient plus visibles (je pense à Debout la République) et non seulement affaibliraient l’UMP mais aussi feraient rentrer des citoyens et élus dans un projet collectif républicain.
Pour exemple je proposerais assez de boycotter toute élection qui se ferait à un tour, c’est contraire à notre consensus républicain, assumons le ensemble!

Par stéphane.grim - Publié dans : politique
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Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /Mars /2010 13:21

Réaction à l'Emission "Arrêt Sur Image" du 5 mars 2010 : "Le contrôle des médias par Sarkozy ça ne marche pas"

                                 Au pays de Langue Fourchue

Ce débat m'a paru brouillon dans sa forme et c'est sans doute largement dû aux personnalités qui ne s'écoutaient pas toujours et se chevauchaient, ceci dit le fonds était par contre passionnant.
C'est d'ailleurs la même impression que lorsque l'émission part dans trois direction en même temps : le titre donne à penser qu'on va se concentrer sur la capacité ou non de ce gouvernement (ou Sarkozy) à dominer les médias, le texte de présentation s'interroge sur la thèse de la singularité ou non de ce président, tandis que l'échange porte largement sur le fait que ce soit ou non un discours performatif.
Cela donne beaucoup d'argumentations passionnantes mais un côté un peu brouillon.

Du coup je vais là parler plutôt du fonds et notamment du double débat : Sarkozy est-il singulier, son passage est-il sans véritable incidence et ses discours sans conséquences profondes ?
Je commence par le contenu des discours. On l'a rappelé plusieurs fois, ses textes ressemblent souvent à un patchwork dans lequel on trouve en quelques phrases des idées totalement disparates, ce qui noie l'esprit dans des abîmes de contradictions. Il faudrait être très naïf pour croire ça involontaire.
Ce désir profond de perdre et de manipuler se retrouve ailleurs ; certains discours et comportement audiovisuels de Sarkozy ont été tout à tour très ouvriériste, gaulliste (repérer le basculement de Gallo est un bon révélateur de ce moment gaulliste), altermondialiste (à partir de la crise) et même un comique discours civilisationnel. Bref il donne à manger au bon peuple les mots attendus de manière à désarmer tel segment d'opposition. Le discours est il performatif ? Non lorsqu'on s'en tient à voir si les propos se traduisent dans des actions, des actes législatifs... mais oui si l'on regarde l'impact dans l'opinion, "se faire passer pour", donner la sensation qu'il va utiliser intelligement de bonnes pistes préparées par des gens un peu trop "farfelus" pour être au pouvoir, rendre moins opératoire une possible contestation et noyer dans la fumée ce que lui a si longtemps prôné. En clair la réalisation, ami Legrand, ce n'est pas forcément celle du but affiché publiquement.

Autre série de discours et comportements plus complexes encore, ceux tournant autour des discriminations. Là on aurait intérêt à relir le petit ouvrage de Ben Mickaels sur l'opposition entre égalité et diversité. Une petite partie de cette droite n'est probablement pas du tout ni raciste, ni antisémite, ni xénophobe, ni homophobe, voire même peu machiste. A l'exemple des USA, voir un noir, une femme, un maghrébin, un musulman ou un vénusien aux postes de commandes ne leur posent pas de vrai problème car la question clef c'est la question sociale, autrefois dominante, désormais oubliée. On peut être noir et dans l'élite, ce qui est rejetté c'est le pauvre, ce qui est rejetté c'est ce qui n'est pas dans l'élite plus précisément. Mettre une Rama Yade en avant ne remet nullement en cause la situation sociale dont certains segments (lorsqu'on fait dans l'éthnique) souffrent particulièrement. Ces discours sont ils performatifs ? Sur le plan du casting oui, mais sur le plan de la réalité sociale non, la valeur d'exemple n'est donnée que pour cacher la réalité sociale et sociétale et elle ne change rien. Il faut même aller plus loin car ce discours vise bien autre chose et sur ce plan il est performatif au delà de tout espoir : donner un bout de viande bien saignante à une partie de la gauche. Cette gauche qui ne se sépare de la droite que sur trois points : un pouvoir trop centralisé, un goût de l'avoir trop ostentatoire, une manipulation de l'opinion trop vulgaire à leurs yeux. La perversion touche au sublime parceque cette semie opposition sait manifestement que Sarkozy n'est en rien raciste ou xénophobe mais elle pense pouvoir utiliser ce vieux ressort ; notre président (et Besson l'a dit d'ailleurs) le sait et les fait plonger tête baissée dans le piège ; alors on voit à grands renforts de gonflement de poitrines nos ténors de gauche hurler à Pétain et blabla. Et là ce discours est très performatif ami Legrand parceque ce que tu ne vois peut être pas c'est quand dans la population de moyens et bas salaires, dans les périphéries et le rural (je vis dans le rural, le vrai au sens géographique) cette réaction est reçu comme un gifle, un déni d'existence ; cette gauche est vécue comme aristocratique, moraliste, faux cul et l'on préfère encore une droite qui se présente comme populaire.. eh oui c'est ça la performance voulue et attendue par ce président et ça n'a rien d'un hasard si l'UMP vire du plus en plus "mouvement populaire", ça n'a rien d'un hasard si les candidats aux régionales se baladent avec des drapeaux français et la Marseillaise en fin de meeting (non que ces symboles soient stupides).

