Les bons et les félons

Publié le par clavaboudchuc

Texte envoyé sur le forum de M. Chevènement le 11.07.2007

Bonjour

Je tiens d'abord à dire merci pour une chose simple :

Une fois de plus, c'est un grand plaisir de lire une réflexion qui se singularise par une alliance entre des convictions sincères et une distance qui évite les invectives et garde au fond toute son humanité.

Merci pour ça, pour une pensée ferme mais apaisée

 

   

Les bons et les félons :

Ensuite, je partage totalement ce point de vue et ces nuances. Ainsi pour avoir lu il y a peu l'ouvrage de Védrine, et l'avoir entendu sur France Culture, il continue d'être à mes yeux une personne de grande qualité, dont les positions sont solidement argumentées et campées sur le réel. Sa critique de l'irreal politik ou son intérêt soutenu pour un Etat requinqué rejoignent je crois vos convictions.

 

 

 

 Il expliquait d'ailleurs bien sur France Culture, qu'il n'existe pas une politique de droite et une de gauche, de manière aussi sommaire, mais "des" politiques. Sa mission ne me parait pas être une adhésion mais un travail critique pour une visée plus haute, celle de notre intérêt collectif.

 En ce qui concerne les ralliements divers au sein même du gouvernement, eux, ont des explications qui tiennent de l'intérêt personnel, de proximité idéologique comme vous le dites, voire de naïveté même sans doute sur la capacité à ne pas s'étouffer par les couleuvres.

Une Fadela ne peut s'identifier à un Bernard...

Bref, je crois qu'il ne faut pas parler de traîtrise comme j'ai pu le lire sur le blog de M Mélenchon (que j'estime par ailleurs et qui me parait constructif aussi). Il y a un basculement qui tient de l'individuel et aussi d'une mise en conformité avec une vision du Monde.

Les clivages apparents ne sont pas les bons, il serait tellement sain de les faire enfin apparaître

 

 

Repenser :

Il faudrait déjà commencer par redéfinir ces notions de droite et gauche. Et pour l'instant à de rares exceptions près, je ne vois ce travail que rarement.

 

 

Pour ça il me parait prioritaire de redéfinir les clivages principaux ;  puis voir par rapport à ces divisions, chercher où se situent nos fameux grands acteurs politiques… et où nous nous situons nous même. J’y reviendrais plus loin.

Mais enfin !! Si on ne fait pas ce travail là, on ne peut rien comprendre.

Un Max Gallo avec un Kouchner comme soutien et ministre? Farfelu ?

Evidemment que non, évidemment qu'il y a une logique mais si on ne réfléchit pas à ça, on ne pense pas, on ne pense plus, on avance des mots, des idées mécaniquement, rien de plus.

 

Je suis adhérent PS, est ce que je me vois « socialiste » ? Ce serait croire qu’on adhère à une ligne de pensée continue, croire ainsi qu’il n’y eu qu’une seule ligne chez les socialistes et oublier Daniel Mayer et Léon Blum par exemple,  ce serait aussi oublier qu’on peut intégrer un groupe par rapprochement, par un choix pensé longuement, donc non évident par avance, et donc au final pas par adhésion totale.

Rigolons un peu : je suis en accord avec Eric Zeimour sur la plus grande partie de ses positions, j'ai voté vert pendant 20 ans à TOUTES les élections, j’ai été adhérent d’ATTAC à la première année de sa création, j’ai voté non fermement au référendum de 2005 et je continue à penser que c’était préférable, je suis adhérent socialiste. N’importe quoi !

…Il n'y a d'incohérence que lorsqu'on ne veut pas chercher le lien. C’est nier qu’on a sa propre synthèse qui prend des éléments dans diverses approches et non une seule. Nous ne sommes pas des petits soldats quand nous réfléchissons.

  

Aux réunions des militants PS, lorsqu’on explique qu’on perçoit les socialistes comme des bourgeois parvenus, laxistes, élitistes, moralistes, langage répété dans les milieux divers que je peux côtoyer, milieux agricoles, ouvriers, enseignants, retraités entre autres, sont il tristement d’accord ?