Troisième série de discours, destinés au grand public et souvent en plus petits comités pour un auditoire résolument libéral (c'est à dire anti libéral en fait). Le contenu est alors en partie (quand il faut dissimuler sous du gaulisme par exemple) ou totalement capitaliste (disons le terme ce sera plus clair). Sont-ils performatifs ? Non si l'on se dit que beaucoup de soit disant réformes (en fait dégradations) n'aboutissent pas rapidement ou que partiellement, que plusieurs restent en carafe, non appliquées ; mais oui si l'on voit que dans le quotidien l'ensemble de ce qui a fait notre République s'effrite. Vivre au quotidien sous ce gouvernement pour l'immense majorité de la population c'est ressentir une progressive destruction et vivre moins bien.Comprendre que c'est une société qui n'est même plus en sablier mais en as de pique, où l'ensemble du corps social s'effondre quand un groupe monte et surtout un minuscul groupe atteint des sommets. Alors là oui il est performatif car il s'applique mais surtout il percute les esprits, les oblige à ne pas résister quand on leur parle de dette par exemple et qu'il nous prépare à ce que subissent les grecs désormais.

Non seulement ami Legrand ces discours sont non performatifs ET performatifs selon l'angle mais il faut les distinguer. Quant à dire que ce président nous fait perdre du temps ce serait dire qu'il n'a pas d'impact sur nos vies, mais où vis tu ?? Ne vois tu pas qu'en disant cela tu génères probablement de la colère, tu participes activement à cette séparation dangereuse entre une élite et le reste de la population ? Ne vois tu pas que ce qui se joue là c'est un front renversé où ce président sert une portion infime de la population en manipulant la partie qui souffre le plus et ceci contre la partie qui s'en sort correctement dans une sorte d'insouscience, cette même partie qui vote écolo et PS ?

C'est en particulier là que je rejoinds Plenel quel que soit son passé. Lorsque cette demie opposition crie à Pétain pour le sociétal, les discriminations, elle ment et nous enfonce tous. Et pourtant se référer à l'entre deux guerre me parait d'une grand justesse mais pas sur ce thème nom de nom, pas sur ce thème! La radicalisation des élites est une réalité de notre temps et elle appelle la radicalisation de la population, en premier lieu de certains éléments. Cette radicalisation d'une partie de l'élite a été un fait des années trente. Le rejet de la République, de la démocratie, du parlementarisme, le basculement d'un modèle anglo saxon à un modèle continental d'abord fasciste puis nazi, le sabordage d'une collectivité nationale, tout cela fut une réalité. Or nous vivons le même mécanisme, en dehors de quelques rigolus encore sociaux démocrates se référant à un modèle allemand disparu, on voit ceux qui comme Jean Monnet autrefois et Balladur maintenant restent arrimés à la puissance outre Atlantique (déjà très inégalitaire) et ceux qui sont fascinés par le modèle chinois combinant gains maximums et soumission sociale, Etat très fort et capitalisme radical, pulsions de mort encensées, Etat privatisé et population anesthésiée et asservie.
Ce que représente Sarkozy est inédit, cela se construit progressivement même si ce modèle ne sera pas forcément porté par lui dans une version plus affinée. Les propos de Plenel rejoignent en fait ceux de Todd durant la campagne de 2007, lorsqu'il expliquait que le plus grand risque c'était la radicalisation d'un parti de gouvernement, en l'occurence de droite. Sarkozy combine le laboratoire italien de Berlusconi, une portion de fascination anglosaxone, une tradition centralisatrice et d'Etat fort. Dire que ce n'est rien me parait rester aveugle. Ami Legrand, ce qui rend les choses peu visibles c'est que nous avons construit collectivement un outil, la République, qui résiste par la Loi et dans les esprits mais la déconstruction est bien avancée et la question me parait plutôt être : qui parmi eux est conscient de vouloir prolonger ce qui a été raté dans les années 30 (je te rappelle que nombre de nos élites sont issus de familles déjà bien installées durant ces années de troubles et qui sont passés au travers du filet en 45 malgré leur soutien clair à ce travail de sappe, donc leur éducation familiale s'est fait dans un cadre mental peu transformé) et surtout quelle action républicaine, je souligne bien ce mot, peut-on mener pour non seulement les mettre à terre mais plus encore les éliminer cette fois définitvement de toute capacité de pouvoir sur nos vies (je ne parle pas de couper des têtes mais de punir légalement) ?

Par stéphane.grim - Publié dans : politique
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