Non, ils sont plutôt surpris quand on leur rapporte ce qui se dit chez les électeurs de droite. Ils n'en reviennent pas.

Ha ben mince ! Ca n'est sans doute pas la réalité de beaucoup de militants et pourtant c'est comme ça que de multiples français voient beaucoup de socialistes.

J'en passe, de plus les dissonances n’existent pas qu’au PS.

 

Repenser ce qui structure et déstructure notre société est vital.

 

 

Le grand flou :

Tout ceci pour dire quoi ? Que les forces qui font se rapprocher un Gallo et un Kouchner d’un Sarkozy, ne sont pas forcément les mêmes mais répondent à des logiques individuelles et  tactiques - je mets Gallo à part – ainsi qu’à des combinaisons idéologiques possibles.

 

Elles collent aux discours de Sarkozy qui mêlent des éléments divers qui paraissent opposés :

-         Idée de nation et défense d’un capitalisme dénué de tout lien collectif

-          Défense de l’Etat acteur fort et volonté de déliter l’Etat afin d’en faire juste un levier pour les agents économiques dominants, une simple gouvernance au service d’intérêts privés

-         Défense d’une identité française qui structurerait le peuple et discours visant à diviser les groupes sociaux et segmenter pour répondre à des clients votants

Etc

Derrière  cette adhésion à des associations d’idées détonantes (et des « booms » il risque d’y en avoir pas mal), il y a des choix… des idées qu’on accepte de laisser de côté pour réussir à en faire avancer d’autres, des divorces politiques trop forts sur des priorités pour continuer un compagnonnage (je passe les intérêts personnels, les rapports humains et la tactique pure comme l’hésitation Védrine /  Kouchner).

Tout cela produit un attelage étrange mais pas si improbable que ça.

Beaucoup ont intérêt à ne pas mettre cartes sur table, à ne pas poser les questions de fond.

 

 

Les clivages :

J’en vois quatre, suivis de questions subalternes ;  ce choix entraîne une vision en 3 dimensions et non en 2 D du champ politique :

 

  

1          L’environnement (derrière : la privatisation du vivant, le réchauffement, la question de la chimie, la disparition des espèces, la dégradation marine et le problème de l’eau en général, l’écart croissant entre progrès technique et conscience donc le rapport à la notion de progrès…)

 

  

2          La justice sociale (derrière : la financiarisation, la montée des inégalités, la montée en puissance de la criminalité dont la corruption, la dérégulation et la précarisation générale, le service public…)

  

 

3          La République (derrière : l’Europe, la place de la puissance publique et les rapports Etat Région, la laïcité, la représentation et les institutions, la sécurité et la surveillance, la liberté, les médias et leurs rapports à l’industrie et la politique, le nationalisme et les communautarismes divers, l’autoritarisme et le recul démocratique, la fraternité …)

 

  

4          L’humanisme, la spiritualité (derrière : la matérialisme, l’hyper marchandisation, l’individualisme, le cynisme, le rapport à la vie…)

 

  

Ces 4 questions fondamentales, de notre période, déterminent toutes les autres et se croisent d’ailleurs (ainsi pour les relations internationales). Ce sont elles qui travaille le politique en profondeur malgré la tyrannie de la communication (merci Ignacio Ramonet) et donc les positionnements des uns et des autres. Rajoutons à ça les comportements dogmatiques ou grégaires, les choix stratégiques et les relations personnelles, nous pouvons mettre le système actuel par terre et reconstruire.

A l’UMP c’est en bonne voie (malgré des déchirements visibles) mais loin d’être une forme stabilisée et donc parfaitement identifiable encore. L’hebdomadaire Marianne en donne une analyse intéressante mais que je crois discutable ; en dehors c’est le vacarme et c’est normal. C’est le résultat temporaire d’un long processus.

 

 

 

 

 

 

Un petit mot pour finir ; je ne suis pas enthousiaste suite aux législatives (le texte où j’en parle est sur mon blog et sur Marianne) et j’espère bien vous entendre encore, vous, M. Zuccarelli ou M. Peillon par exemple.

Alors, trois mots pour vous résumer ce que je pense : chaleureusement… à bientôt

 

 

 

Stéphane

 

Publié dans politique

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